L’an dernier, le cimetière de Highgate a dû abattre un de ses arbres les plus emblématiques, un grand cèdre du Liban infesté de champignons. Un minuscule cèdre (au centre) le remplace aujourd’hui dans le cercle libanais du cimetière. Niklas Halle’n/AFP
C’est une vaste oasis de verdure parsemée de tombes de personnages illustres comme Karl Marx ou George Michael. Le cimetière de Highgate à Londres est aujourd’hui menacé par le réchauffement climatique et les phénomènes météo extrêmes qui l’accompagnent.
Inquiets de voir des champignons proliférer sous l’effet de la hausse des températures, des tempêtes frapper et des tombes bouger avec des glissements de terrain, les gardiens du cimetière appellent au secours pour sauvegarder ce lieu mystérieux et plein de charme, prisé des touristes. Ils ont lancé un concours destiné aux paysagistes. Leur mission ? Proposer un plan pour permettre à ce cimetière ouvert en 1839 de résister à la crise climatique lors des prochaines décennies. « Le plan doit s’étendre sur les 20 prochaines années, période pendant laquelle le réchauffement climatique va se poursuivre », explique le président de l’association des amis du cimetière, Martin Adeney.
Parmi les 170 000 résidents de ce bucolique cimetière, figurent des célébrités comme la romancière George Eliot et l’auteur du Guide du voyageur galactique, Douglas Adams. Il compte aussi la tombe anonyme, conformément aux souhaits de sa famille, de la star de la pop George Michael, décédé en 2016. L’auteur du Capital, le philosophe allemand Karl Marx, est enterré dans la partie est du cimetière, tandis que la partie ouest, avec ses sentiers sinueux serpentant sur une colline boisée, ses catacombes et son avenue égyptienne, ainsi que son cercle libanais, fait remonter le temps jusqu’à l’époque victorienne.
Quelque 100 000 personnes visitent les lieux chaque année, en hausse de 30 % au cours des sept dernières années, bien que les visites aient été suspendues pendant le confinement.
Un cèdre du Liban abattu
Malgré la beauté des lieux, pierres tombales et catacombes ont souffert d’années de négligence et des effets du réchauffement climatique. Certaines tombes sont entourées de rubans de signalisation et de panneaux avertissant des risques. D’autres penchent dangereusement ou sont carrément couchées au sol. Des arbres ont glissé leurs racines dans les interstices des pierres tombales.
Frank Cano, jardinier en chef, s’inquiète pour une tombe du XIXe siècle dont un arbre déplace progressivement le sommet, abîmant la pierre. Les mouvements du sol argileux ont aussi déplacé des monuments, constate le jardinier, qui travaille au cimetière depuis six ans. « La menace pour le cimetière vient de nos arbres, du lierre, des ronces. En gros, c’est la nature qui essaie de reprendre le cimetière », constate-t-il. Les vents sont également devenus plus forts, explique Franck Cano. Les températures plus chaudes entraînent la prolifération de champignons et les arbres sont attaqués par « beaucoup plus de nuisibles et de maladies ».
L’an dernier, le cimetière a dû abattre un de ses arbres les plus emblématiques, un grand cèdre du Liban infesté de champignons. Il a toutefois été remplacé par une jeune pousse. En outre, la hausse des précipitations emporte les chemins de gravier et remplit à l’excès des systèmes de drainage désuets. Le plan d’aménagement prévoira de planter des arbres qui résistent mieux au changement climatique. Franck Cano espère que ce nouveau plan « fera vivre l’histoire aux côtés de la nature » afin que « le cimetière puisse encore être ici dans les siècles à venir ».
Ce n’est pas la première épreuve pour le vieux cimetière, qui ne bénéficie d’aucun financement public. Pas rentable, il avait été laissé à l’abandon par ses propriétaires dans les années 1970. Des tombes et des voûtes avaient été vandalisées et des squelettes mis au jour, jusqu’à ce que des habitants du quartier viennent à sa rescousse, en se constituant en association. Les nouvelles rénovations seront « sans aucun doute » les plus importantes depuis ce sauvetage, a déclaré Martin Adeney. Si le coût final n’est pas connu, « on parle en millions, bien sûr », a évalué le président de l’association des amis du cimetière, espérant récolter des fonds via la loterie nationale. L’association souhaite aussi des propositions d’architectes pour rendre le site plus convivial tout en respectant le repos des défunts. Cela pourrait prendre la forme d’un centre d’accueil, de nouvelles toilettes et éventuellement d’un café.
Anna MALPAS/AFP


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""L’an dernier, le cimetière a dû abattre un de ses arbres les plus emblématiques, un grand cèdre du Liban infesté de champignons. Il a toutefois été remplacé par une jeune pousse."" Le cèdre est abattu faute d’entretien, de sècheresse, ou de réchauffement climatique. En tout cas il rejoint l’autre cèdre bicentenaire à Paris planté par Chateaubriand et qu’un architecte l’avait intégré à son projet. Un crève-cœur pour les amoureux de cet arbre emblématique. Je penserai sérieusement à constituer une association pour la sauvegarde de ces arbres à travers le monde, quand ils sont plantés par des gens illustres ou dans des lieux éminemment symboliques, pour que les cèdres du Liban demeurent immortels.
16 h 25, le 13 décembre 2020