Critiques littéraires

Obama, de ses rires à ses larmes

44e président des États-Unis, premier Afro-Américain à accéder à cette fonction suprême, Barack Obama raconte l’improbable odyssée d’un jeune homme en quête d’identité qui a su « incarner l’espoir et le changement ».

Obama, de ses rires à ses larmes

© Pari Dukovic for the New Yorker

Parce qu’il préfère écrire à la main, il s’est servi « d’un stylo et d’un carnet »… vraisemblablement de plusieurs carnets. Assez curieusement, il s’excuse de livrer un récit aussi long et le justifie, d’une part, par le fait qu’il « déteste les notes de bas de page et en fin d’ouvrage » et qu’il a voulu placer les informations relatives au contexte à l’intérieur du récit ; et, d’autre part, par le fait que son projet de livre est devenu, au fil des pages, de plus en plus ambitieux.

En effet, il ne s’est pas contenté de « rendre compte avec honnêteté » des événements historiques et des décisions qui ont jalonné sa présidence. Il a tenu à peindre un tableau qui offre une vue d’ensemble : on peut y observer l’état de grâce du « yes we can » mais aussi des « vents contraires » politiques, économiques et culturels. Il a, en somme, souhaité « autant que possible, offrir au lecteur une idée de ce que c’est d’être président des États-Unis ». Vaste programme.

Ajoutons à cela que ce récit introspectif ne raconte pas simplement l’histoire d’un président mais bien celle d’un homme. Généreux de sa personne, il se confie au lecteur comme à un journal intime. Élevé à Hawaï par une mère deux fois divorcée, le jeune Barry ou Bar (prononcé « Bear ») n’a vu son père qu’une fois. Adolescent noir ayant un nom à consonance arabe, nonchalant et noceur, il a toujours eu le goût de la lecture et se posait déjà certaines questions : « Jusqu’où était-il acceptable de faire des compromis, à quel moment était-ce le signe qu’on avait vendu son âme ? »

L’auteur lève le voile sur sa vie privée : son histoire d’amour avec Michelle, sa découverte de la paternité, les absences qui ont fait de lui un mari et un père happé par la politique, la mort de sa mère qu’il a pleurée en se cachant…

Bien entendu, il revient sur ses débuts en tant que sénateur de l’Illinois, sa campagne électorale pour la présidence, sa victoire décisive aux primaires de l’Iowa et la soirée historique du 4 novembre 2008. Il nous entraîne dans une visite guidée (et même dans les coulisses) de la Maison-Blanche, du Bureau ovale à la salle de crise, et avoue sa préférence pour la colonnade ouest : pour ce trajet quotidien séparant la résidence du président de son bureau, trajet en plein air qu’il faisait d’un pas déterminé… S’il s’attarde sur le rôle de Michelle en tant que First Lady, il précise en revanche qu’il a toujours veillé à préserver ses filles des médias et exprime sa reconnaissance envers les journalistes qui ont bien voulu considérer que Malia et Sasha étaient « en-dehors de leur périmètre ».

Il décrit très précisément ce que furent ses rapports avec les démocrates, les républicains et le Congrès, mais aussi avec ses plus proches collaborateurs, les membres de son gouvernement et notamment Hilary Clinton qui a accepté d’en faire partie après avoir été sa rivale aux élections.

Sa présidence fut une période de grands bouleversements : la longue et difficile réforme du système de santé (« Obamacare »), la loi sur le climat, l’implosion de Wall Street et la crise économique… Il nous emmène dans ses voyages, de Moscou à Pékin… Si le bras de fer avec Poutine est largement évoqué, c’est bien la politique du Moyen-Orient qui occupe la plus grande place. Il confie ses doutes et ses déceptions, et fait état des forces d’opposition qui se sont dressées contre lui aux États-Unis et à l’étranger. Il justifie ses décisions les plus difficiles, la plus difficile de toutes étant à ses yeux d’« envoyer des jeunes gens à la guerre », et reconnaît n’avoir pas eu « le sentiment de mériter » le prix Nobel de la paix et de l’avoir perçu comme un encouragement à agir en ce sens…

Parce que les sujets les plus sérieux ont parfois besoin d’un peu de légèreté, cet ouvrage est truffé d’anecdotes : les parties de cartes et les éclats de rires à bord d’Air Force One, les collaborateurs du président lui apprenant à faire correctement le salut militaire, la difficulté de trouver un endroit discret pour « fumer une clope » après avoir pris la décision de ne jamais fumer en public…

Traversé par la question raciale, ce récit offre un point de vue unique sur l’exercice du pouvoir, son amplitude, mais aussi ses limites.

Lamia el-Saad

Une terre promise de Barack Obama, traduit de l'anglais (États-Unis) par Pierre Demarty, Charles Recoursé et Nicolas Richard, Fayard, 2020, 829 pages.


Parce qu’il préfère écrire à la main, il s’est servi « d’un stylo et d’un carnet »… vraisemblablement de plusieurs carnets. Assez curieusement, il s’excuse de livrer un récit aussi long et le justifie, d’une part, par le fait qu’il « déteste les notes de bas de page et en fin d’ouvrage » et qu’il a voulu placer les informations relatives au contexte à...

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