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Irak

Kazimi, potentiel médiateur entre Riyad et Téhéran ?

Le Premier ministre irakien est allé en Iran mardi et devait se rendre en Arabie saoudite lundi.


Kazimi, potentiel médiateur entre Riyad et Téhéran ?

Réunion entre le guide suprême de la révolution iranienne, l’Ayatollah Ali Khamenei, et le Premier ministre irakien, Moustafa al-Kazimi, à Téhéran, le 21 juillet 2020. Photo Reuters

De la visite du Premier ministre irakien, Moustafa al-Kazimi, en Iran, mardi, on ne retiendra aucune annonce spectaculaire. Ni de celle du ministre des Affaires étrangères iranien, Mohammad Zarif, dimanche en Irak. Ce sont pourtant les premières grandes rencontres diplomatiques régionales pour le Premier ministre irakien depuis sa prise de fonctions en mai. Elles devaient s’accompagner d’une troisième entrevue avec, cette fois-ci, le roi Salmane d’Arabie saoudite, qui laisse penser que le nouveau dirigeant irakien cherche à endosser le costume de médiateur entre les deux rivaux régionaux.

Pour ce faire, le chef du gouvernement irakien s’est, comme à son habitude, adonné à un périlleux exercice d’équilibriste entre Washington et Téhéran, affirmant que son pays ne souhaitait pas devenir un champ de bataille entre les deux ennemis jurés. Pris en étau entre l’Iran et les États-Unis, l’Irak tente de ménager la chèvre et le chou. Confronté à une crise économique sans précédent, Bagdad ne veut pas mettre à mal les perspectives d’investissements américains, ni s’éloigner de son objectif visant à amoindrir l’influence des milices pro-iraniennes dans le pays. Dans le même temps, M. Kazimi est conscient des difficultés qu’il aura à affronter pour lutter contre la puissance de Téhéran, tant les alliés de ce dernier sont présents à tous les échelons politiques et sécuritaires en Irak. « Les Irakiens veulent avoir de bonnes relations avec la République islamique d’Iran basées sur le principe de la non-ingérence dans les affaires internes des deux pays », a-t-il déclaré au cours d’une conférence de presse, avant d’ajouter que le « pays ne permettra pas d’agression contre l’Iran à partir de son territoire ».

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Pour M. Zarif, sa visite à Bagdad – la première depuis l’élimination par un raid américain de Kassem Soleimani, l’ancien commandant en chef de la Brigade al-Qods au sein des gardiens de la révolution iranienne – visait à communiquer un double message : d’une part, mettre en garde contre un renforcement trop hâtif des liens économiques entre l’Irak et les pays du Golfe et, d’autre part, tirer parti des bonnes relations qu’entretient le Premier ministre irakien avec Washington et Riyad – rivaux de Téhéran – pour en faire un médiateur entre l’Arabie saoudite et son allié américain, d’un côté, et la République islamique, de l’autre.

Depuis l’arrivée au pouvoir de Moustafa al-Kazimi – perçu comme étant proche de Washington –, Riyad affiche explicitement sa volonté de resserrer les liens avec Bagdad, à travers notamment des accords économiques. « Kazimi a voulu assurer à ses hôtes iraniens que Bagdad ne laissera pas l’Irak être une source de menace pour l’Iran ni n’acceptera que le pays soit utilisé comme le théâtre de déploiement de ses proxies dans le but de faire la guerre contre ses ennemis, à commencer par les États-Unis », commente Randa Slim, chercheuse au Middle East Institute. « Le message de Kazimi à Téhéran selon lequel l’Irak restera une bouée de sauvetage économique pour l’Iran a rassuré les officiels iraniens. Contrairement à leurs prédécesseurs, ni le Premier ministre ni ses conseillers ne sont perçus par Téhéran comme les hommes de l’Iran à Bagdad », ajoute-t-elle. L’Irak est l’un des principaux marchés pour les exportations non pétrolières de Téhéran, mais le commerce bilatéral a récemment chuté à cause de la fermeture des frontières résultant de la pandémie liée au coronavirus. « Les deux gouvernements souhaitent élargir les relations bilatérales pour atteindre 20 milliards de dollars », a indiqué, au cours d’une conférence de presse conjointe avec M. Kazimi, le président iranien Hassan Rohani.

Conditions

Dans ce contexte, les entrevues qui ont eu lieu semblent moins emblématiques que celles qui n’ont pas vu le jour. M. Kazimi devait en effet se rendre lundi à Riyad pour sa première visite officielle à l’étranger depuis qu’il a accédé au poste de Premier ministre en mai dernier. Mais les autorités saoudiennes et irakiennes se sont accordées à remettre à plus tard ce voyage du fait de l’hospitalisation du roi Salmane.

« Le gouvernement irakien actuel veut se tourner vers le monde arabe et replacer l’Irak dans son environnement arabe à travers un discours nationaliste irakien », analyse Adel Bakawan, directeur du département recherche de l’Institut de recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient (iReMMO).

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C’est là que le Premier ministre irakien pourrait faire le « go-between » entre Riyad et Téhéran. Étranglé par la politique américaine de pression maximale à laquelle se conjugue la crise sanitaire, Téhéran a plus que jamais besoin de relâcher la pression qui pèse sur lui en tempérant un tant soit peu ses relations avec Riyad et Washington. « Sous les gouvernements irakiens précédents, le rôle de médiateur existait, mais cette fois-ci Bagdad a posé des conditions. Les Iraniens ne s’attendaient pas à cela », avance Adel Bakwan. « Kazimi a clairement dit à Zarif qu’une telle médiation ne peut pas se faire tant que la République islamique ne met pas fin aux violences émanant des milices pro-Téhéran en Irak, tant qu’elle intervient dans les affaires politiques internes, tant qu’elle ne se soumet pas aux règles fixées par Bagdad sur la gestion des frontières », ajoute-t-il.

Au cours d’une rencontre entre M. Kazimi et le guide suprême de la révolution iranienne, l’ayatollah Ali Khamenei, ce dernier a assuré au Premier ministre irakien que « l’Iran ne se mêlera pas des relations entre l’Irak et les États-Unis », mais que « la République islamique souhaite que le gouvernement irakien (...) décide d’expulser les Américains puisque leur présence est source d’insécurité ».

« Le Premier ministre Moustafa Kazimi semble intéressé par un rôle de médiateur entre Téhéran et Riyad. Mais je ne crois pas que Téhéran ou Riyad comptent beaucoup là-dessus, nuance pour sa part Randa Slim. Jusqu’à présent, Riyad a rejeté toutes les possibilité de médiation visant à promouvoir un rapprochement avec Téhéran. »

Pour l’Iran, le bilan de ces deux visites est donc en demi-teinte, malgré une réunion assez positive avec le président du gouvernement régional du Kurdistan, Nechirvan Barzani. Au cours d’une conférence de presse tenue par ce dernier aux côtés de M. Zarif, M. Barzani a salué les contributions de Téhéran à la « stabilité régionale ». Les relations entre Téhéran et Erbil s’étaient dégradées à cause de l’opposition iranienne au référendum sur l’indépendance en 2017. Les relations se sont améliorées depuis. « Zarif est beaucoup plus à l’aise à Erbil qu’à Bagdad. Au moment où Bagdad ferme toutes les frontières au Sud et au centre avec Téhéran, le gouvernement régional du Kurdistan laisse ouvertes la totalité de ses frontières avec l’Iran », résume Adel Bakawan.


De la visite du Premier ministre irakien, Moustafa al-Kazimi, en Iran, mardi, on ne retiendra aucune annonce spectaculaire. Ni de celle du ministre des Affaires étrangères iranien, Mohammad Zarif, dimanche en Irak. Ce sont pourtant les premières grandes rencontres diplomatiques régionales pour le Premier ministre irakien depuis sa prise de fonctions en mai. Elles devaient s’accompagner...

commentaires (1)

IL FAUT DES PRESSIONS ET NON DE LA MEDIATION ET CES PRESSIONS NE PEUVENT ETRE EXERCEES QUE PAR LES GRANDES PUISSANCES.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

09 h 28, le 23 juillet 2020

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Commentaires (1)

  • IL FAUT DES PRESSIONS ET NON DE LA MEDIATION ET CES PRESSIONS NE PEUVENT ETRE EXERCEES QUE PAR LES GRANDES PUISSANCES.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    09 h 28, le 23 juillet 2020