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Culture

Semer l’espoir, à travers huit illustrations créatives

Par Maya GHANDOUR HERT, Colette KHALAF, Gilles KHOURY, Danny MALLAT et Zéna ZALZAL

Semer l’espoir, à travers huit illustrations créatives

Ils sont nombreux, les artistes qui ont réagi à la double explosion du port de Beyrouth le 4 août 2020. Le crayon à la main, ils ont raconté le champignon destructeur, rendu hommage aux victimes innocentes, aux blessés hagards. Ils ont témoigné des maisons éventrées et applaudi le personnel médical et les pompiers. Dans la noirceur, ils ont aussi trouvé la lueur. Ou l’espoir retrouvé par des amoureux fous de Beyrouth...



©Sasha Haddad

Sacha Haddad, B comme Beyrouth. B comme Brisée

L’illustratrice en free-lance crie sa douleur dans cette image qui parle. Comme une céramique ou une mosaïque brisée en mille morceaux, la ville de Beyrouth pleure des larmes de sang. Les débris qui se fracassent sont hurlants, assourdissants, à l’instar de cette explosion du 4 août qui restera à jamais imprimée dans notre ouïe, dans notre regard et dans nos esprits. L’illustration de Sacha Haddad est pleine de symbolisme, mais aussi de surréalisme à la manière de Dali. Les clous qui transpercent les mains ne sont que ces débris de verres qui sont tombés en pluie sur la population de Beyrouth. « J’ai encore mal aux oreilles et mes mots ont été enterrés sous les décombres », explique Sacha dans son compte Instagram. La parole, en effet n’a plus sa place. Il suffit de regarder pour comprendre les fêlures du cœur de Beyrouth.



©Mahmud Awad

Mahmud Awad et la tasse brisée comme nos cœurs

Natif de Tripoli, Mahmud Awad prépare un master à l’école d’architecture de l’Académie libanaise des beaux-arts. Le dessin a longtemps été la voix du petit garçon timide pour enfin devenir la voie vers l’architecture, l’illustration mais aussi la photographie. Amoureux de Beyrouth, les quartiers les plus touchés de la capitale sont pour lui un vivier de souvenirs, de belles rencontres et de petits moments de bonheur. Et voilà la journée du 4 août qui renverse, balaie et détruit. La nuit est longue, il la passera à réfléchir à un dessin qu’un ami lui avait commandé avec la tasse de café traditionnelle (chaffé). C’est une tasse brisée, comme le cœur des Libanais, qui verra le jour, avec en arrière-plan le champignon destructeur, mais surmonté des bâtiments traditionnels beyrouthins intacts. « Ils sont ma petite lueur d’espoir pour ne pas être tenté de partir », dit-il.



©Lara Ghattas

Les balayeurs et le cèdre de Lara Ghattas

Sur fond d’un cèdre vert, quelques silhouettes de jeunes, balai à la main, le visage protégé par un masque chirurgical et la tête par un casque de chantier… Cette illustration digitale signée Lara Ghattas, accompagnée du hastag « Vous êtes l’État », résume parfaitement la situation post-4 août 2020 au Liban : un pays dont il ne reste comme symboles positifs que ses cèdres et ses jeunes.

Depuis la double explosion du port de Beyrouth, cette designer de produits et illustratrice âgée de 27 ans a mis de côté ses habituelles représentations esthético-érotiques du corps féminin, postées sur son fil Instagram, pour se consacrer à des actes et des dessins solidaires. Après avoir participé, en tant que bénévole, au déblaiement des rues dans les quartiers sinistrés de la capitale, c’est à travers son art qu’elle veut continuer à aider. En participant, notamment, à #TalkAboutLebanon, la campagne de levée de fonds des créatifs libanais…



©Karma Hamady

Karma Hamady : On se revoit à Beyrouth

« Après le 4 août, j’ai dû réapprendre à mon fils que les nuages sont des nuages et non pas la fumée de l’explosion, que les klaxons ne sont pas des détonations… » raconte Karma Hamady. « Les traumatismes sont là, cela va prendre du temps », ajoute celle qui décide alors d’agir. Avec sa meilleure amie vivant à Londres, elle lance un appel à dons sur CrowdFunder, dans le but d’aider les jeunes victimes de l’explosion. La somme récoltée ira en effet à l’ONG Right to Play qui donne aux enfants les moyens de surmonter les traumatismes liés à la guerre, à la pauvreté, au manque d’éducation, en utilisant la puissance transformatrice du jeu. Les donateurs recevront en cadeau trois cartes postales réalisées par l’artiste, représentant trois piliers libanais : Fayrouz, le rocher de Raouché et le taxi-service. Avec la mention : « Whatever happens, see you in Beirut » (« Quoi qu’il arrive, on se revoit à Beyrouth »)...



©Ahmed Amer

Ahmed Amer et le sourire d’Élias Khoury

Comment oublier le sourire d’Élias Khoury, l’une des victimes de l’explosion du 4 août, décédé après deux semaines de combat pour la vie ? Comment oublier l’image de ses camarades de 15 ans qui, au lieu de baigner dans l’indolence de leur adolescence, ont porté son cercueil sur leurs épaules ? Profondément troublé par ce drame, le créateur de mode et illustrateur Ahmed Amer a voulu rendre hommage à la victime de 15 ans, par le biais d’une émouvante et puissante illustration de son visage d’ange. Si le trait de crayon de Amer, comme à son habitude, refuse les fioritures et se suffit de tracer les contours du sourire ensoleillé du jeune garçon, ses yeux à l’innocence partie en fumée, ses cheveux épis de blé et son corps d’où semble éclore un jardin de fleurs, il n’en demeure pas moins que ce portrait réussit à faire écho à notre incommensurable tristesse.



©Allan Debs

Allan Debs : de la nuit à la clarté du jour

« Personne ne peut atteindre l’aube s’il n’est pas passé par la nuit », c’est ce que dit Gebran Khalil Gebran. C’est en se basant sur cette citation qu’Allan Debs a réalisé son illustration. Sur fond de couleurs du champignon dévastateur s’élevant du port de Beyrouth, orange, noir et rougeâtre, sort une femme à l’allure fière en robe à fleurs. C’est la renaissance de Beyrouth. Elle se dirige vers la clarté du jour. Allan Debs est un étudiant en deuxième année de conception de produits de design à l’École de Condé Creasud à Bordeaux. S’il semble que le talent soit dans les gènes de la famille Debs, le jeune Allan ne compte pas faire de l’illustration son métier, comme son frère Ivan. « Je fais des illustrations pour moi-même, dit-il, et cette fois je l’offre au peuple libanais touché par l’explosion. C’est un peu ma contribution à semer de l’espoir pour une résurrection prochaine. »



©Rami Kanso

Rami Kanso, le grenier du blé éventré

Il avait déjà immortalisé le 17 octobre 2019 par une affiche virale sur les réseaux sociaux le coup de pied de Malak Alaywe Herz, devenu subitement le coup d’envoi de la thaoura. Rami Kanso est un graphiste et motion designer ainsi qu’un artiste visuel basé à Londres qui se passionne pour l’image de marque et la conception d’affiches. Sa signature se distingue par l’utilisation de la calligraphie, du collage, de la texture, du langage et du symbole pour exprimer l’identité arabe contemporaine. Dans cette nouvelle illustration inspirée de la composition musicale W’Amh de Fayrouz et Ziad Rahbani, Kanso se lamente sur ce blé dont les trois pays agricoles, la Syrie, le Liban et l’Irak, étaient les greniers, et qui est devenu actuellement une denrée rare. Une rage et une fureur qui s’expriment à travers ces silos meurtris par la double explosion du 4 août.



©Samer Nehmé

Samer Nehmé et les protecteurs de la patrie

L’architecte et illustrateur Samer Nehmé rend un bel hommage graphique aux « protecteurs de la patrie » : pompiers, personnel médical et volontaires de la Croix-Rouge libanaise. Trois figures sans visage et un gant enserrant trois épis de blé dans le drapeau libanais. Aux super-héros libanais, un « salaman lakoum, (“je vous salue”). Merci à vous, vous qui êtes loin de vos familles et qui prenez des risques pour nous protéger et nous aider », écrit l’artiste sur son fil Instagram où ses réactions en images sont accompagnées depuis le 4 août par « des pensées et des prières à tous ceux qui ont été affectés par l’explosion ».



Ils sont nombreux, les artistes qui ont réagi à la double explosion du port de Beyrouth le 4 août 2020. Le crayon à la main, ils ont raconté le champignon destructeur, rendu hommage aux victimes innocentes, aux blessés hagards. Ils ont témoigné des maisons éventrées et applaudi le personnel médical et les pompiers. Dans la noirceur, ils ont aussi trouvé la lueur. Ou l’espoir retrouvé par des amoureux fous de Beyrouth...©Sasha HaddadSacha Haddad, B comme Beyrouth. B comme Brisée L’illustratrice en free-lance crie sa douleur dans cette image qui parle. Comme une céramique ou une mosaïque brisée en mille morceaux, la ville de Beyrouth pleure des larmes de sang. Les débris qui se fracassent sont hurlants, assourdissants, à l’instar de cette explosion du 4 août qui restera à jamais imprimée dans notre ouïe, dans...
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