Hadi Hobeiche et Ghada Aoun. Photo d’archives
Entendu hier par le juge d’instruction de Beyrouth, Assaad Bayram, dans le cadre de la plainte en diffamation déposée contre lui par Ghada Aoun, procureure générale près la cour d’appel du Mont-Liban, Hadi Hobeiche, député du courant du Futur (Akkar), a affirmé qu’il est ouvert à « toute réconciliation » et qu’il souhaitait « la fermeture définitive de ce dossier ». Mais selon une source proche de la procureure, celle-ci maintiendra sa plainte tant que M. Hobeiche ne lui a pas adressé nommément ses excuses.
Le député avait été attaqué en justice par Mme Aoun après un incident les ayant opposés le 11 décembre 2019, suite à l’arrestation par cette dernière de la directrice générale du département du trafic routier, Hoda Salloum, dans une affaire de corruption. Furieux de cette mesure qu’il considérait comme illégale car faite sans l’autorisation de la ministre de l’Intérieur de l’époque, Raya el-Hassan, M. Hobeiche avait alors fait irruption dans le bureau de la juge au Palais de justice de Baabda, l’accusant publiquement de « corrompue » et de « milicienne », avant de lui demander si elle assume bien sa fonction ou si elle tient plutôt « une maison close ». Parallèlement à la plainte de la procureure, le service du Contentieux de l’État avait porté plainte contre le député pour atteinte au prestige de l’État. Lors de l’audience hier, l’avocat de Mme Aoun, Roland Aouad, et l’avocat du Contentieux de l’État, Rabih Fakhri, étaient tous deux face à Hadi Hobeiche, à son avocat Marwan Daher et à Mohammad Mrad, bâtonnier de l’ordre des avocats de Tripoli dont M. Hobeiche est membre. « Nous réitérons nos excuses à l’autorité judiciaire et à tout juge auquel il est porté atteinte », a déclaré le député du Futur à l’issue de la séance.
Une médiation de Raï ?
Devant le juge d’instruction, M. Hobeiche avait dans le même esprit exprimé son respect « au Conseil supérieur de la magistrature, à son président Souheil Abboud, au procureur général près la Cour de cassation, Ghassan Oueidate, ainsi qu’à tous les magistrats ». Or, selon une source informée, lorsque l’avocat de la procureure générale lui a demandé s’il adresse ses excuses également à Mme Aoun, il a répondu « non ». Un proche de cette dernière estime d’ailleurs que le député ne veut pas d’une réconciliation « au vrai sens du terme », notant qu’« il n’a pas retiré ses injures ». De fait, lorsque le juge d’instruction a procédé à son interrogatoire, M. Hobeiche a reconnu avoir prononcé toutes les expressions qui lui sont attribuées, sans pour autant reconnaître qu’il s’agit d’insultes et donc d’infractions : « En la qualifiant de corrompue, je n’ai pas accusé Mme Aoun de toucher des pots-de-vin, mais plutôt de ne pas appliquer la loi. Lorsque je l’ai traitée de milicienne, je voulais lui faire remarquer qu’elle ne se conforme pas à la loi. Je n’ai pas non plus utilisé le terme “maison close” dans son sens propre mais à la place de “chaos”. » Ce qui fait dire au proche de Mme Aoun que « Hadi Hobeiche joue sur les mots parce qu’il ne veut pas changer ses positions ». « Or pour qu’une réconciliation soit réalisable, il faut que sa litanie de mots d’excuses soit aussi explicite que sa litanie d’injures », clame-t-il.
Le juge d’instruction de Beyrouth a reporté l’audience à vendredi dans l’esprit de paver la voie à la réconciliation. Il va entre-temps visionner plus de dix vidéos dans lesquelles Hadi Hobeiche présente ses excuses devant les médias. Mais dans les milieux de la procureure, on dénonce le fait que le député n’y prononce le nom de Mme Aoun à aucun moment.
À l’issue de l’interrogatoire, M. Hobeiche a révélé qu’« une personnalité de haut rang a proposé la réconciliation ». Selon une source proche de lui, il s’agit du patriarche maronite, Mgr Béchara Raï. Le prélat aurait tenté la démarche en coopération avec le président du CSM et les bâtonniers de Beyrouth et de Tripoli, Melhem Khalaf et Mohammad Mrad. Mais ses efforts n’ont pas abouti, Mme Aoun ayant demandé au final un délai de deux semaines pour réfléchir, délai qui s’est écoulé sans qu’elle ne se manifeste.


La faute présumée est grave d'autant plus faite par un avocat qui a tout avoué apparemment. Le dossier est donc clair. Qu'on laisse la justice continuer son travail.
19 h 02, le 07 novembre 2020