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Monde - France

A la cité universitaire de Paris, la crise sanitaire plonge certains étudiants étrangers dans la précarité

"Une fois mon diplôme obtenu en février dernier, j'ai trouvé un CDD qui devait se transformer en CDI. Mais avec la pandémie de coronavirus, la perspective d'un emploi durable s'est envolée", raconte Danielle, une jeune Libanaise.

A la cité universitaire de Paris, la crise sanitaire plonge certains étudiants étrangers dans la précarité

Photo d'illustration AFP/Serge Attal/Only France/AFP

Dans sa chambre de la cité universitaire de Paris, Jesus Alejandro déballe les vivres qu'il a récupérées auprès des Restos du coeur: la crise sanitaire l'a plongé dans la précarité, comme de nombreux étudiants étrangers. Au-dessus de son bureau, ce Vénézuélien de 24 ans a collé des post-it fluo avec des phrases en forme de mantras: "creo en mi" ("je crois en moi"), "debo salir muy bien en el master" ("je dois réussir mon master")...

Jesus Alejandro est arrivé en France en mars pour y décrocher un diplôme d'ingénierie numérique. Pour se financer, il avait trouvé un job d'équipier dans une chaîne de restauration rapide. Mais ce travail s'est arrêté brutalement avec le premier confinement en mars. Pour payer le premier loyer de sa chambre - 580 euros par mois - il n'a pu compter que sur une aide exceptionnelle offerte alors par la Cité universitaire, qui loge 6.000 étudiants (dont 80% d'étrangers) dans le sud de Paris.

Sa situation reste aujourd'hui très délicate, d'autant plus que l'étudiant s'impose d'envoyer de l'argent à sa famille. Une "obligation morale", confie ce jeune homme aux airs sages qui rêve de pouvoir faire en France un doctorat en "mécanique des fluides numériques". Une fois l'argent transféré, il ne lui reste que "plus ou moins 100 euros" par mois. Alors depuis la fin du mois d'octobre, il profite, avec d'autres locataires de la "Cité U", des distributions qu'organisent chaque semaine les Restos du coeur.

"Totalement oubliés"

"Les demandes d'aide sont multipliées par quatre ou cinq par rapport à ce qu'on connaît habituellement", constate Laurence Marion, déléguée générale de la Cité. Pour ne pas laisser la crise compromettre les projets d'études de ces étudiants souvent brillants, plusieurs mesures ont déjà été mises en place: prise en charge de loyers, augmentation des bourses, aides alimentaires, soutien d'une assistante sociale... Et la cité universitaire s'apprête à lancer, pour la première fois de son histoire, une campagne de dons au grand public afin de créer une épicerie solidaire, une antenne médicale et un fonds d'urgence. "La situation est particulièrement difficile pour les étudiants étrangers car beaucoup ne trouvent plus de petits boulots en France et pâtissent d'une érosion de l'aide familiale dans leur pays d'origine", souligne Laurence Marion.

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Manuella, une Brésilienne de 35 ans en doctorat de philo à Paris 8, ne tient que grâce aux économies qu'elle a constituées avant le confinement. Ex-danseuse burlesque pour arrondir ses fins de mois, elle a perdu avec la fermeture des bars et des restaurants sa principale source de revenus. "Nous, étudiants étrangers, sommes totalement oubliés", souffle-t-elle, sous ses longues boucles rousses. Le sentiment d'isolement n'arrange rien: "ma mère me manque mais je n'ai pas d'argent pour retourner au Brésil".

"De l'autre côté de la barrière"

Amna, 29 ans, a carrément fait une dépression cet été. Cette étudiante tunisienne en génie civil, arrivée en France en septembre 2019, n'a pas supporté de devoir accepter un travail de caissière au moment du premier confinement. "Les transferts d'argent depuis ma banque en Tunisie étaient bloqués, j'ai dû prendre le seul job qui se présentait", explique-t-elle. Pour pouvoir poursuivre ses études en France, elle a contracté un prêt bancaire avec un taux d'intérêt de 10% et vit aujourd'hui très mal de dépendre des Restos du coeur. "Le coronavirus n'a pas seulement changé ma vie quotidienne mais aussi mes projets professionnels, mon avenir", se désole-t-elle.

Danielle, 25 ans, ingénieure agronome, a elle aussi vu tous ses plans vaciller. "Une fois mon diplôme obtenu en février dernier, j'ai trouvé un CDD qui devait se transformer en CDI", raconte cette jeune Libanaise. Mais avec la pandémie de coronavirus, la perspective d'un emploi durable s'est envolée. Deuxième coup dur cet été, avec l'énorme explosion accidentelle d'un entrepôt au port de Beyrouth, qui a soufflé sa maison. "Mes parents ne peuvent plus m'aider". La jeune femme a perdu son statut d'étudiante, mais la Cité universitaire lui a permis de conserver sa chambre sur le campus, le temps de trouver un emploi. Elle vient tout juste de décrocher un stage au ministère de la Transition écologique, qu'elle accomplit... derrière son écran. Lors de son premier contrat l'an dernier, elle travaillait pour une fondation venant notamment en aide aux Restos du coeur. Elle n'en revient toujours pas de s'être "retrouvée subitement de l'autre côté de la barrière".

Dans sa chambre de la cité universitaire de Paris, Jesus Alejandro déballe les vivres qu'il a récupérées auprès des Restos du coeur: la crise sanitaire l'a plongé dans la précarité, comme de nombreux étudiants étrangers. Au-dessus de son bureau, ce Vénézuélien de 24 ans a collé des post-it fluo avec des phrases en forme de mantras: "creo en mi" ("je crois en moi"), "debo salir muy...
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