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Moyen-Orient - Éclairage

Ankara sous la menace de sanctions européennes

Les représailles économiques brandies par les partenaires européens de la Turquie pourraient se concrétiser lors du sommet du Conseil européen des 10 et 11 décembre.

Ankara sous la menace de sanctions européennes

Le président du Conseil européen, Charles Michel, et le président turc, Recep Tayyip Erdogan, lors d’une rencontre à Bruxelles axée sur la crise migratoire, le 9 mars 2020. John Thys/AFP

Alors que les tensions entre Ankara et l’Union européenne se sont intensifiées depuis l’été dernier, c’est un président turc au ton plus apaisé qui est apparu hier lundi. « J’appelle tous nos voisins et riverains de la Méditerranée, en particulier la Grèce, à ne pas voir cette question comme un jeu à somme nulle », a déclaré le Reis dans un message vidéo à propos du conflit en Méditerranée orientale, avant d’ajouter : « Je suis convaincu qu’une formule gagnant-gagnant préservant les droits de chaque partie pourrait être trouvée. »

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Cette main tendue à l’Union européenne intervient alors que les menaces économiques brandies par Bruxelles depuis plusieurs jours à l’encontre de la Turquie semblent de plus en plus sérieuses. L’UE avait déjà mis en garde Ankara en octobre dernier contre ses activités d’exploration gazière dans les eaux disputées avec la Grèce et Chypre, en l’exhortant à y mettre fin immédiatement. L’intervention de plusieurs États membres, parmi lesquels l’Allemagne, avait semble-t-il pesé en faveur d’Ankara. Mais c’était sans compter le changement de ton adopté par Angela Merkel il y a près de deux semaines. Des soldats allemands avaient procédé le 20 novembre, dans le cadre de l’opération IRINI, à une perquisition d’un navire turc en Méditerranée, soupçonné de violer l’embargo sur les armes imposé à la Libye, s’attirant les foudres de la Turquie qui avait affirmé que le navire transportait de l’aide humanitaire. Depuis, les relations turco-allemandes semblent au plus mal. « Lors du précédent sommet convoqué par l’UE en octobre dernier, les États membres étaient beaucoup plus divisés sur la question turque, ce dont avait profité Ankara. Ils apparaissent aujourd’hui plus unis à la faveur du changement de position de Berlin, ce qui pourrait pencher vers l’adoption de sanctions à l’égard de la Turquie », affirme à L’Orient-Le Jour Jean Marcou, professeur à Sciences Po Grenoble et spécialiste de la Turquie.

Changement de ton américain

Les craintes de la Turquie sont renforcées par une attitude de plus en plus hostile des États-Unis. Au cours d’une réunion en visioconférence des ministres des Affaires étrangères de l’OTAN, qui s’était tenue à huis clos le 2 décembre dernier, de vives critiques avaient été adressées à Ankara, en particulier par le secrétaire d’État américain Mike Pompeo. Selon des journalistes de l’AFP, celui qui apparaissait pour la dernière fois à une réunion ministérielle de l’Alliance a dénoncé la « politique du fait accompli » de la Turquie à l’étranger et demandé au régime du Reis de « revenir à un comportement d’allié ». « C’est la première fois que les positions américaines ont été si dures envers Ankara. Mike Pompeo, qui n’avait pas été reçu lors de son déplacement à Istanbul à la mi-novembre, avait été perçu comme un homme d’intérim par les autorités turques et pas vraiment comme l’homme de la situation », explique Jean Marcou. L’attitude de Recep Tayyip Erdogan pourrait s’expliquer par sa volonté de donner un gage à la future administration Biden, qui pourrait se montrer moins clémente envers l’allié privilégié de Donald Trump. Ankara s’inquiète de l’avenir de ses relations avec les États-Unis, qui pourraient avoir une incidence sur son arsenal militaire.

Alors que la Turquie s’était procuré en 2020 des missiles russes S-400, qu’elle avait essayé en octobre dernier contrairement à ce qu’elle avait annoncé, Washington avait décidé de suspendre dans la foulée la participation d’Ankara au consortium chargé de produire l’avion de guerre américain F-35, ce dernier comptant remplacer sa flotte aérienne de F-16. Cette décision avait été assortie de sanctions économiques. « Si de nouvelles représailles occidentales venaient à peser sur la Turquie, il est possible que cette dernière se tourne de nouveau vers la Russie », avertit Jean Marcou. Les deux pays ont récemment affiché leur proximité dans le règlement du conflit au Haut-Karabakh, impulsé par Moscou. « Ankara a contribué à exclure les Occidentaux sur la question du conflit en se rapprochant des Russes, alors même qu’il fait partie de l’OTAN », ajoute le spécialiste.

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Malgré les menaces de sanctions par l’UE, le recours à celles-ci peut être nuancé. « Il y a deux scénarios possibles : le statu quo, à savoir la poursuite de menaces sans recourir à des sanctions, et l’application de sanctions ciblées et limitées qui resteront alors superficielles », estime Galip Dalay, chercheur associé au Brookings Institution et spécialiste de la Turquie, interrogé par L’Orient-Le Jour. Selon ce dernier, le dilemme auquel est confronté l’UE pourrait pencher en faveur de la première option. « Même si les États membres se prononcent pour des sanctions, la Turquie ne compte pas opérer de changement dans sa politique étrangère. Cela aura seulement une incidence sur l’économie turque, déjà fragilisée, mais l’impact se fera également ressentir sur les banques italiennes, espagnoles et même françaises », conclut le chercheur.

Alors que les tensions entre Ankara et l’Union européenne se sont intensifiées depuis l’été dernier, c’est un président turc au ton plus apaisé qui est apparu hier lundi. « J’appelle tous nos voisins et riverains de la Méditerranée, en particulier la Grèce, à ne pas voir cette question comme un jeu à somme nulle », a déclaré le Reis dans un message vidéo à...

commentaires (2)

Un dictateur ne prendra jamais un autre dictateur comme allié de peur de se faire ratatiner par lui. Erdogan joue avec les américains en affichant un partenariat virtuel avec les russes pour faire monter les enchères et voir jusqu’où il pourrait aller. Il faut que l’Europe et les E.U se montrent fermes s’ils veulent que ce mégalomane reprenne sa place initiale et l’arrête dans ses projets destructeurs. Aussitôt qu’on hausse le ton il se radoucit et envoie ses bateaux à la réparation puis parle de négociation de gagnant gagnant. Ils devraient adopter aussi le même ton avec le HB au Liban et ils seront très surpris de la tournure que prendraient les événements. Il ne faut pas se montrer mous avec les tordus qui se croient à la hauteur des enjeux internationaux. Mais on revient au problème que vivent les libanais, il faut un ton ferme et une union sacrée de tous les pays pour mettre fin aux dictateurs auto proclamés .

Sissi zayyat

12 h 13, le 09 décembre 2020

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Commentaires (2)

  • Un dictateur ne prendra jamais un autre dictateur comme allié de peur de se faire ratatiner par lui. Erdogan joue avec les américains en affichant un partenariat virtuel avec les russes pour faire monter les enchères et voir jusqu’où il pourrait aller. Il faut que l’Europe et les E.U se montrent fermes s’ils veulent que ce mégalomane reprenne sa place initiale et l’arrête dans ses projets destructeurs. Aussitôt qu’on hausse le ton il se radoucit et envoie ses bateaux à la réparation puis parle de négociation de gagnant gagnant. Ils devraient adopter aussi le même ton avec le HB au Liban et ils seront très surpris de la tournure que prendraient les événements. Il ne faut pas se montrer mous avec les tordus qui se croient à la hauteur des enjeux internationaux. Mais on revient au problème que vivent les libanais, il faut un ton ferme et une union sacrée de tous les pays pour mettre fin aux dictateurs auto proclamés .

    Sissi zayyat

    12 h 13, le 09 décembre 2020

  • POURQUOI toujours des "menaces" avec ces sanguinaires nés ?? c est des loups,et ils s en foutent de vous,Chrétiens et civils . Vous êtes des crétins pour eux.Alors?

    Marie Claude

    10 h 29, le 09 décembre 2020

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