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Politique - Éclairage

Macron au Liban : les enjeux d’un rendez-vous manqué

Déclaré hier positif au Covid-19, le président français a été contraint de renoncer à son déplacement à Beyrouth sans que l’on sache pour le moment si celui-ci va être reporté.

Macron au Liban : les enjeux d’un rendez-vous manqué

De l’initiative française au Liban, il ne reste plus grand-chose. « On peut dire qu’elle est morte », admet un diplomate français. « Dans les faits, elle n’existe plus », confirme un autre membre de l’équipe française. Pourtant, et c’est tout le paradoxe de la situation, personne ne peut réellement l’enterrer ni du côté de Beyrouth ni de celui de Paris. C’est, entre autres, la raison pour laquelle Emmanuel Macron devait venir une nouvelle fois au Liban la semaine prochaine (les 22 et 23 décembre), pour sa troisième visite en moins de six mois.

Déclaré hier positif au Covid-19, le président français a été contraint de renoncer à ce déplacement sans que l’on sache pour le moment si celui-ci va être reporté. Il devait faire d’une pierre deux coups : passer un moment avec les soldats français de la Finul à l’occasion des fêtes, comme il le fait chaque année sur les différents théâtres d’opération où sont engagées les forces françaises ; et réaffirmer son engagement sur le dossier libanais, sans pour autant donner l’impression de redonner de la légitimité à la classe politique locale. L’exercice, comme les précédents, était périlleux. L’importance accordée à la dimension politique de la visite, forcément présente, devait dépendre des éventuels déblocages de la situation avant sa venue, apprend-on de sources informées. Emmanuel Macron a déjà engagé beaucoup de temps et de crédit politique dans le dossier libanais. Pour un résultat très maigre, pour le moment : ni gouvernement ni réformes. Mais le président français est quelque part pris à son propre piège : les objectifs étaient dès le départ tellement élevées qu’il lui est désormais difficile de reculer. « Il en a fait une affaire personnelle », confie le membre de l’équipe française. L’enjeu dépasse aussi la question de la personnalité et/ou de la politique du président. Contrairement aux autres « amis du Liban », la France n’est pas prête à regarder le pays couler sans réagir.

Le billet de Gaby Nasr

Déprime en prime

« Autant pour des questions historiques que stratégiques, on ne peut pas abandonner le Liban », explique le membre de l’équipe française. Preuve que ces calculs ne sont pas complètement remis en question par la paralysie politique, le général François Lecointre, chef d’état-major des armées françaises (CEMA), était à Beyrouth le 20 novembre dernier. « Ce n’est pas un homme qui se déplace pour rien », dit le membre de l’équipe française.

Plusieurs temporalités

Côté libanais, on s’accroche à l’initiative, à défaut d’avoir d’autres options pour remettre le bateau à flot, tout en la détournant de ses objectifs initiaux. Saad Hariri y voit un moyen de se remettre au centre du jeu. Hors de question pour Gebran Bassil, qui veut être en capacité de bloquer le gouvernement dont il a été exclu. Tandis que le troisième acteur de premier plan, le Hezbollah, semble considérer qu’il n’a pas intérêt à faire de concessions avant l’arrivée à la Maison-Blanche de Joe Biden, bien que rien n’assure que ce changement de pouvoir aux États-Unis ait un impact direct sur la situation libanaise. Le blocage est total et devrait le rester dans les semaines à venir, d’autant plus après l’annulation de la visite d’Emmanuel Macron. Ce dernier, qui a certainement conscience des limites de son volontarisme, semble toutefois privilégier une stratégie sur plusieurs temporalités.

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À court terme, Paris tente de presser la classe politique d’effectuer les réformes réclamées par la communauté internationale pour éviter l’effondrement complet du pays. Si ce n’est pas possible, la France a déjà commencé à tenté de sauver ce qui peut encore l’être, dans les domaines prioritaires que sont l’éducation, la santé et la défense. À long terme, Emmanuel Macron peut espérer gagner son pari libanais, s’il est réélu en 2022. Dans les sept prochaines années, plusieurs leaders locaux pourraient disparaître de la scène, pour des raisons politiques et/ou biologiques. L’évolution de la situation régionale peut également contraindre le Hezbollah à lâcher plus de lest. Mais cela fait tout de même beaucoup de si… Et qui peut aujourd’hui affirmer sans crainte que la lente mais inéluctable détérioration de la situation dans le pays va favoriser les forces réformistes ?


De l’initiative française au Liban, il ne reste plus grand-chose. « On peut dire qu’elle est morte », admet un diplomate français. « Dans les faits, elle n’existe plus », confirme un autre membre de l’équipe française. Pourtant, et c’est tout le paradoxe de la situation, personne ne peut réellement l’enterrer ni du côté de Beyrouth ni de celui de Paris....

commentaires (2)

D’abord souhaitons un prompt rétablissement au Président Macron. Ensuite avec toute l’estime et le respect que nous lui portons, son initiative qui montre bien que la France est la seule grande puissance qui s’inquiète encore pour le Liban, était vouée par définition à l’échec. Tout simplement a cause de cette classe politique libanaise corrompue, pourrie et incompétente. Le Président Macron aurait eu plus de chance de pacifier une meute d’hyènes sauvages que de pacifier la vie politique libanaise

Liberté de Penser

09 h 06, le 18 décembre 2020

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Commentaires (2)

  • D’abord souhaitons un prompt rétablissement au Président Macron. Ensuite avec toute l’estime et le respect que nous lui portons, son initiative qui montre bien que la France est la seule grande puissance qui s’inquiète encore pour le Liban, était vouée par définition à l’échec. Tout simplement a cause de cette classe politique libanaise corrompue, pourrie et incompétente. Le Président Macron aurait eu plus de chance de pacifier une meute d’hyènes sauvages que de pacifier la vie politique libanaise

    Liberté de Penser

    09 h 06, le 18 décembre 2020

  • "De l’initiative française au Liban, il ne reste plus grand-chose. « On peut dire qu’elle est morte », admet un diplomate français. « Dans les faits, elle n’existe plus » :. En réalité, elle est morte quasiment dès le premier jour. Dès lors que le président de la république a refusé un gouvernement apolitique.. tout espoir était perdu.

    Yves Prevost

    07 h 56, le 18 décembre 2020

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