Une vue des dégâts, massifs, provoqués par une double explosion au port de Beyrouth. Photo d'archives AFP
L'ancien ministre des Travaux publics, Youssef Fenianos, affilié aux Marada de Sleimane Frangié, s'est rendu ce matin au Palais de justice de Beyrouth pour comparaître devant le juge d'instruction Fadi Sawan dans le cadre de l'enquête sur la double explosion au port de Beyrouth dans laquelle il est inculpé, sans savoir que son audience avait été reportée. Parallèlement, le leader druze Walid Joumblatt et l'ancien Premier ministre Fouad Siniora ont dénoncé une instrumentalisation de la justice par le chef d'Etat, Michel Aoun, remarquant que ses alliés politiques étaient épargnés par les accusations.
M. Fenianos est le premier responsable à se présenter devant la justice, après que le juge Sawan, en charge de l'enquête sur la double explosion dévastatrice du 4 août, l'a inculpé jeudi dernier, ainsi que le Premier ministre démissionnaire Hassane Diab et les anciens ministres, Ali Hassan Khalil et Ghazi Zeaïter, de négligence. L'ancien ministre des Travaux publics n'a pas encore été informé de la nouvelle date pour sa comparution, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle). M. Diab, pour sa part, n'était pas au rendez-vous lundi au Sérail pour être entendu par le juge. Depuis dimanche, Hassane Diab n’est en effet plus au Sérail. Il a regagné son appartement pour ne pas avoir à accueillir Fadi Sawan au siège de la présidence du Conseil. Le juge Sawan a fixé une nouvelle audience pour vendredi à 9h afin de l'entendre M. Diab. MM. Ali Hassan Khalil et Ghazi Zeaïter brandissent de leur côté leur immunité parlementaire pour ne pas répondre à la convocation de M. Sawan et ont refusé d'être interrogés. Le juge d'instruction les a de nouveau convoqués demain pour entendre leurs dépositions. Il a aussi convoqué l'ancien chef d'état-major, le général Walid Salmane, pour être entendu comme témoin.
Il s'agit des premières inculpations d'hommes politiques annoncées quatre mois après le drame qui a fait plus de 200 morts et 6.500 blessés, et détruit le port et des quartiers de la capitale. Selon une source judiciaire qui a requis l'anonymat citée par l'AFP, ces responsables sont inculpés de "négligence, de manquement et d'avoir causé des décès ainsi que des nuisances à des centaines de personnes". Les 2.750 tonnes de nitrate d'ammonium qui ont explosé le 4 août étaient stockées selon les autorités sans mesures de précaution depuis 2014. Plusieurs avertissements avaient été lancés à ce propos au cours des dernières années jusqu'en juillet, sans qu'aucune disposition ne soit prise pour évacuer de manière sécurisée ces matières.
Ces inculpations ont provoqué une levée de boucliers politiques et une confessionnalisation du dossier. Les autorités politiques et religieuses sunnites ont volé au secours de Hassane Diab, pour défendre la présidence du Conseil, dévolue à la communauté sunnite. Le Premier ministre sortant, qui n'est affilié à aucun parti, a pour sa part accusé le juge Sawan d'avoir "violé la Constitution et de contourner le Parlement".
Aoun visé
D'autres voix ont dénoncé mardi une instrumentalisation de la justice par le chef d'Etat, Michel Aoun, remarquant que ses alliés politiques étaient épargnés par les accusations. L'ancien Premier ministre Fouad Siniora, a ainsi nommément accusé le président de la République de violer la Constitution et d'instrumentaliser la justice libanaise, dans un entretien avec la chaîne locale LBCI. "La seule cible dans cette affaire est la Constitution libanaise", a-t-il affirmé, emboîtant le pas à ceux qui dénoncent l'inculpation de Hassane Diab comme une tentative d'affaiblissement de la présidence du Conseil. Il a toutefois estimé que "le juge d'instruction Fadi Sawan avait le droit d'enquêter et que le peuple libanais avait le droit de connaître toute la vérité sur le crime du port" car persiste un secret sur "les vraies raisons de la présence de ces quantités de nitrate d'ammonium tout ce temps." "Le président de la République est un ancien commandant de l'armée, et il a donc dû réaliser à quel point ces matériaux étaient dangereux dans le port", a-t-il ajouté dans une insinuation à peine voilée.
Le chef du Parti socialiste progressiste Walid Joumblatt s'est pour sa part opposé à la confessionnalisation de l'affaire et a réfuté toute attaque indirecte contre la communauté sunnite à travers l'accusation portée contre le Premier ministre sortant. Dans une interview à la chaîne américaine en arabe al-Hurra, il a toutefois insisté sur le fait que le président de la République était aussi concerné. "Le juge Sawan aurait dû mentionner le président de la République. Fouad Siniora l'a également dit. Nagib Mikati aussi je crois. Hier, l'ancien président Sarkozy et d'autres ministres ont comparu en France. Pourquoi avons-nous des postes sacrés (au Liban) ?", s'est interrogé le leader druze. "Tout le monde est concerné, même le président de la République. Pourquoi cette solidarité avec Hassane Diab ? Nous sommes tous concernés. Il n'y a pas de prise pour cible du poste de Premier ministre. Il ne reste plus de prestige. Ils méprisent les sentiments du peuple libanais. Il faut que la vérité soit faite. La vérité de l'enquête, c'est de savoir qui a détruit Beyrouth", a-t-il encore estimé.
Sur le terrain, des militants ont tenu un sit-in devant le Palais de justice de Beyrouth pour soutenir le pouvoir judiciaire et demander la poursuite des responsables de la double explosion du port.


Quand je lis ce que dit Saniora, je me console de savoir que les thouwars l’ont chassé d’un récital à l’AUB l’année dernière.
16 h 58, le 15 décembre 2020