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Golfe

Le Qatar abolit la kafala pour les travailleurs migrants

Si elles marquent un pas en avant pour l’émirat, les ONG estiment que ces nouvelles lois restent insuffisantes.

Le Qatar abolit la kafala pour les travailleurs migrants

Des travailleurs migrants revenant chez eux depuis le site de construction du stade de football baptisé al-Janoub pour la Coupe du monde 2022, le 4 mai 2015. Marwan Naamani/Getty Images/AFP

La nouvelle était attendue depuis longtemps. Après s’être engagé en octobre dernier à abolir la kafala, système de parrainage, pour les travailleurs migrants, le Qatar a annoncé lundi son entrée en vigueur officielle sur le plan législatif. Selon les lois concernées, les travailleurs migrants peuvent désormais changer de travail sans avoir besoin de l’autorisation écrite de leur employeur, tandis qu’un salaire minimum de 1 000 riyals qataris (soit 274 dollars) a été fixé. Des allocations minimales pour couvrir les frais de logement et de nourriture devront également être payées par l’employeur s’il ne fournit pas ces services. En outre, les travailleurs migrants pourront démissionner en déposant un préavis écrit d’un mois s’ils travaillent depuis moins de deux ans auprès d’un même employeur, ou un préavis écrit de deux mois s’ils travaillent avec lui depuis plus de deux ans.

« L’État du Qatar s’est engagé à créer un marché du travail moderne et dynamique », s’est félicité le ministre du Développement administratif, du Travail et des Affaires sociales, Youssef Mohammad al-Othman Fakhroo, dans un communiqué. « Conformément au plan Qatar Vision 2030, ces nouveaux textes de loi constituent une avancée majeure dans ce processus. Ils bénéficieront aussi bien aux travailleurs, aux employeurs qu’à l’ensemble de la nation », a-t-il souligné.

Ces évolutions ont été bien accueillies, alors que l’émirat est régulièrement dénoncé par les ONG pour son traitement des travailleurs migrants sous la kafala, associée à de l’esclavage moderne par les ONG. Pilier pour l’économie du Qatar, leur nombre s’élève à deux millions – soit 95 % de la main-d’œuvre totale. « En effectuant ces changements significatifs, le Qatar a tenu son engagement – un engagement qui accordera davantage de liberté et de protection aux travailleurs et davantage de choix aux employeurs », a salué Guy Ryder, le directeur général de l’Organisation internationale du travail. L’émirat avait déjà annoncé l’abolition des restrictions entourant les visas de sortie du territoire pour l’ensemble des travailleurs migrants en janvier dernier – à l’exception de ceux ayant des postes-clés et des forces armées.

Prématuré

De plus en plus de voix se sont élevées contre l’émirat dans la foulée de l’attribution de la Coupe du monde 2022 au Qatar en 2010, donnant lieu à différentes enquêtes d’ONG mettant en lumière les conditions de travail déplorables des travailleurs migrants. Des critiques qui se sont accentuées ces derniers mois avec la pandémie de Covid-19 qui a lourdement frappé les travailleurs migrants dans l’ensemble des pays du Golfe, certains logeant dans des habitats insalubres et n’ayant pas d’accès aux soins. La promulgation des nouvelles lois intervient par ailleurs une semaine jour pour jour après la publication d’un sévère rapport de Human Rights Watch faisant état d’abus salariaux à leur égard.

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Si ces nouveautés marquent un pas en avant, elles restent néanmoins insuffisantes aux yeux des défenseurs des droits humains. « Le nouveau salaire minimum va booster les revenus de certains des travailleurs les moins biens rémunérés au Qatar, mais le niveau fixé demeure bas », a nuancé dans un communiqué Steve Cockburn, responsable de la justice économique et sociale à Amnesty International.

« Pour faire une réelle différence, il devra être régulièrement révisé et progressivement augmenté pour assurer des conditions justes et favorables à tous », a-t-il insisté.La question du renouvellement et de l’annulation du permis de séjour des travailleurs migrants reste en outre lié au bon vouloir de l’employeur. Ce dernier conserve également le droit de porter plainte pour « fuite » dans le cas où un employé quitte son travail sans son autorisation, une action pouvant valoir une arrestation voire une expulsion.

« Parler de la fin de la kafala peut être prématuré tant que la résidence des travailleurs (migrants) restera liée à leurs employeurs », a remarqué en ce sens l’ONG Fair/Square lundi sur son compte Twitter.


La nouvelle était attendue depuis longtemps. Après s’être engagé en octobre dernier à abolir la kafala, système de parrainage, pour les travailleurs migrants, le Qatar a annoncé lundi son entrée en vigueur officielle sur le plan législatif. Selon les lois concernées, les travailleurs migrants peuvent désormais changer de travail sans avoir besoin de l’autorisation écrite de...

commentaires (2)

C'est parfait. Que les employés viennent à leurs frais. Qu'ils reçoivent leur salaire en monnaie locale. Nous les employeurs ne demandons que ça, que de s'acquitter du salaire seulement en Livres libanaises au Liban. Et éventuellement le logement et la nourriture.

Sybille S. Hneine

23 h 54, le 03 septembre 2020

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Commentaires (2)

  • C'est parfait. Que les employés viennent à leurs frais. Qu'ils reçoivent leur salaire en monnaie locale. Nous les employeurs ne demandons que ça, que de s'acquitter du salaire seulement en Livres libanaises au Liban. Et éventuellement le logement et la nourriture.

    Sybille S. Hneine

    23 h 54, le 03 septembre 2020

  • A quand le Liban? Quand est-ce que cette loi et ces pratiques esclavagistes seront abolis?

    Bashir Karim

    11 h 13, le 03 septembre 2020