Des Arméniens désemparés ont manifesté devant le Parlement à Erevan, suite à l’annonce de l’accord entre l’Arémenie et l’Azerbaïdjan, le 10 novembre 2020. Karen Minasyan/AFP
La Russie a commencé hier à déployer quelque 2 000 soldats de maintien de la paix, après l’accord signé sous son égide entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie mettant fin à six semaines de combats meurtriers au Haut-Karabakh. Cet accord consacre des victoires militaires azerbaïdjanaises dans cette région montagneuse du Caucase, aujourd’hui peuplée quasi exclusivement d’Arméniens, qui a fait sécession de l’Azerbaïdjan après une guerre dans les années 1990. Des affrontements y opposaient depuis fin septembre séparatistes soutenus par Erevan et armée azérie.
Entré en vigueur à 21h GMT lundi, le texte a été signé par le président azéri Ilham Aliev et le Premier ministre arménien Nikol Pachinian ainsi que Vladimir Poutine. Selon ce dernier, les belligérants gardent « les positions qu’ils occupent ».
L’annonce a entraîné des manifestations de joie en Azerbaïdjan et de colère en Arménie.
Le Premier ministre arménien a dit sur Facebook que la signature de l’accord avait été « incroyablement douloureuse », mais que la décision s’imposait face aux avancées azerbaïdjanaises et avait aussi été réclamée par l’armée. « C’est un grand échec pour nous, une grande catastrophe, un grand deuil pour les vies perdues », a-t-il dit. Le président azerbaïdjanais s’est, pour sa part, réjouit de la « capitulation » de son ennemi. « J’avais dit qu’on chasserait (les Arméniens) de nos terres comme des chiens, et nous l’avons fait », a-t-il martelé. La Turquie a salué la « grande victoire » de l’Azerbaïdjan. « Que cela serve de leçon » à l’Arménie, a ajouté le chef de la diplomatie turque Mevlüt Cavusoglu. Ankara, qui a pris fait et cause pour Bakou, a aussi salué ses « gains importants ». En outre, la Turquie contrôlera avec la Russie l’application du cessez-le-feu depuis un centre conjoint d’observation, a affirmé hier la présidence turque à l’issue d’un entretien téléphonique entre Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine. Lors de cet entretien, M. Erdogan a déclaré à M. Poutine que « la Turquie aussi mènera des activités d’observation et de contrôle avec la Russie, au moyen d’un centre conjoint ». Ce centre sera établi dans un lieu choisi par l’Azerbaïdjan dans l’un des territoires récemment reconquis par Bakou, a ajouté la présidence dans un communiqué, sachant que la Turquie n’est pas mentionnée dans l’accord signé.
Le président français Emmanuel Macron a de son côté appelé à travailler à un « règlement politique durable » qui « préserve les intérêts de l’Arménie », et demandé « fermement à la Turquie de mettre fin à ses provocations ». L’Iran a salué l’accord, tout en réitérant son exigence de voir partir « tous les combattants étrangers » du Haut-Karabakh, région proche de sa frontière.
« Traître », « démission »
Vladimir Poutine a pour sa part salué le « courage » de ses homologues azerbaïdjanais et arménien, avec cette décision qui permettra de « créer les conditions propices au règlement pacifique de la situation » dans la région. Moscou a aussi annoncé l’arrivée en Arménie mardi des premiers avions transportant ses forces de maintien de la paix qui doivent être envoyés au Haut-Karabakh. Au total, 1 960 militaires, 90 blindés et 380 autres véhicules seront mobilisés. Ils doivent être déployés à mesure que les forces arméniennes se retirent d’une série de territoires rétrocédés à l’Azerbaïdjan.
Bakou prend le contrôle de districts autour du Karabakh, sorte de glacis de sécurité constitué par les Arméniens autour de la république autoproclamée depuis 30 ans. Bakou a aussi mis la main sur des territoires de la province séparatiste. Les terres encore sous contrôle arménien le restent, et un corridor les reliera à l’Arménie. Cet accord « n’est pas un traité de paix global », souligne Olga Oliker, directrice du programme Europe et Asie centrale chez International Crisis Group, en estimant que « beaucoup de détails restent vagues ».
Peu après l’annonce de l’accord, une foule de milliers de manifestants en colère s’est rassemblée dans la nuit aux abords du siège du gouvernement arménien aux cris de « traître » et « démission » à l’adresse de M. Pachinian (voir par ailleurs). Des centaines d’entre eux ont pénétré dans les locaux, brisant des vitres et saccageant des bureaux, notamment une salle de conseil des ministres. Le siège du Parlement a subi le même sort. La police a repris le contrôle des bâtiments dans la matinée. L’opposition arménienne a annoncé une manifestation mercredi pour dénoncer « la page la plus honteuse de l’histoire » du pays.
Prise stratégique
En Azerbaïdjan, les habitants affichaient au contraire leur joie, sortant dans les rues, dansant et tenant des drapeaux ou scandant « Le Karabakh, c’est l’Azerbaïdjan ».
L’accord intervient après que les forces azéries ont annoncé dimanche la prise de Choucha, ville stratégique située à 15 kilomètre de la capitale séparatiste, Stepanakert, et sur l’artère vitale reliant la république autoproclamée à son parrain arménien. Hier, le président du Haut-Karabakh, Araïk Aroutiounian, a indiqué que « si les hostilités avaient continué, nous aurions tout perdu en quelques jours ». « Le moral dans l’armée était insatisfaisant. Il y avait des maladies, le coronavirus », a-t-il expliqué.
Le conflit a fait au moins 1 440 morts depuis le 27 septembre, selon des bilans très partiels. Depuis des semaines, la Russie et d’autres puissances tentaient d’obtenir un cessez-le-feu, mais trois tentatives avaient échoué.
Source : AFP


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