Vladimir Poutine accordant hier une interview à la télévision publique. Mikhail Klimentyev/Le Kremlin via Reuters
Le président russe Vladimir Poutine s’est dit prêt hier à déployer des forces chez le voisin biélorusse si la contestation postélectorale devait y dégénérer, tout en appelant les parties à un règlement négocié.Alexandre Loukachenko, le président biélorusse confronté depuis trois semaines à une vague de protestation d’une ampleur inédite, avait affirmé mi-août avoir reçu une promesse d’« aide » de Moscou pour préserver la sécurité de son pays. Dans un entretien avec la télévision publique hier, M. Poutine a expliqué que la Russie était disposée à intervenir en Biélorussie, si nécessaire, dans le cadre des accords sécuritaires et militaires existants. « Alexandre Grégoriévitch (Loukachenko) m’a demandé de constituer une certaine réserve d’agents des forces de l’ordre et je l’ai fait », a-t-il déclaré, ajoutant immédiatement qu’il espérait ne pas avoir y recourir.
« Nous avons convenu que je ne l’utiliserai pas jusqu’à ce que la situation soit hors de contrôle et que des éléments extrémistes (...) franchissent certaines limites : qu’ils mettent le feu à des voitures, des maisons, des banques, tentent de saisir des bâtiments administratifs », a-t-il expliqué. M. Poutine a dans la foulée exhorté « tous les participants à ce processus » à « trouver une issue » à la crise. L’opposition dit vouloir dialoguer avec Alexandre Loukachenko, tout en demandant son départ, tandis que le président biélorusse refuse toute négociation, se bornant à évoquer un vague projet de révision constitutionnelle. Celui-ci est confronté à une contestation sans précédent depuis son arrivée au pouvoir en 1994. Des manifestations monstres se sont déroulées pour dénoncer sa réélection jugée frauduleuse avec 80 % des voix le 9 août, les contestataires estimant que l’opposante Svetlana Tikhanovskaïa, réfugiée en Lituanie, avait gagné.
Poursuites « inacceptables » pour l’UE
Dans la capitale Minsk et dans toute la Biélorussie, des rassemblements quotidiens ont lieu malgré les déclarations martiales d’Alexandre Loukachenko, doublées d’une répression. Les 16 et 23 août, quelque 100 000 personnes ont ainsi défilé contre lui et ses détracteurs espèrent renouveler l’opération dimanche.
Les autorités maintiennent néanmoins, elles aussi, la pression.
Une des principales figures de l’opposition, Maria Kolesnikova, a été convoquée jeudi par les enquêteurs dans le cadre des poursuites déclenchées contre le « conseil de coordination » formé pour promouvoir la transition politique, dont elle est membre. Comme la lauréate du prix Nobel de littérature Svetlana Alexievitch la veille, Mme Kolesnikova a refusé de répondre à leurs questions. « J’ai exercé mon droit constitutionnel de ne pas témoigner contre moi-même », a-t-elle déclaré aux journalistes.
Hier matin, les ambassadeurs à Minsk de l’Union européenne (UE) et des États membres ont signifié au chef de la diplomatie bélarusse que ces poursuites visant l’opposition étaient « inacceptables » et ont appelé le pouvoir à accepter le dialogue. La rencontre avec le ministre des Affaires étrangères Vladimir Makei intervient alors que l’UE doit décider sous peu des sanctions qu’elle compte infliger aux hauts responsables qui auraient eu un rôle dans la répression et les fraudes électorales en Biélorussie. Une vague brutale de répression dans les jours ayant suivi l’élection a fait trois morts, des dizaines de blessés et plus de 7 000 personnes ont été arrêtées. La plupart des manifestants interpellés ont été relâchés, mais les diplomates de l’UE ont demandé à accéder aux prisons où certains sont encore détenus, sur fond de témoignages de prisonniers remis en liberté faisant état de mauvais traitements et notamment de tortures. M. Loukachenko, qui reste inflexible, a dénoncé hier une « guerre hybride », à la fois diplomatique et médiatique, piloté par ses voisins baltes et polonais.
Source : AFP

