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Iran

La présidentielle américaine ? À Téhéran, on ne pense qu’à ça

La présidentielle américaine ? À Téhéran, on ne pense qu’à ça

En Iran, l’effondrement du rial (qui a perdu près de 90 % de sa valeur face au billet vert en trois ans) se poursuit sans relâche, nourrissant une inflation galopante. Atta Kenare/AFP

Après plus de deux ans de « pression maximale » de Washington sur la République islamique, la présidentielle américaine est dans tous les esprits à Téhéran, où elle nourrit des espoirs de changement tout en renforçant un certain fatalisme.

La politique intérieure américaine suscite toujours beaucoup d’intérêt en Iran, où, après plus de quarante années de relations conflictuelles entre Washington et Téhéran, les habitants ont appris à voir leur quotidien bouleversé par des décisions prises aux États-Unis.

Mais, cette fois-ci, « la perception générale est que le résultat de cette présidentielle est crucial pour la population », explique Zeinab Esmaïli, journaliste diplomatique au quotidien réformateur Charq. Vu les circonstances, « il est naturel pour nous de parler des élections américaines », confirme Mohammad Amine Naqibzadeh, étudiant en géopolitique de 28 ans, alors que Téhéran et Washington sont apparus par deux fois au bord de la guerre depuis juin 2019.

Et, de fait, en famille, entre amis, au bazar, on ne parle que de ça... ou presque, car il y a aussi les deux autres préoccupations, pour ne pas dire obsessions, du moment : la hausse des prix et la valeur du rial (la devise nationale) sur le marché des changes, toutes deux intimement liées à l’élection américaine.

En 2018, la décision du président américain, Donald Trump, de sortir unilatéralement les États-Unis de l’accord international sur le nucléaire iranien conclu en 2015 à Vienne et de rétablir de lourdes sanctions contre la République islamique a plongé l’Iran dans une récession aux conséquences sociales dramatiques dont le pays n’est toujours pas sorti.

Une voie crédible

La pandémie de Covid-19, qui frappe l’Iran de plein fouet, n’a rien arrangé et l’effondrement du rial (qui a perdu près de 90 % de sa valeur face au billet vert en trois ans) se poursuit sans relâche, nourrissant une inflation galopante. La République islamique dénonce régulièrement comme autant de « mensonges » les affirmations de Washington selon lesquelles les sanctions ne touchent pas la population iranienne.

Officiellement, la ligne des autorités – répétée encore récemment par le président Hassan Rohani – est claire : Donald Trump, qui brigue un second mandat, et son concurrent démocrate, Joe Biden, sont les deux faces identiques d’un même système, celui de l’« arrogance internationale », du « Grand Satan » ou simplement de l’« ennemi ». Mais dans les rues de Téhéran, des habitants ne cachent pas souhaiter la victoire de M. Biden.

Face à un Donald Trump qui poursuivrait sa politique de « pression maximale » sur l’Iran s’il est réélu, Joe Biden a indiqué lors du premier débat vouloir proposer « à l’Iran une voie crédible de retour à la diplomatie » en vue de réintégrer les États-Unis au sein de l’accord de Vienne. S’il l’emporte, « il y a donc de l’espoir [qu’il] reviendra à [cet] accord », négocié et conclu alors qu’il était vice-président de Barack Obama, estime Mohammad Ali Kiani, autre étudiant en géopolitique de 28 ans.

« De façon générale, la population pense qu’une victoire de Biden [...] serait mieux pour l’Iran », constate Mme Esmaïli, la journaliste de Charq. « Les gens sont plutôt dans l’attente d’une amélioration de leur situation économique. Peu importe pour eux qui est à la Maison-Blanche », nuance Maziar Khosravi, journaliste indépendant.

Illusion d’ouverture

Pour Mme Esmaïli, néanmoins, les Iraniens « jugent fort probable que Trump entame un deuxième mandat et que [...] la hausse des prix et la dévaluation du rial se poursuivent ».

L’économiste réformateur Saïd Leylaz voit en M. Trump le candidat de choix des « conservateurs [iraniens], en particulier [des] radicaux » car, dit-il, « une approche radicale américaine envers [Téhéran] radicalise également [le jeu politique] en Iran ». M. Leylaz veut croire que « si Biden arrive au pouvoir, il changera sérieusement la politique américaine à l’égard de l’Iran ».

Certains préviennent néanmoins qu’une victoire de M. Biden risque fort de ne pas changer grand-chose pour la République islamique. Car il resterait alors moins de cinq mois entre l’investiture du prochain président américain (20 janvier) et la présidentielle iranienne (18 juin), un délai bien trop court pour d’éventuelles négociations sur le nucléaire iranien.

Ouvertement opposé à toute discussion avec Washington, Hamidréza Taraqi, cadre dirigeant du Parti de la coalition islamique, une des composantes de l’alliance conservatrice ayant remporté les législatives de février, qualifie d’« illusion » l’idée d’une « ouverture » avec Biden. La République islamique « a testé à la fois les démocrates et les républicains, a-t-il déclaré, et ni les uns ni les autres ne se sont engagés sur une voie qui permette de résoudre les problèmes » du pays.

Ahmad PARHIZI/AFP


Après plus de deux ans de « pression maximale » de Washington sur la République islamique, la présidentielle américaine est dans tous les esprits à Téhéran, où elle nourrit des espoirs de changement tout en renforçant un certain fatalisme.

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