Des travaux lancés sur la façade d’une vieille bâtisse, endommagée par l’explosion du 4 août, à Beyrouth. AFP/Anwar Amro
Les députés des Forces libanaises Georges Okais, Fady Saad et Imad Wakim ont donné une conférence de presse hier, place Sassine, pour expliquer la proposition de loi qu’ils ont présentée au Parlement après l’explosion meurtrière du port de Beyrouth. Un texte qui vise à protéger les régions de la capitale sinistrées par la double déflagration et à soutenir leur reconstruction. Les parlementaires ont aussi interpellé le gouvernement démissionnaire sur deux questions : les tirs à balles réelles effectués contre les manifestants, le 8 août dernier, et la distribution des aides médicales émanant de la communauté internationale.
La proposition de loi sur la protection et la reconstruction des régions sinistrées repose sur la nécessité de n’exclure aucun quartier sinistré, aucun immeuble d’habitation, aucune entreprise, dans le cadre de l’aide à la reconstruction, mais aussi « d’inclure l’État dans le processus d’organisation et de distribution de l’aide internationale », comme l’explique à L’Orient-Le Jour le député Georges Okais. Le texte part également de la nécessité de protéger les anciennes demeures, et de maintenir le tissu social des quartiers résidentiels détruits, afin d’éviter tout changement démographique. C’est dans ce cadre qu’il entend « préserver les droits de tout résident sinistré, propriétaire ou locataire ». Et ce d’autant que les rumeurs courent sur l’intérêt que portent les promoteurs immobiliers aux habitations endommagées. Il sera donc « interdit de vendre ou d’acheter des biens endommagés pour une période d’un an, le temps que les réparations soient achevées ». Et même au-delà de ce délai, « la surveillance sera maintenue pour avaliser la bonne foi des transactions ». Partant de cela, les autorités devront créer un comité formé de représentants des différents ministères de la Défense, de l’Intérieur, des Travaux publics, des Finances, de la Culture. Y seront aussi représentés l’ordre des ingénieurs, des entrepreneurs et le Haut Comité de secours. Ce comité sera chargé de répertorier les dégâts en détail, preuves à l’appui, et d’estimer les coûts de réparation, dans un délai d’un mois à partir de sa formation.
Selon Georges Okais, « l’État doit prendre ses responsabilités. Il doit montrer qu’il n’a pas démissionné de son rôle ». D’où l’importance de centraliser de manière transparente les opérations de recensement des dégâts et de l’aide humanitaire internationale, mais aussi de distribution de ces aides. « Beaucoup d’ONG sont sur place rien que pour profiter des aides humanitaires, déplore-t-il. Et l’armée libanaise ne peut à elle seule jouer tous les rôles. »
La manifestation du 8 août
Les tirs à balles réelles contre les manifestants figurent aussi au cœur de questions posées par les députés Georges Okais et Fady Saad au gouvernement. Dans les détails, le texte rappelle le contexte de la manifestation du 8 août, après l’explosion du port de Beyrouth. Il affirme que des manifestants ont été délibérément visés à la tête et à la poitrine par des tirs de grenaille, outre les balles en caoutchouc, alors qu’ils exerçaient leur droit de s’exprimer. Selon un communiqué de l’organisation Amnesty International, l’armée, les Forces de sécurité intérieures et même des hommes en civil ont tiré en direction de la foule non armée, faisant des blessés dans les rangs des manifestants. C’est dans ce cadre que les députés ont demandé au gouvernement s’il a mené la moindre enquête sur ces pratiques, s’il a réussi à identifier et à arrêter les responsables, s’il a entendu la version des contestataires, et quelles mesures il envisage pour protéger de toute répression illicite les manifestants pacifiques et prendre en charge leur hospitalisation.
La distribution des aides médicales par les pays donateurs a également fait l’objet de questions des députés FL au gouvernement, notamment pour savoir si cette aide est distribuée équitablement, quelles sont les parties publiques ou privées bénéficiaires, quels sont les critères qui entrent en jeu dans le choix des bénéficiaires, et si les hôpitaux et dispensaires sinistrés de la capitale figurent dans la liste des bénéficiaires.

