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Disparition

Sabah al-Ahmad al-Jaber al-Sabah, le dernier médiateur du Golfe

L’émir du Koweït, décédé hier à l’âge de 91 ans, avait l’estime des dirigeants de la région.

Sabah al-Ahmad al-Jaber al-Sabah, le dernier médiateur du Golfe

L’émir du Koweït, cheikh Sabah al-Ahmad al-Sabah, est mort mardi à 91 ans. Yasser al-Zayyat/File/AFP

Les monarchies du Golfe viennent de perdre le dernier de leurs vieux diplomates, avec la mort mardi de l’émir du Koweït Sabah al-Ahmad al-Jaber al-Sabah à l’âge de 91 ans, après le décès du sultan Qabous de Oman au début de l’année.

Son accession au pouvoir en 2006 à la mort de l’émir Jaber al-Ahmad al-Sabah est intervenue après le désistement du prince héritier, cheikh Saad al-Abdallah al-Sabah, désigné par Jaber. Cheikh Saad avait été déclaré inapte à gouverner par le Parlement. C’est donc cheikh Sabah qui a été par la suite nommé émir du Koweït, après des tractations difficiles au sein de la famille et avec le Parlement. Il dirigeait de facto l’émirat depuis plusieurs années déjà, en tant que Premier ministre (juillet 2003 à janvier 2006) et véritable homme fort du Koweït. Cheikh Sabah fut aussi durant 40 ans le chef de la diplomatie koweïtienne (1963 à 2003).

Il a ainsi succédé à son demi-frère, le prince Jaber, qui a su séduire son peuple par son mode de vie modeste. Il était d’ailleurs surnommé baba Jaber (père Jaber). Ce dernier avait eu à gérer l’invasion irakienne en 1990-1992, et ses conséquences désastreuses sur le pays. Et il a réussi à cimenter les Koweïtiens autour de lui lors de ces temps difficiles, malgré le fait que sa décision de s’aligner sur les Américains ne faisait pas l’unanimité.

De son côté, cheikh Sabah était aussi un personnage respecté et aimé de ses compatriotes. Au Koweït, ses sujets aimaient sa modestie, son altruisme et sa gentillesse. Il était connu pour être proche des gens et toujours prêt à aider. À l’occasion de la fête nationale du pays en 2011, il avait offert à chaque Koweïtien 1 000 dinars, une somme équivalente à 6 000 euros.

Le système politique koweïtien est celui qui, parmi les monarchies du Golfe, revêt le plus certains attributs de la démocratie. Il repose sur la famille royale d’une part et un Parlement d’autre part qui a de larges prérogatives. Toutefois, sa politique a été traditionnelle, malgré le besoin de changement dans la société. Le règne de cheikh Sabah a également été marqué par des manifestations et des arrestations d’opposants. Considéré comme un libéral, notamment sur les réformes économiques et sociales qu’il a menées et les droits des femmes, il a en outre écarté la légalisation des partis politiques.

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Sur le plan extérieur, cheikh Sabah était connu pour sa générosité. L’ancien président américain Jimmy Carter l’avait qualifié de « leader humanitaire mondial ». Il était l’un des plus importants mécènes concernant les réfugiés syriens, depuis le déclenchement de la guerre en 2011. Sous son règne, ces dernières années, le Koweït avait accueilli plusieurs conférences de donateurs pour des pays déchirés par la guerre comme la Syrie et l’Irak. Suite à la double explosion au port de Beyrouth le 4 août dernier, le Koweït avait annoncé être prêt à financer la reconstruction des silos de blé, complètement détruits.

Politique régionale modeste et équilibrée

C’est toutefois pour ses qualités d’homme de paix et de médiateur que cheikh Sabah était le plus connu, ayant réussi à positionner le Koweït sur la carte régionale grâce à une politique de prudence et de dialogue. Niché entre l’Arabie saoudite et l’Irak, proche de l’Iran, ce petit émirat riche en pétrole a réussi à se tirer d’affaire face aux tiraillements entre Riyad et Téhéran, les deux puissances régionales, grâce à sa position d’équilibriste, sachant que 25 % de la population koweïtienne est chiite. À l’annonce de son décès, il a reçu des hommages unanimes des dirigeants arabes et occidentaux.

En accédant au pouvoir en 2006, cheikh Sabah a suivi une politique régionale modeste et équilibrée, sans ambitions, en comparaison avec ses voisins qatari et émirati. Contrairement à eux, il n’avait pas d’appréhension vis-à-vis de Riyad. Il avait préféré endosser le rôle de médiateur, notamment pendant la crise du Golfe opposant depuis 2017 le Qatar à l’Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis et à plusieurs autres pays musulmans.

Cheikh Sabah a poursuivi aussi la politique entamée par ses prédécesseurs. Le Koweït a joué à moult reprises les médiateurs dans plusieurs conflits. Pour rappel, en 1968, les bons offices du Koweït ont été déterminants en vue de parvenir à un règlement pacifique entre l’Arabie saoudite et l’Égypte, durant la guerre au Yémen. Le Koweït a également servi de médiateur entre le Yémen du Nord et le Yémen du Sud en 1972, entre l’Arabie saoudite et la Libye en 1982, etc.

À l’instar du sultan Qabous de Oman qui avait un rôle de facilitateur, notamment dans les conflits relatifs à l’Iran, le Koweït sous cheikh Sabah a joué au médiateur dans une dizaine de conflits concernant le monde arabo-musulman. Des experts affirment qu’il a aidé Riyad et Le Caire à trouver un accord dans le transfert de souveraineté des deux îles Tiran et Sanafir à l’Arabie saoudite.

Cheikh Sabah a longtemps été un ministre des Affaires étrangères actif bien avant de devenir émir du Koweït. Il s’était impliqué dans plusieurs dossiers régionaux, dont le dossier libanais. Bien qu’il soit du sérail, il est assez bien connu et respecté dans la région. C’est d’ailleurs durant la guerre du Golfe de 1991 que cheikh Sabah avait démontré son talent diplomatique en coordonnant le soutien qui a permis la création d’une coalition internationale pour libérer son pays de l’invasion irakienne.

Cheikh Sabah a toujours eu une santé fragile. Déjà lors de son accession au pouvoir en 2006, à l’âge de 77 ans, plusieurs observateurs avaient rappelé qu’il a eu un stimulateur cardiaque implanté en 2000. Il a subi en juillet dernier une opération chirurgicale, puis est parti pour les États-Unis pour y être hospitalisé, transférant « temporairement » certaines compétences constitutionnelles au prince héritier, cheikh Nawaf al-Ahmad al-Sabah, son demi-frère âgé de 83 ans, successeur désigné de l’émir. « Conformément à la Constitution(...), le Conseil des ministres nomme le prince héritier (...) chef de l’État du Koweït », a annoncé le gouvernement dans un communiqué.

Avec son décès, cheikh Sabah laisse un pays relativement stable, malgré quelques turbulences politiques. Reste à savoir si la transition se fera sans problème.


Les monarchies du Golfe viennent de perdre le dernier de leurs vieux diplomates, avec la mort mardi de l’émir du Koweït Sabah al-Ahmad al-Jaber al-Sabah à l’âge de 91 ans, après le décès du sultan Qabous de Oman au début de l’année.

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ALLAH YIRHAMOU. UN GRAND HOMME.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

09 h 02, le 30 septembre 2020

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  • ALLAH YIRHAMOU. UN GRAND HOMME.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    09 h 02, le 30 septembre 2020