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Récusation d'Adib

"Vous allez vous en mordre les doigts", lance Hariri à ceux qui, selon lui, ont entravé la formation du cabinet

L'ancien Premier ministre et chef du Courant du Futur, Saad Hariri, le 18 août 2020 aux Pays-Bas. Photo REUTERS/Piroschka Van De Wouw

L'ancien Premier ministre et chef du Courant du Futur Saad Hariri a commenté samedi la décision du Premier ministre désigné Moustapha Adib de se récuser de sa mission, saluant son "sens de la responsabilité", mais prévenant ses opposants politiques qu'ils allaient regretter d'avoir fait échouer, selon lui, la mission d'Adib qui s'inscrit dans le cadre de l'initiative de sauvetage française.

"Une nouvelle fois, la classe politique au Liban donne au monde un exemple criant de son échec dans la gestion des affaires publiques et de son approche de l'intérêt général", a déploré M. Hariri dans un communiqué. "Les Libanais connaissent ceux qui ont bloqué la mission de Moustapha Adib et nous n'avons pas besoin de les nommer car ils se sont dévoilés, au Liban et sur la scène internationale", a ajouté M. Hariri.

"A ceux qui applaudissent l'échec de l'initiative du président français, Emmanuel Macron, nous disons : vous allez vous en mordre les doigts de remord, après avoir perdu un ami et une opportunité exceptionnelle qui pourrait difficilement se reproduire pour mettre fin à l'effondrement économique du pays (...)", a prévenu le leader sunnite. Il a toutefois affirmé que l'initiative Macron "n'est pas tombée. Ce qui est tombé, ce sont les agissements qui mènent le pays au chaos", a conclu M. Hariri, en remerciant le président français pour ses efforts, et le Premier ministre désigné "qui a assumé ses responsabilités".

Moustapha Adib a annoncé peu après 11h, samedi à l'issue d'un entretien avec le président Aoun, son incapacité à former un nouveau gouvernement. Le chef de l'Etat a accepté sa récusation, et a annoncé qu'il prendra "les mesures nécessaires prévues par la Constitution".

Le 10 août, six jours après la gigantesque explosion au port de Beyrouth qui a fait plus de 190 morts et 6.500 blessés, le gouvernement de Hassane Diab avait démissionné, sous la pression de la rue. Moustapha Adib, qui était ambassadeur du Liban en Allemagne, avait alors été nommé pour former un nouveau cabinet, quelques heures avant l'arrivée du président français, Emmanuel Macron à Beyrouth, le 1er septembre.

Moustapha Adib était appelé à former, conformément à l'initiative française visant à sortir le Liban de sa crise, un cabinet de "mission" restreint de spécialistes indépendants. Le principal obstacle rencontré par le Premier ministre désigné dans ses tractations concernait le portefeuille des Finances, réclamé par le Hezbollah et le mouvement Amal. Ces deux formations exigent qu'une "personnalité chiite" soit nommée à la tête de ce ministère qui, selon elles, doit être exclu du principe de rotation des portefeuilles défendu par M. Adib et soutenu par plusieurs parties dont les anciens Premiers ministres sunnites, avec à leur tête Saad Hariri. Et elles exigent de proposer elles-mêmes les noms des autres ministres chiites au sein du cabinet. Il y a quelques jours, M. Hariri avait toutefois fait une ouverture, en acceptant qu'un chiite, indépendant, reste à la tête du ministère des Finances, cette fois-ci seulement.

Avec la récusation de M. Adib, le Liban est de nouveau dans l'impasse, au niveau de la formation du nouveau cabinet. Une situation d'autant plus grave que les bailleurs de fonds étrangers répètent qu'aucune aide structurelle ne sera allouée au Liban sans le lancement de réformes désormais bien identifiées.


L'ancien Premier ministre et chef du Courant du Futur Saad Hariri a commenté samedi la décision du Premier ministre désigné Moustapha Adib de se récuser de sa mission, saluant son "sens de la responsabilité", mais prévenant ses opposants politiques qu'ils allaient regretter d'avoir...