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Moyen-Orient - Éclairage

En Irak, la tension monte à l’approche de l’anniversaire de la mort de Soleimani

Le conflit, ces derniers jours, entre le gouvernement de Bagdad et les milices pro-iraniennes révèle le poids de la lutte de pouvoir sur la scène intérieure irakienne qui s’ajoute à la guerre entre Téhéran et Washington.

En Irak, la tension monte à l’approche de l’anniversaire de la mort de Soleimani

L’ambassade américaine à Bagdad, le 3 janvier 2020. Ahmad al-Rubaye/AFP

Depuis plus d’une semaine, l’Iran et les États-Unis s’accusent mutuellement de provoquer des tensions après que Washington eut reproché à Téhéran d’être impliqué dans les tirs de roquettes ayant atterri près de l’ambassade américaine à Bagdad, dimanche 20 décembre, deux semaines avant l’anniversaire de la mort du général Kassem Soleimani, lors d’une frappe américaine lancée le 3 janvier 2020. Mais les incidents survenus les jours suivants semblent également refléter les troubles au sein de la scène politique irakienne intérieure.

Quelques jours après la récente attaque ayant visé l’ambassade américaine dans la capitale irakienne, le porte-parole de la puissante milice pro-iranienne Kataëb Hezbollah (KH), Abou Ali al-Askeri, a averti, dans un tweet publié le 26 décembre, le Premier ministre Moustapha Kazimi de ne pas mettre à l’épreuve la patience de la résistance, prête à l’affrontement, à l’échelle du pays et à l’étranger, avant d’ajouter que les factions de la résistance se soutiendraient entre elles et que ni les services de renseignements américains ni ceux de l’Iran ne pourraient protéger le chef du gouvernement. Plus tôt, Moustapha Kazimi semblait avoir pris le dessus dans l’affrontement avec les milices chiites pro-iraniennes en procédant à l’arrestation, en réaction à l’attaque de l’ambassade américaine, de plusieurs membres de l’organisation Assaïb Ahel al-Hak, soutenue par Téhéran, parmi lesquels Hossam Zerjawi, apparu sur des images diffusées le 25 décembre. Alors que des groupes prêtant allégeance au leader de cette milice, Qais al-Khazaali, ont menacé, dans des vidéos diffusées peu après, d’attaquer le gouvernement, le Premier ministre irakien s’est vu contraint de calmer le jeu et de proposer un arrangement à Assaïb Ahel al-Hak conduisant à la libération de ses membres.

Lutte contre les milices

« À l’approche des élections législatives de juin 2021, le Premier ministre tente d’améliorer son image auprès de la rue irakienne en affirmant vouloir restaurer l’état de droit et désarmer les milices du pays. Mais ces dernières, qui détiennent le pouvoir, tentent de le discréditer devant le peuple en critiquant son alliance avec les États-Unis », résume Ihsan al-Shammari, directeur de l’Iraqi Center for Political Thought, interrogé par L’Orient-Le Jour. Les Kataëb Hezbollah n’hésitent pas à mettre en avant la trahison à laquelle souscrit le gouvernement en étant proche de Washington. Une alliance précieuse pour Moustapha Kazimi, à la tête d’un pays dont l’économie s’est effondrée. Le Premier ministre a d’ailleurs fait de la lutte contre les milices sa priorité depuis son accession au pouvoir, sans succès pour le moment. « Lors de son arrivée au pouvoir, le chef du gouvernement était rejeté par toutes les forces chiites politiques et militaires, tant modérées que radicales, et ce jusqu’à 48 heures avant sa nomination. Mais il n’avait pas non plus de député qui lui soit acquis ni de base sociale militante ni même de parti politique et est arrivé là grâce au soutien international, notamment les États-Unis. Force est de constater que près de sept mois après, sa popularité n’a pas augmenté », observe pour L’Orient-Le Jour Adel Bakawan, directeur du centre de sociologie de l’Irak.

Pour mémoire

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Alors qu’une grande partie de la population voit ses conditions de vie se dégrader, l’image du Premier ministre ne semble pas lui être favorable. « Dans les faits, l’Irakien moyen voit sa monnaie nationale dévaluée face au dollar. C’est également la première fois depuis la fondation de l’État irakien que ce dernier ne peut pas verser le salaire de ses fonctionnaires. Sans parler des problèmes d’électricité et d’eau potable, alors que 27 % de la population de Bagdad n’a pas accès à cette dernière », ajoute le spécialiste.

Le Premier ministre essuie également des critiques sur sa politique sécuritaire, alors qu’il n’a toujours pas livré le ou les noms des assassins de l’analyste irakien et spécialiste du jihadisme Hicham al-Hachemi tué devant son domicile, le 6 juillet dernier. Une mort pour laquelle les milices pro-iraniennes sont suspectées.

Mais il ne peut pas totalement s’opposer à ces dernières. « Le budget de 2021 consacré à la mobilisation populaire (coalition paramilitaire de milices en majorité chiites) examiné à l’Assemblée nationale dépasse le budget de six ministères, dont celui des Affaires étrangères. Dans ce contexte, Moustapha Kazimi n’a aucun intérêt à intensifier ses rapports de force avec les milices irakiennes malgré ses déclarations selon lesquelles il est prêt à les confronter », note Adel Bakawan.

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Ces tensions internes s’ajoutent à la confrontation irano-américaine, qui prend une tournure plus sensible à l’approche de l’anniversaire de la mort du général Kassem Soleimani. « Alors que Téhéran et Washington se préparent à la renégociation de l’accord sur le nucléaire iranien, les deux parties tentent de gagner de l’influence », analyse pour L’OLJ Ali Alfoneh, spécialiste de l’Iran et chercheur auprès de l’Arab Gulf States Institute basé à Washington. « Ces derniers mois, l’administration Trump a imposé un torrent de nouvelles sanctions contre l’Iran, que l’administration Biden utilisera comme monnaie d’échange. La République islamique, en revanche, s’oppose aux intérêts des États-Unis pour rappeler aux négociateurs américains sa capacité de nuisance en Irak et ailleurs. Les deux parties se comportent donc de manière logique et prévisible, mais il y a toujours un risque d’erreurs de calcul et d’accidents, ce qui peut aggraver considérablement la crise », conclut le spécialiste.



Depuis plus d’une semaine, l’Iran et les États-Unis s’accusent mutuellement de provoquer des tensions après que Washington eut reproché à Téhéran d’être impliqué dans les tirs de roquettes ayant atterri près de l’ambassade américaine à Bagdad, dimanche 20 décembre, deux semaines avant l’anniversaire de la mort du général Kassem Soleimani, lors d’une frappe américaine...

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