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Éclairage

Riyad en phase avec Washington : face au Hezbollah, l’heure est à la pression accrue

Après le départ de l’ambassadeur saoudien au Liban, les contacts se sont intensifiés entre les États-Unis et l’Arabie où Pompeo est attendu cette semaine.


Riyad en phase avec Washington : face au Hezbollah, l’heure est à la pression accrue

Saad Hariri recevant l’ambassadeur saoudien Walid Boukhari en 2019 au Grand Sérail. Photo d’archives Dalati et Nohra

Le récent départ de l’ambassadeur saoudien à Beyrouth, Walid Boukhari, a suscité beaucoup d’interrogations. Officiellement, le diplomate serait parti en vacances début novembre, mais il est difficile de croire que l’ambassadeur d’un pays qui jouit d’un tel poids dans la région puisse prendre un congé familial en des circonstances politiques aussi délicates. Selon une source diplomatique saoudienne, M. Boukhari a été rappelé en consultations, et cela pour adresser un clair message exprimant la désapprobation du royaume face au processus de formation du gouvernement et aux contacts menés par le Premier ministre désigné Saad Hariri. Cette source explique que Riyad ne voit pas d’un bon œil les tentatives de M. Hariri de former un cabinet qui inclurait d’une manière ou d’une autre le Hezbollah, le royaume ayant fait savoir à plusieurs reprises qu’il refuse de traiter avec toute équipe ministérielle dont ferait partie la formation pro-iranienne. M. Boukhari pourrait revenir à Beyrouth bientôt, son départ ayant simplement servi à adresser ce message. Mais selon une source de l’ambassade saoudienne, le royaume se dirigerait vers une décision plus drastique en ne renvoyant pas son ambassadeur et en abaissant le niveau de sa représentation diplomatique. Il ne faut pas oublier le précédent de 2015, à l’époque du gouvernement de Tammam Salam, quand l’ambassadeur saoudien de l’époque, Ali Aouad Assiri, avait été rappelé discrètement à Riyad et n’était pas revenu au Liban. Ce n’est que plusieurs mois plus tard que le royaume a nommé Walid Boukhari chargé d’affaires pour un certain temps, puis ambassadeur en 2016. Il convient de souligner que le rappel en consultations de l’ambassadeur saoudien intervient en même temps que le départ de l’ambassadeur des Émirats arabes unis, fidèles alliés des Saoudiens, Hamad al-Chamsi. Ce dernier a été nommé ambassadeur en Égypte sans que son remplaçant soit annoncé, laissant le chargé d’affaires à la tête de l’ambassade.

Constantes

Interrogée sur la position de Riyad, une source de l’ambassade saoudienne au Liban rappelle les constantes du royaume exprimées par le roi Salmane qui a dit clairement dans son dernier discours devant l’ONU, en septembre, qu’il considérait le Hezbollah comme « une organisation terroriste qui devrait être désarmée ».

Pour mémoire

L’Arabie saoudite s’invite dans la danse régionale, tout en tapant sur le Hezbollah et l’Iran

Une position alignée sur celle de l’administration américaine actuelle. Selon des sources informées, les deux parties auraient réitéré cette position commune à l’égard de la crise libanaise lors d’un contact après l’élection présidentielle du 2 novembre que Donald Trump a perdue. L’administration américaine a alors assuré aux Saoudiens qu’elle allait intensifier ses pressions et accélérer ses sanctions contre le camp pro-iranien au cours des deux mois à venir, de façon à imposer un fait accompli que le président élu Joe Biden ne pourra pas changer lors de son accession à la Maison-Blanche en janvier. Les sources saoudiennes assurent dans ce contexte qu’il y a une entente totale avec l’administration Trump sur le dossier libanais : pour les deux alliés, le Hezbollah constitue le principal problème. Un nouveau contact saoudo-américain a eu lieu après la visite en début de semaine du secrétaire d’État Mike Pompeo à Paris, au cours de laquelle il a rencontré le président Emmanuel Macron et le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian. Washington et Riyad ont souligné leur concordance de vues, alors que les divergences entre Paris et Washington étaient claires, comme l’a illustré l’absence de communiqué conjoint après la réunion avec le chef de la diplomatie américaine. Le département d’État avait alors publié unilatéralement un communiqué affirmant que M. Pompeo avait évoqué avec son homologue français « l’influence néfaste du Hezbollah au Liban ». Selon des sources libanaises à Paris, le secrétaire d’État a par la suite affirmé, au cours d’un dîner organisé à l’ambassade américaine dans la capitale française auquel étaient conviées des personnalités libanaises, que les États-Unis refusaient un gouvernement auquel participerait le Hezbollah et ne lui fourniraient aucune aide. Le dossier libanais sera une nouvelle fois au menu des discussions de Mike Pompeo cette semaine en Arabie saoudite.

Perte de confiance

Le mécontentement saoudien ne date pas d’aujourd’hui. Certains observateurs affirment que le royaume a perdu sa confiance en Saad Hariri depuis la démission de ce dernier, annoncée il y a trois ans depuis Riyad. À l’époque, les Saoudiens reprochaient constamment au leader sunnite, alors Premier ministre, de faire des concessions, lui réclamant de tenir tête au Hezbollah et de l’empêcher de contrôler l’État libanais. Le royaume ne voyait déjà pas d’un bon œil le compromis présidentiel sur la base duquel Michel Aoun avait été élu à la magistrature suprême en octobre 2016, en contrepartie d’une promesse de faire revenir le chef du courant du Futur à la tête du gouvernement. Et il avait affiché à plusieurs reprises sa crainte de voir le Hezbollah contrôler peu à peu les rouages de l’État, se montrant particulièrement inquiet de voir l’adoption d’une loi électorale accordant au parti chiite une majorité assurée, selon ces observateurs.

Lorsqu’il avait été forcé à annoncer sa démission depuis Riyad, Saad Hariri s’était tourné vers la France qui l’avait aidé à désamorcer la crise et à renouveler le compromis présidentiel. Le royaume a alors décidé de se désengager du Liban, estimant qu’il ne pouvait pas avoir confiance en ses propres alliés. Une décision renforcée par les divergences entre les alliés de l’Arabie saoudite au Liban, qualifiées par Riyad de conflits puérils qui ne l’encouragent pas à s’impliquer à nouveau dans le dossier libanais. Reste que l’Arabie saoudite avait vu d’un bon œil l’initiative française annoncée début septembre par le président Macron pour la formation d’un gouvernement d’experts, estimant qu’il s’agissait d’une chance dont les forces souverainistes pourraient tirer profit pour s’imposer. Le royaume considère cependant que ces forces n’ont pas su saisir l’occasion et que l’initiative française a peu à peu perdu de sa substance devant les exigences des Hezbollah et de ses alliés. Face à cette situation, l’Arabie « ne veut pas être plus royaliste que le roi », souligne une source saoudienne. Si M. Hariri forme un gouvernement dans lequel le président Aoun et le Hezbollah se taillent la part du lion ou détiennent une majorité de blocage, l’Arabie saoudite ne traitera pas avec un tel cabinet et ne fournira aucune aide au Liban.

Interrogée sur sa position aujourd’hui face à Saad Hariri, cette source se borne à dire que le Premier ministre désigné « est le partenaire de fait accompli du royaume » en tant que chef du plus grand bloc politique sunnite. À la question de savoir si l’Arabie est satisfaite de la prestation politique du leader sunnite, elle répond que l’important est que « la rue de M. Hariri soit satisfaite ».



Le récent départ de l’ambassadeur saoudien à Beyrouth, Walid Boukhari, a suscité beaucoup d’interrogations. Officiellement, le diplomate serait parti en vacances début novembre, mais il est difficile de croire que l’ambassadeur d’un pays qui jouit d’un tel poids dans la région puisse prendre un congé familial en des circonstances politiques aussi délicates. Selon une source...

commentaires (3)

L,HEURE EST AU BON DEBARRAS.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

13 h 09, le 22 novembre 2020

Tous les commentaires

Commentaires (3)

  • L,HEURE EST AU BON DEBARRAS.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    13 h 09, le 22 novembre 2020

  • Et voilà le travail ! En s'obstinant à vouloir soutenir le Hezbollah, le pouvoir libanais, non seulement, empêche toute réforme salvatrice, mais est en train d'isoler complètement le Liban.

    Yves Prevost

    12 h 53, le 21 novembre 2020

  • L,HEURE EST AU DEMENTELEMENT FINAL.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    08 h 36, le 21 novembre 2020