Un homme fait un doigt d’honneur à des partisans de Trump manifestant devant un centre de dépouillement en Pennsylvanie, hier. Bryan R. Smith/AFP
Le président américain Donald Trump a promis hier de poursuivre son combat juridique contre les résultats, selon lui, frauduleux de l’élection présidentielle, alors que son adversaire démocrate Joe Biden semble en bonne voie pour l’emporter.
Signe de la confiance régnant dans le camp démocrate, l’ancien vice-président de Barack Obama a prévu de s’exprimer dans la soirée depuis son fief de Wilmington, dans le Delaware, où une grande scène en plein air a été installée mardi, jour de l’élection. Si aucun grand média américain n’a encore désigné le vainqueur, la présidente démocrate de la Chambre des représentants Nancy Pelosi a jugé « évident » que Joe Biden allait « gagner la Maison-Blanche ».
Dans un communiqué au ton plutôt mesuré, tranchant singulièrement avec son allocution colérique de jeudi soir, Donald Trump s’en est tenu à quelques grands principes en appelant au respect de la transparence. « Nous allons continuer ce processus sur tous les plans permis par la loi pour garantir que le peuple américain ait confiance en notre gouvernement. Je ne renoncerai jamais au combat pour vous et pour notre nation », a affirmé le président sortant dans un communiqué.
Le dépouillement a avancé au compte-gouttes, mais l’ancien vice-président démocrate, mené en Pennsylvanie depuis mardi, y devance désormais le président républicain de plus de 13 000 voix. Aucun média n’a pour l’instant attribué définitivement la victoire à l’un des deux candidats dans cet État du Nord-Est industriel du pays qui vaut 20 grands électeurs, remporté par Donald Trump en 2016. La marge de Joe Biden a augmenté au fur et à mesure que les bulletins envoyés par courrier – souvent à 80 % en sa faveur – ont été comptés. Si le démocrate l’emporte en Pennsylvanie, il deviendra le 46e président américain, quelle que soit l’issue du dépouillement dans les autres États. Le dépouillement des bulletins pourrait toutefois prendre encore plusieurs jours à Philadelphie, en Pennsylvanie, a annoncé le responsable local du scrutin.
Recomptage en Géorgie
Hier, le dépouillement en Géorgie, qu’aucun démocrate n’a remportée depuis 1992, avait déjà basculé en faveur de Joe Biden, avec un peu plus de 1 500 voix d’avance. Mais la marge est tellement « serrée » qu’il y aura un recomptage des votes dans cet État du Sud, a annoncé un haut responsable local.
Le compteur pour arriver au nombre magique de 270 grands électeurs – la majorité du collège électoral – ouvrant les portes de la Maison-Blanche restait donc encore bloqué : 253 ou 264 voix pour Joe Biden, selon que les médias lui aient ou non attribué l’Arizona, et 214 pour Donald Trump.
À l’inverse de la Pennsylvanie et de la Géorgie, Donald Trump bénéficie directement, dans l’Arizona, de la prolongation du dépouillement. Il était en train de rattraper Joe Biden, risquant de faire perdre au démocrate les 11 grands électeurs que l’agence AP et Fox News lui avaient attribués dès la nuit électorale, sur la base de résultats partiels et de modèles statistiques, une méthode habituellement sûre.
Trump plus isolé
Face aux résultats égrenés, globalement plus favorables à son rival, Donald Trump a, lui, crié jeudi une nouvelle fois à la fraude, sans apporter de nouveaux éléments. « Si vous comptez les votes légaux, je gagne facilement. Si vous comptez les votes illégaux, ils peuvent essayer de nous voler l’élection », a-t-il lancé depuis la Maison-Blanche, dans une tirade truffée d’approximations et de contre-vérités sur le décompte en cours.
Son équipe de campagne a prévenu hier que l’élection n’était « pas finie », dénonçant « les projections erronées proclamant la victoire de Joe Biden ». Le 45e président des États-Unis apparaît isolé au sein de son propre parti dans sa croisade contre un « vol » du scrutin dont il serait la victime. « Nous n’avons entendu parler d’aucune preuve », a réagi sur ABC Chris Christie, ex-gouverneur du New Jersey et allié du président, mettant en garde contre le risque d’attiser les tensions. Donald Trump « a tort de dire que l’élection a été truquée, corrompue et volée », a tonné le sénateur républicain Mitt Romney, critique habituel du président.
Recours judiciaires
Le président a en revanche reçu le soutien de deux autres sénateurs républicains, Lindsey Graham et Ted Cruz. « Je peux vous dire que le président est en colère et je suis en colère, et les électeurs devraient être en colère », a déclaré ce dernier sur Fox News.
Comme depuis mardi, Joe Biden a une nouvelle fois appelé jeudi au calme et à la patience. « Personne ne nous prendra notre démocratie. Ni aujourd’hui ni jamais », a-t-il tweeté. Quelques heures plus tôt, le candidat démocrate s’était dit certain, dans une intervention à la tonalité présidentielle, de sa victoire imminente.
« Je demande à tout le monde de rester calme. Le processus fonctionne, le décompte s’achève et nous saurons très bientôt », avait-il déclaré à Wilmington. « Nous n’avons aucun doute sur le fait que lorsque le dépouillement sera terminé (...) nous serons déclarés vainqueurs. »
Donald Trump avait déclaré dans la première nuit post-élection qu’il avait gagné le scrutin et qu’il ferait intervenir la Cour suprême, restant évasif sur les motifs.
En réalité, ses avocats ont lancé de multiples actions judiciaires au niveau des États, avec par exemple la menace de demander un recomptage dans le Wisconsin.
Les démocrates estiment les plaintes sans fondement, mais ces recours pourraient retarder de plusieurs jours ou semaines l’homologation des résultats. Selon deux sources proches du projet, le Comité national du Parti républicain a l’intention de lever 60 millions de dollars pour financer les procédures judiciaires de contestation des résultats.
Sources : agences

