Le président biélorusse Alexandre Loukachenko à Minsk, le 16 août 2020. Stringer/Reuters
Jamais, en 26 ans de pouvoir sans partage, Alexandre Loukachenko n’avait été autant contesté. Fidèle à son style de dirigeant implacable et capricieux, le président biélorusse reste inflexible et rejette tout départ, se posant en garant de l’indépendance de son pays. « Jamais je ne ferai quoi que ce soit sous pression », a martelé Alexandre Loukachenko hier en rencontrant des ouvriers d’une usine de véhicules lourds, où il a été chahuté.
À 65 ans, ce moustachu au front dégarni n’en est pas à sa première accusation de fraudes électorales ou même d’avoir fait assassiner ses opposants. Mais l’ancien chef de kolkhoze ne semble plus inspirer la terreur dans l’ex-République soviétique de 9,5 millions d’habitants. Les quatre premières soirées suivant sa réélection à un sixième mandat avec 80 % des voix, perçue comme largement truquée, ont été matées par les forces antiémeute, faisant deux morts et des dizaines de blessés. Pourtant, la mobilisation s’est encore renforcée et l’opposition a organisé dimanche le plus grand rassemblement de son histoire.
Sur les réseaux sociaux et dans des meetings publics, il est moqué, surnommé tantôt « Cafard moustachu » ou « Sacha 3 % », diminutif de son prénom associé à sa popularité supposée par ses détracteurs.
Inspiration soviétique
Alexandre Loukachenko, lui, se pose désormais en défenseur de l’indépendance de son pays face à la volonté d’imposer au pays, selon lui, « un gouvernement depuis l’étranger ». Dans un discours, peu avant l’élection, M. Loukachenko avait adopté une posture de père de la nation confronté à des enfants ingrats : « Je les ai tous nourris à mon sein ! »
Longtemps surnommé « Batka » (« père »), Alexandre Loukachenko a pu se targuer d’une popularité réelle et durable, en particulier dans les zones rurales et parmi les générations nostalgiques de l’URSS. Après avoir dirigé dans les années 1980 des fermes collectives, il se fait élire en 1994 après l’indépendance avec un message populiste et anticorruption. Il refuse alors le virage capitaliste, préférant maintenir un système politico-économique dominé par la puissance publique, empreint de symbolique soviétique. Parallèlement, l’opposition est harcelée, la liberté d’expression jugulée et le KGB conserve son sinistre nom.
Aujourd’hui encore, Alexandre Loukachenko revendique ce système, assurant que sans lui le pays serait « mis en pièces ».
Sauna contre le coronavirus
Le président biélorusse aime poser dans les champs, en uniforme militaire ou sur une patinoire de hockey. Avec sa verve typique, il préconise face à la pandémie de nouveau coronavirus le travail agricole, le sauna et un peu de vodka. En juillet, il s’est targué d’avoir été contaminé et d’avoir traversé la maladie sans s’arrêter de travailler.
Lors de l’élection, Alexandre Loukachenko, père de trois enfants qui cultive volontiers une image macho, a fait face à un trio inattendu de femmes, mené par la candidate Svetlana Tikhanovskaïa. Cette dernière avait remplacé au pied levé son mari candidat, emprisonné, et réuni des foules impressionnantes. Exilée en Lituanie, celle qu’Alexandre Loukachenko a qualifiée de « pauvre nana » se dit désormais « prête » à agir en « leader national ».
« C’est un peuple entièrement différent, avec une autre force. Il avait pu me décevoir un peu auparavant mais, maintenant, ce n’est plus le cas », a estimé la Prix Nobel de littérature biélorusse Svetlana Alexievitch, interrogée par la radio américaine Radio Free Europe. « Personne ne voit ceux qui aiment Loukachenko le soutenir comme ils le faisaient dans le passé. Et comment peut-on imaginer lui faire confiance après avoir vu ce qui se passe dans nos rues? » a-t-elle relevé en référence à la répression des manifestations, lui demandant de partir avant d’avoir plongé le pays « dans le gouffre d’une guerre civile ».
Alexandre Loukachenko est aussi confronté à des tensions sans précédent avec le grand frère russe, au point d’accuser Moscou avant le scrutin d’ingérence électorale et d’avoir envoyé des mercenaires armés pour aider l’opposition à fomenter « un massacre ». En difficulté, il a changé de ton : il a indiqué pendant le week-end avoir reçu des assurances de Vladimir Poutine sur une « aide » pour assurer la sécurité. Parallèlement, il est lâché par les Occidentaux, dont il avait obtenu la levée de certaines sanctions en 2016. L’Union européenne a ainsi approuvé des sanctions contre des responsables biélorusses et Londres a dit vouloir suivre.
Source : AFP

