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Culture

Rentrée 2020 : que lire ?

Par Maya GHANDOUR HERT, Colette KHALAF, Joséphine HOBEIKA et Zéna ZALZAL


Rentrée 2020 : que lire ?

Les premiers jours de l’automne riment avec rentrée. Pour retrouver un peu de normalité, alors que les enfants reprennent les cours en ligne (à défaut du chemin de l’école), nous vous suggérons ces nouvelles parutions en littérature francophone, que ce soit pour les thèmes qu’elles abordent ou pour la plume jouissive des auteurs(res). À signaler que la plupart existent en format numérique, donc à prix abordable. Sinon, la « colecture » est fortement conseillée...



« Beyrouth 2020 : Journal d’un effondrement »/Charif Majdalani

C’est l’un des ouvrages dont on attend impatiemment la parution, ce 1er octobre aux éditions Actes Sud. Dans Beyrouth 2020 : Journal d’un effondrement – livre petit, mais costaud tant du point de vue littéraire que de la pensée profonde qu’il véhicule –, Charif Majdalani s’adresse d’abord aux Libanais. Sur un peu plus d’une centaine de pages, l’auteur retrace, à travers les petits faits et autres événements de son quotidien, l’accumulation de crises qui, depuis la révolution d’octobre 2019 jusqu’à la double explosion du 4 août, menacent la viabilité du Liban. Il revient aussi, en filigrane, sur les raisons historiques qui ont mené le pays du Cèdre à l’effondrement, 100 ans après sa création. Entre le journal, la cartographie d’une funeste année 2020 et l’essai sociopolitique, il s’agit là d’un témoignage « pour que demeure la mémoire de ce que fut notre quotidien dans cette période cauchemardesque ».



« Nos longues années en tant que filles »/ Hyam Yared

Si vous voulez en apprendre un peu plus sur les pratiques de domination-soumission sexuelles, plongez-vous dans Nos longues années en tant que filles (Flammarion). Dans ce nouveau roman, Hyam Yared va encore plus loin dans la mise à nu, la provocation et la dénonciation des hypocrisies sociétales. Et c’est toujours d’une plume fougueuse, qui n’a pas peur de piocher dans le registre du vocabulaire le plus cru, qu’elle dresse le portrait de deux femmes avides d’émancipation. La première est une Libanaise, en instance de divorce, qui multiplie lors de ses voyages les liaisons clandestines les plus hasardeuses, au point de verser dans le sadomasochisme. La seconde est la conductrice transgenre d’un taxi parisien qui se bat contre son déterminisme… Leur rencontre et confidences partagées donnent l’occasion à l’auteure de revenir sur ses thèmes de prédilection : sexe, emprise maternelle et liberté littéraire…



« Fille »/Camille Laurens

Souvent, une phrase-clé résume en quelques mots toute la signification de l’œuvre dont elle est issue. Dans le roman Fille de Camille Laurens, c’est la suivante : « Laurence Barraqué grandit avec sa sœur dans les années 1960 à Rouen. “Vous avez des enfants ? demande-t-on à son père. – Non, j’ai deux filles”, répond-il. » Puis Laurence devient mère dans les années 1990. Être une fille, avoir une fille : comment faire ? Des questions qui balisent ce roman d’apprentissage autour des chaussons roses vs les chaussons bleus (la scène de l’accouchement est épique) ou comment le sexe d’une personne régit ou condamne sa destinée. L’écriture de Camille Laurens atteint dans ce roman délicieux une grande maîtrise. Le genre, les mots, les fonctions sont analysés et le lecteur se demande, au final, si c’est toujours une malédiction que de naître fille en 2020.



« Elle a menti pour les ailes »/Francesca Serra

Les couloirs d’un lycée, une soirée de Halloween, une reine de bal blonde, le beau gosse populaire que toutes les filles convoitent et une fille « à la beauté rare ». Ajoutez-y Instagram et Snapchat, et vous aurez tous les ingrédients d’une série pour ados sur Netflix. Mais non.

Elle a menti pour les ailes (quel beau titre) n’est pas 13 Reasons Why ou Pretty Little Liars. Son auteure, Francesca Serra – qui vient d’entrer dans la littérature par la grande porte en décrochant le prix Le Monde 2020 –, esquisse ses portraits d’adolescents de la génération Z à l’encre sympathique, et y adjoint une analyse remarquablement affûtée de l’influence du monde numérique sur les rapports humains, l’évolution du langage et la société en général. À quoi il faut ajouter une intrigue digne d’un grand polar…




« Paris-Beyrouth »/Jacques Weber

Le livre de Jacques Weber paru aux éditions Cherche Midi raconte une expérience à la fois de vie et de mort. L’homme de théâtre (Cyrano, Le comte de Monte Christo), auteur, acteur et scénariste raconte Beyrouth, la douceur et la douleur de 1984. Invité à tourner un film dans la capitale libanaise, Une vie suspendue, l’acteur croyait que la guerre était finie. Il n’en était rien. Côtoyer la mort à plusieurs reprises lui a fait sentir la valeur de la vie. Il a laissé ce souvenir dans un coin de sa mémoire pour en écrire un livre cette année, loin d’imaginer que l’histoire du Liban le rattraperait et même le précéderait. Une histoire interminable faite de peines et de blessures qu’il a gardée dans son cœur et qu’il traduit avec beaucoup de respect pour la ville de Beyrouth et son long calvaire.




« Apeirogon »/Colum McCann

Colum McCann, romancier et journaliste irlandais, signe un livre magistral et humaniste aux éditions Belfond. C’est l’histoire de deux hommes, un Palestinien musulman et un Israélien juif meurtris par la guerre, puisque tous deux ont perdu – à quelques années d’intervalle – leurs petites filles. Une histoire vraie, puisque l’auteur a rencontré ces deux hommes, et une écriture au style non linéaire et éclaté trempée dans le sang et les larmes. Colum McCann a choisi le titre Apeirogon qui signifie « figure géométrique au nombre infini de côtés ». « Le titre me fait penser que nous sommes tous complices là-dedans. C’est l’histoire de chacun d’entre nous. Je voulais aussi écrire un livre qui reflète les prises de conscience contemporaines et faire réfléchir le lecteur à cette partie du monde », témoigne McCann.




« Mauvaises herbes »/ Dima Abdallah

Une petite fille grandit à Beyrouth, en guerre ; le balcon de l’appartement est le lieu où elle retrouve son père et ses plantes, dans une connivence silencieuse. Alors que la famille s’installe à Paris, lorsque l’héroïne a 12 ans, cette dernière semble étrangère à toute forme d’ancrage. « Je ne suis pas guérie. Je ne rêve toujours pas de maison. Je rêve d’arbres et de lianes qui poussent sur des ruines de maisons qui ne sont plus. D’une végétation folle qui envahit la pierre et le béton pour reprendre le terrain qu’elle avait prêté. (...) Je continue à deviner dans les Mauvaises herbes des arbres bientôt immenses. » On suit le parcours de funambule d’une narratrice en quête d’elle-même, sur le fil d’une écriture noueuse, poétique et envoûtante. La sélection, à différents prix littéraires, de Mauvaises herbes (Sabine Wespieser éditeur, 2020), premier roman de Dima Abdallah, est amplement justifiée.

Et ce sont des lecteurs touchés par une voix narrative sobre et suggestive que l’auteure rencontre, lors de ses multiples rencontres, dans les librairies parisiennes.




« Beyrouth, in situ »/Collectif

Paru en France au moment du soulèvement populaire d’octobre 2019, Beyrouth, in situ est passé presque inaperçu dans les librairies libanaises. Ce d’autant plus qu’elles ont été longtemps fermées pour cause de pandémie. L’ouvrage, dirigé par Chedly Atallah, Sophie Brones et Emmanuel Saulnier, dresse le portrait d’une ville « avant révolution » et avant explosions du 4 août. Il rassemble des œuvres, des entretiens et des écrits d’artistes et de chercheurs ayant un lien vivace avec Beyrouth. Sensible, critique, bien réfléchi. À lire absolument.




Les premiers jours de l’automne riment avec rentrée. Pour retrouver un peu de normalité, alors que les enfants reprennent les cours en ligne (à défaut du chemin de l’école), nous vous suggérons ces nouvelles parutions en littérature francophone, que ce soit pour les thèmes qu’elles abordent ou pour la plume jouissive des auteurs(res). À signaler que la plupart existent en...

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