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Monde - Portrait

Qui est Brett McGurk, nouveau conseiller de la politique de la Maison-Blanche au Moyen-Orient ?

Nommé vendredi dernier par le président élu Joe Biden, cet ancien envoyé spécial de la coalition anti-État islamique s’est opposé à de nombreuses reprises à la Turquie d’Erdogan.

Qui est Brett McGurk, nouveau conseiller de la politique de la Maison-Blanche au Moyen-Orient ?

Brett McGurk, alors envoyé spécial américain auprès de la coalition internationale en Syrie et en Irak, lors de la Conférence sur la sécurité à Munich, le 19 février 2017. Christof Stache/AFP

La nomination de Brett McGurk, vétéran de la diplomatie, au poste de nouveau conseiller de la politique de la Maison-Blanche au Moyen-Orient n’est pas surprenante, alors que le futur locataire de la Maison-Blanche chercherait à s’entourer d’anciens responsables de confiance avec lesquels il a collaboré sous la présidence Obama. Lors de l’annonce d’une série de nominations à une dizaine de jours de sa prise de fonction, Joe Biden a désigné, vendredi dernier, Brett McGurk au poste de coordinateur pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord au Conseil de sécurité nationale, une organisation administrative dépendant directement du président des États-Unis, où il aura pour mission de conseiller et d’assister ce dernier dans les questions de politique étrangère et de défense.

À 47 ans, Brett McGurk est loin de servir dans son premier gouvernement. Le diplomate, sorti de l’école de droit de la prestigieuse faculté de Columbia, a opéré auprès de diverses administrations républicaines et démocrates en conseillant les présidents George W. Bush, Barack Obama et Donald Trump durant les deux premières années de son mandat, avant de démissionner, en 2018, après la décision prise par ce dernier de retirer les troupes américaines de Syrie. Depuis 2015, il supervisait la coalition militaire multinationale dirigée par les États-Unis pour combattre l’État islamique en Irak et en Syrie. « J’ai eu le privilège de servir le président élu Joe Biden au cours de la décennie passée. Il est le leader dont nous avons besoin dans ce moment critique de l’histoire. Je serai honoré de rejoindre son équipe au Conseil de sécurité nationale sous la direction de Jake Sullivan (futur conseiller à la Sécurité nationale). 12 jours ! » a tweeté Brett McGurk après l’annonce de sa nomination.

Question kurde

Ce choix n’est pas passé inaperçu. Il s’agirait, selon certains experts, d’un message envoyé à la Turquie. « Le passé de McGurk a montré qu’il était anti-turc en raison de l’obsession d’Ankara pour les Kurdes de Syrie et de l’histoire d’amour des États-Unis avec ces derniers », commente pour L’OLJ Imad K. Harb, directeur de recherche à l’Arab Center à Washington.

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Certains officiels turcs, qui l’observent depuis des années, reprochent au diplomate d’avoir renforcé le partenariat entre Washington et les Forces démocratiques syriennes (FDS), largement dominées par les Kurdes des Unités de protection du peuple (YPG), considérées par Ankara comme une branche syrienne du PKK et une organisation terroriste. En 2017, le ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Çavuşoğlu s’était même exprimé en faveur de la destitution de Brett McGurk. « Brett McGurk, l’envoyé spécial des États-Unis dans la lutte contre Daech, apporte définitivement et clairement son soutien au PKK et aux YPG. Il serait souhaitable que cette personne soit remplacée », avait-il déclaré.

L’ancien envoyé spécial de la coalition anti-EI a également critiqué à de nombreuses reprises le régime d’Erdogan. En 2019, Brett McGurk avait notamment laissé planer le doute sur le fait que le président turc hébergeait le chef de l’EI Abou Bakr al-Baghdadi, finalement tué lors d’une frappe américaine en octobre de la même année. « La Turquie doit donner des explications. Abou Bakr al-Baghdadi a été retrouvé dans une maison sûre à quelques kilomètres de la frontière turque et son numéro deux a été localisé dans une ville juste au sud de la frontière turque que Ankara contrôle », a dit le diplomate lors d’une interview donnée en décembre 2019.

Malgré ces critiques, Brett McGurk aurait moins de raisons de s’opposer à Ankara aujourd’hui au sujet de la question kurde. « Les choses sont légèrement différentes maintenant que lorsque McGurk était au gouvernement. La fois passée, les YPG avec lesquelles les États-Unis travaillent pour combattre l’EI se trouvaient le long de la frontière turque, ce qui constituait un différend constant dans les relations américano-turques et une source de nombreux conflits. Aujourd’hui, les forces du YPG ont été soit repoussées hors des frontières turques, soit situées dans des zones disputées avec le régime russe et le régime d’Assad », oberve Soner Cagaptay, spécialiste de la Turquie au sein du Washington Institute, interrogé par L’Orient-Le Jour. « La position des États-Unis vis-à-vis d’Ankara est multiforme et implique de nombreux autres éléments hormis les Kurdes. McGurk ne tracera pas la politique américaine envers la Turquie, il ne sera que l’un des nombreux interlocuteurs à traiter avec le Moyen-Orient. De plus, n’oublions pas que ce dernier s’est largement opposé à la Turquie à un moment où l’establishment politique américain était totalement opposé à l’achat de missiles russes S-400 par Ankara et aux attaques de Kurdes dans le nord de la Syrie », nuance pour sa part Imad K. Harb.

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Outre la Turquie, Brett McGurk plaidera probablement pour la poursuite de la politique d’isolement de la Syrie et de son leader Bachar el-Assad, comme il l’avait fait lors de ses précédentes fonctions. Le futur conseiller à la Maison-Blanche entend également résoudre diplomatiquement le conflit entre Washington et Téhéran. Le dossier iranien lui est familier puisqu’il a mené en 2015 et 2016 plusieurs mois de négociations secrètes avec l’Iran pour obtenir la libération de six citoyens américains, parmi lesquels un journaliste, un officier de la marine et un pasteur. S’il avait appelé, dans un article publié en 2019 dans le média Bloomberg, à maintenir la pression sur l’Iran « sans augmenter davantage les risques d’un conflit imprévisible », McGurk avait expliqué que l’accord nucléaire iranien était « loin d’être parfait ». « Un point de départ pour de nouvelles discussions, par exemple, pourrait exiger que l’Iran accepte de rester dans les limites de l’accord de 2016 et de libérer tous les Américains détenus à tort dans ses prisons », avait-il ajouté. Contrairement au futur président américain Joe Biden, qui mènera probablement une politique moins favorable que celle de son prédécesseur à l’égard de l’Arabie saoudite, Brett McGurk a fait de nombreuses déclarations en faveur du royaume et poussera probablement pour plus de coordination entre les États du Conseil de coopération du Golfe (CCG), qui ont scellé leur réconciliation avec le Qatar le 5 janvier dernier. « McGurk est susceptible d’aider à sortir l’Arabie saoudite de son aventure au Yémen », estime Imad K. Harb. « En résumé, il ne s’écartera pas de ce que Biden veut faire au Moyen-Orient, c’est-à-dire réduire l’implication directe américaine dans chaque petite affaire de la région », ajoute-t-il.

La nomination de Brett McGurk, vétéran de la diplomatie, au poste de nouveau conseiller de la politique de la Maison-Blanche au Moyen-Orient n’est pas surprenante, alors que le futur locataire de la Maison-Blanche chercherait à s’entourer d’anciens responsables de confiance avec lesquels il a collaboré sous la présidence Obama. Lors de l’annonce d’une série de nominations à une...
commentaires (1)

IL A EU J’ai eu le privilège de servir le président élu Joe Biden "", MAIS AUSSI BUSH, OBAMA ET MEME TRUMP ! N'EST CE PAS INQUIETANT QUE CE MR. AIT AUTANT D'IDEES A OFFRIR A DES PRINCIPES ET STRATEGIES AUSSI DIVERGENTES OU DIFFERENTES ? OU ALORS EST CE SEULEMENT QUE LA POLITIQUE DE L'AMERIQUE N'EST FINALEMENT QU'UNE QU'IMPORTENT LES APPARENCES ?

Gaby SIOUFI

11 h 00, le 12 janvier 2021

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Commentaires (1)

  • IL A EU J’ai eu le privilège de servir le président élu Joe Biden "", MAIS AUSSI BUSH, OBAMA ET MEME TRUMP ! N'EST CE PAS INQUIETANT QUE CE MR. AIT AUTANT D'IDEES A OFFRIR A DES PRINCIPES ET STRATEGIES AUSSI DIVERGENTES OU DIFFERENTES ? OU ALORS EST CE SEULEMENT QUE LA POLITIQUE DE L'AMERIQUE N'EST FINALEMENT QU'UNE QU'IMPORTENT LES APPARENCES ?

    Gaby SIOUFI

    11 h 00, le 12 janvier 2021

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