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Cinéma

Quand le masque devient une seconde peau

Quand le masque devient une seconde peau

C’est du cinéma ! dirait-on. Ce n’est que du cinéma. Dans nos rêves les plus fous, nous n’aurions jamais imaginé qu’en 2020, tous les hommes et femmes (ou presque) de la planète seraient masqués. Qu’ils n’auraient pas pu s’étreindre, s’enlacer, s’embrasser ou même se serrer les mains. Cette fois-ci ce n’était pas du cinéma. Cette pandémie aurait déjoué tous les codes de l’humanité, floué toute intelligence. Quoique cent fois utilisé et usé jusqu’à la moelle dans les livres ou dans les scénarios de films, à différents objectifs et pour des symboliques, des esthétiques diverses, le masque n’était jusqu’alors qu’objet. De toutes les dissimulations et de tous les désirs. Certes, il évoluait, devenant parfois une seconde peau, mais ce n’est qu’en 2020 qu’il s’est imposé comme outil nécessaire et vital. Le masque a gagné sur tous les fronts, virtuel et réel. Il n’est plus vu comme un objet, mais comme sujet, acteur principal d’un jeu international sans lequel il n’y aurait ni acte un ni épisode premier. Retour sur les masques iconiques qui ont fait le cinéma contemporain. Pour ne citer que ceux-là.




« Scaramouche », de George Sidney (1952)

Bien qu’il soit affublé d’un long nez crochu, le masque de Scaramouche reste élégant. Le film reste connu pour le très spectaculaire duel final entre Scaramouche et le marquis, le plus long de l’histoire du cinéma (7 minutes). Sous les traits d’un Stewart Granger masqué, c’est avec élégance que l’acteur lance cette phrase devenue célèbre : « Et qui se cache derrière ce masque ? » Pour beaucoup de cinéphiles, Scaramouche demeure le plus beau film de cape et d’épée jamais tourné. Et pour le port du masque, il n’a d’objectif que de dissimuler l’identité de celui qui le porte dans un récit plein d’intrigues et d’action.




« The Mask of Zorro », de Martin Campbell (1998)

Le masque rime avec mystère dans le film romanesque d’action avec Anthony Hopkins (Zorro père) et Antonio Banderas (Zorro fils). Il est basé sur le personnage de Zorro, créé par Johnston McCulley. Zorro a toujours hanté l’imaginaire des femmes. Ce héros masqué qui vient à la rescousse des pauvres, des opprimés, des faibles. Avec son chapeau noir, son masque et sa cape, ce héros indémodable qui disparaît sur son cheval n’a pas l’ambition des superhéros. Il se veut juste le défenseur de tous ceux qui subissent des injustices. Son masque lui permet de se mêler à tous les milieux sans qu’on ne le reconnaisse.




« The Mask », de Chuck Russell (1994)

Quand le masque est synonyme de pouvoirs, avec Jim Carrey. Un film loufoque, mais à double signification. Lorsqu’un banal employé de banque, vouant une passion aux cartoons de Tex Avery, trouve un masque dans la rue, il ne sait pas que celui-ci est doté de pouvoirs surnaturels révélant et exagérant la personnalité de son possesseur. En le portant, il découvre qu’il va lui permettre de vaincre sa timidité et de conquérir le cœur de celle qu’il aime. Ce masque vert qui colle à la peau, inspiré des mimiques des cartoons, est doté d’une fonction quasi thérapeutique.




« Batman », de Tim Burton (1989)

Le masque associé à la peur. Première sur grand écran du héros le plus connu de l’univers DC. Créé par le dessinateur Bob Kane et le scénariste Bill Finger, derrière l’homme chauve-souris se cache Bruce Wayne, un jeune milliardaire vouant sa vie à combattre l’injustice. Il se sert de son identité de superhéros pour chasser les malfrats de la ville de Gotham. Il a choisi le symbole de la chauve-souris après le meurtre de ses parents par un voleur dans une ruelle sombre de la ville. Le jeune homme a vu en cet animal nocturne le symbole parfait de la peur.




« Scream », de Wes Craven (1996)

Un masque synonyme d’horreur. En cherchant un masque à portée iconique pour sa saga Scary Movie, Wes Craven en trouve un, intitulé « Le fantôme aux yeux d’arachide » en référence à la forme des yeux comme des cacahuètes, propriété d’une société baptisée Fun World, spécialisée dans les costumes de Halloween, et qui l’avait commercialisé aux alentours de 1991-1992. De plus, ce masque évoque Le cri de Munch. Le réalisateur a dû donc faire certains ajustements pour éviter de payer les droits d’auteur. Et le masque devint immortel et le plus porté à Halloween.




« L’homme au masque de fer », de Randall Wallace (1998)

Un masque symbole de l’oppression porté par l’un des prisonniers les plus fameux de l’histoire de France. Le mystère entourant son existence, ainsi que les différents films (avec Leonardo DiCaprio dans celui de Wallace) et romans dont il a fait l’objet n’ont cessé d’alimenter les imaginations. Son histoire a été amplifiée et la légende s’y est mêlée. La politique s’en est aussi emparée, l’homme au masque de fer devenant, sous la plume de Voltaire, un symbole de l’absolutisme monarchique et, par la suite, le symbole des prisonniers enfermés injustement.




« La Piel que Habito », de Pedro Almodovar (2011)

Le masque qui colle à la peau dans ce thriller fantastique avec Antonio Banderas. Une folie obsessionnelle s’empare d’un scientifique qui a perdu sa femme par des brûlures horribles et qui tente de créer une peau synthétique capable d’endurer toute atteinte physique. Mais derrière ce sujet quasi fantastique, il y a l’obsession du créateur qui a peur de perdre l’inspiration ou le savoir-faire et qui sombre dans un monde sombre. C’est le syndrome de Frankenstein.




« Eyes Wide Shut », de Stanley Kubrick (1999)

Le masque pour fermer les yeux sur les dérives humaines. Avec Tom Cruise et Nicole Kidman. Obsédé par ses fantasmes sexuels, Bill Harford va se retrouver après une nuit d’errance dans une soirée masquée sur fond de rituel orgiaque. Le masque vénitien dans toute sa beauté et son esthétique pose un véritable problème identitaire. Et au-delà de ce questionnement, l’accessoire cache un rôle social et politique. Kubrick dénonce dans son film l’exploitation d’esclaves sexuelles par des sociétés secrètes occultes. Alors que le masque était symbole de désirs inassouvis, il devient l’outil de la condamnation des dérives humaines.




« V for Vendetta », de James McTeigue (2006)

Symbole de rébellion et d’insoumission. Dans une société dystopique, un combattant de la liberté se faisant appeler « V » cherche à opérer un changement politique et social en menant une violente vendetta personnelle contre le gouvernement fasciste en place. Devenu un accessoire majeur des révoltes, le masque de Guy Fawkes, avant d’être mondialement connu grâce au film V for Vendetta, a été imaginé par le dessinateur David Lloyd en 1986. Façon Dali, il réapparaît dans la série Casa del papel. Il est souvent arboré dans les manifestations et est devenu l’emblème des « Anonymous ».




« Silence of the Lambs », de Jonathan Demme (1991)

Avec Anthony Hopkins. C’est un masque d’une nature différente que porte le psychiatre Hannibal Lecter, devenu l’un des serials killers les plus effrayants de sa génération. La force de ce masque est double : d’une part, elle l’empêche de s’exprimer et ainsi d’user de son arme qu’est la rhétorique, et, de l’autre, la muselière l’empêche de manger, car, n’oublions pas que c’est un cannibale. Mais ce masque va plus loin encore. Il révèle combien l’humanité, quoique révulsée, peut être fascinée par l’horrible.




« Star Wars », de Georges Lucas (1977)

Début de la saga de la guerre des étoiles et naissance du phénomène Dark Vador (Darth Vader pour les anglophones). À la suite de son combat avec Obi-Wan Kenobi, Anakin, amputé et brûlé, viendra endosser le rôle obscur de Dark Vador sous un masque mythique. Ce masque, comme une armure, lui permet de réguler son système pulmonaire, respiratoire et neural, et d’améliorer sa vue et son ouïe. Cette invention va au-delà du masque puisqu’elle révèle bien avant Chris Nolan et son Batman la face sombre (dark side) de tout humain qui peut sombrer à tout moment dans les ténèbres de sa personnalité.




« Vanilla Sky », de Cameron Crowe (2001)

Reprise du film espagnol Ouvre les yeux réalisé par Alejandro Amenábar, la version de Crowe met Tom Cruise à l’affiche. Après un accident de voiture qui le rend défiguré, la vie de David va prendre un tournant inattendu. Entre hallucinations et réalité, l’arrivée d’un masque lui procurera certes un réconfort physique mais aussi des visions récurrentes inquiétantes. Est-il en train de se dédoubler ? Est-il encore la même personne ? Ce thriller psychologique pose à travers ce masque de peau humaine pléthore de questions sur notre condition et interroge : « Je » est-il un autre ?


C’est du cinéma ! dirait-on. Ce n’est que du cinéma. Dans nos rêves les plus fous, nous n’aurions jamais imaginé qu’en 2020, tous les hommes et femmes (ou presque) de la planète seraient masqués. Qu’ils n’auraient pas pu s’étreindre, s’enlacer, s’embrasser ou même se serrer les mains. Cette fois-ci ce n’était pas du cinéma. Cette pandémie aurait déjoué tous...

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