Le Premier ministre irakien Mustafa al-Kazimi est attendu jeudi pour la première fois à la Maison-Blanche. Ahmad al-Rubaye/File/Pool/AFP
En Irak, les attaques anti-américaines sont devenues quotidiennes et les factions irakiennes pro-Iran qui sont derrière sont aujourd’hui le principal défi du Premier ministre, Mustafa al-Kazimi attendu demain pour la première fois à la Maison-Blanche.
M. Kazimi a été nommé en mai dans un pays où l’Iran et les États-Unis, ennemis jurés, se disputent l’influence. Il discutera avec le président Donald Trump de la présence des quelque 5 000 soldats américains déployés en Irak depuis la guerre antijihadistes, ainsi que de leur sécurité.
Le grand voisin iranien dispose, lui, du soutien crucial du Hachd al-Chaabi, une coalition de paramilitaires intégrée à l’État et qui réclame au Parlement l’expulsion des troupes américaines. Le
Hachd nie tout lien avec les attaques antiaméricaines mais des vidéos et revendications en ligne donnent des pistes sur son implication via des groupes opérant sous d’autres noms.
Pour le spécialiste de l’Irak Ramzy Mardini, du Pearson Institute de l’Université de Chicago, les attaques sont menées par des membres du Hachd qui « opèrent sous de nouvelles bannières pour masquer et protéger les dirigeants de la milice établie d’éventuelles représailles ».
D’après des experts, ces attaques visent à mettre dans l’embarras M. Kazimi bien plus proaméricain que son prédécesseur, et en pleine campagne de reprise en main des postes-frontières où les groupes armés tiennent des réseaux de contrebande et rançonnent importateurs et exportateurs.
De quoi aiguiser l’ire de factions dont le parrain iranien est pris à la gorge par de sévères sanctions américaines et qui se retrouvent sans direction claire depuis l’élimination par les États-Unis à Bagdad d’Abou Mahdi al-Mouhandis, chef opérationnel du Hachd, et du général iranien Kassem Soleimani.
Intensification des attaques
D’octobre à fin juillet, 39 attaques ont visé des intérêts américains en Irak. Et après la confirmation par la Maison-Blanche de la rencontre entre MM.
Kazimi et Trump, le rythme s’est intensifié. Entre le 4 et le 16 août, 13 attaques à la bombe ou à la roquette ont visé des convois logistiques irakiens pour l’armée américaine, des bases abritant des soldats américains et l’ambassade des États-Unis.
Après une attaque contre un convoi dans le Sud, un homme a été arrêté en possession de bombes et d’une carte de militaire du Hachd qui lui permettait de traverser les postes de contrôle sans être fouillé, selon une source au renseignement.
Certaines revendications sont venues des groupes « Saraya Thawra Achrine al-Thania », les Brigades de la deuxième révolution de 1920 en arabe, ou « Osbat al-Thaïrine », la Ligue des révolutionnaires en arabe, apparus après qu’un chef du Hachd eut décrit ses hommes comme les « vrais révolutionnaires de 1920 », année de la révolte contre le mandat britannique.
En opérant sous de nouveaux noms, plutôt que celui du Hachd, ces groupes « agissent hors du cadre de l’État et diminuent ainsi les risques pour Bagdad d’être rendu responsable par Washington », observe M. Mardini. Pour autant, en multipliant les attaques, ils disent à M. Kazimi « qu’il ne peut pas les empêcher avec la menace d’arrestations ». La preuve : fin juin, quatorze combattants des Brigades du Hezbollah, membres du Hachd, ont été arrêtés pour des tirs antiaméricains. Treize ont été libérés au bout de trois jours sur décision d’un juge militaire du Hachd.
Risque de nouveau conflit
Pour de nombreux citoyens irakiens, l’escalade des factions pro-iraniennes ressemble de plus en plus à celle des jihadistes dont les mouvements se sont solidifiés dans la lutte contre les Américains après l’invasion de 2003. Leurs vidéos rappellent sensiblement celles d’el-Qaëda et du groupe État islamique avec effets spéciaux et chants religieux.
Dans un pays sorti il y a 10 ans d’une guerre sanglante entre sunnites et chiites, le gouvernement redoute un nouveau conflit entre Irakiens. La stratégie, assurent plusieurs responsables gouvernementaux, est donc d’agir, mais sans jamais nommer aucune partie. En libérant une Allemande enlevée en juillet, le pouvoir n’a accusé personne, même si des responsables ont affirmé que « des factions se revendiquant du Hachd » étaient impliquées.
Plus tôt en juillet, l’assassinat du chercheur Hicham al-Hachémi, un proche de M. Kazimi qui travaillait sur le Hachd, a été vu comme un message au Premier ministre. Et un mois et demi plus tard, l’enquête n’a toujours rien révélé. Vendredi encore, un militant dénonçant l’influence des factions armées a été assassiné à Bassora, dans le Sud.
Source : AFP

