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Tribune

Un nouveau contrat social pour une nouvelle ère

Un nouveau contrat social pour une nouvelle ère

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, apparaît sur un écran vidéo pour la conférence sur le climat à Berlin, le 28 avril 2020. Michael Kappeler/Pool via Reuters/File Photo

Les inégalités, qui revêtent la forme de rapports de force au niveau mondial, du racisme, de la discrimination fondée sur le genre et des disparités de revenus, menacent notre bien-être et notre avenir. Il nous faut absolument engager une nouvelle réflexion pour y mettre un terme et renverser la tendance.

On dit souvent que la marée montante de la croissance économique soulève tous les bateaux. Mais en réalité, une lame déferlante d’inégalités les submerge tous. De fortes inégalités ont concouru à créer une fragilité mondiale qui est révélée et exploitée par le Covid-19. Le virus met à nu des inégalités de toutes sortes. Il menace tout particulièrement la santé des plus vulnérables et frappe d’un point de vue économique et social les êtres les moins à même d’y faire face. Si nous n’agissons pas sur-le-champ, 100 millions de personnes de plus risquent de basculer dans l’extrême pauvreté, et nous pourrions être témoins de famines sans précédent. Avant même le Covid-19, de nombreuses voix s’élevaient partout contre les inégalités. De 1980 à 2016, les 1 % les plus riches de la population mondiale ont capté 27 % de la croissance des revenus dans le monde. Mais les inégalités ne se mesurent pas qu’à l’aune du revenu. Dans la vie, les chances des uns et des autres dépendent du genre, de la famille, de l’origine ethnique, de la couleur de peau, du handicap ou de l’absence de handicap, et de bien d’autres facteurs. De multiples inégalités se croisent et se renforcent au fil des générations, déterminant la vie et les attentes de millions de personnes, avant même leur naissance. À titre d’exemple, dans les pays à très haut niveau de développement humain, plus de 50 % des jeunes de 20 ans font des études supérieures. Dans les pays à faible niveau de développement humain, ce chiffre est de 3 %. Plus choquant encore : quelque 17 % des enfants nés il y a 20 ans dans des pays à faible développement humain sont déjà morts.

La colère qui a alimenté les récents mouvements sociaux, tels que la campagne contre le racisme qui a gagné le monde entier au lendemain du meurtre de George Floyd et le chœur de femmes courageuses qui ont interpellé les hommes de pouvoir qui les avaient maltraitées, est le signe d’un désillusionnement total face au statu quo. Et les deux bouleversements sismiques de notre époque – la révolution numérique et la crise climatique – menacent de creuser encore plus profondément les inégalités et l’injustice.

Le Covid-19 est une tragédie humaine. Mais il a aussi créé une possibilité générationnelle de bâtir un monde plus égalitaire et durable, axé sur deux notions centrales : un nouveau contrat social et une nouvelle donne mondiale.

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Un nouveau contrat social ralliera les gouvernements, les peuples, la société civile, les entreprises et d’autres acteurs autour d’une cause commune. L’éducation et les technologies numériques doivent être deux puissants leviers et facteurs d’égalité. Ils doivent permettre, tout au long de la vie, d’apprendre à apprendre, à s’adapter et à acquérir de nouvelles compétences, au service d’une économie fondée sur la connaissance. Nous avons besoin d’une imposition équitable, en fonction du revenu et du patrimoine, et d’une nouvelle génération de politiques de protection sociale comprenant des filets de sécurité, dont la couverture sanitaire universelle et la perspective d’un revenu minimum universel étendu à tous. Pour faire du nouveau contrat social une réalité, il nous faut une nouvelle donne mondiale afin de garantir que le pouvoir, la richesse et les possibilités soient partagés plus largement et plus équitablement au niveau international.

Une nouvelle donne mondiale doit reposer sur une mondialisation équitable, sur le respect des droits et de la dignité de chaque être humain, sur l’équilibre avec la nature, sur la prise en compte des droits des générations futures et sur l’idée que le succès se mesure en termes humains plutôt qu’économiques.

Il nous faut un nouveau modèle de gouvernance mondiale qui soit fondé sur la participation pleine, inclusive et équitable aux institutions internationales. Les pays en développement doivent être davantage entendus au Conseil de sécurité de l’ONU, dans les conseils d’administration du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale et ailleurs. Il nous faut instaurer un système commercial multilatéral plus inclusif et mieux équilibré, qui permette aux pays en développement de gravir les échelons des chaînes de valeur mondiales. La réforme de l’architecture de gestion de la dette et l’accès à un crédit abordable doivent créer une marge de manœuvre budgétaire permettant d’engendrer des investissements dans l’économie verte et équitable. La nouvelle donne mondiale et le nouveau contrat social remettront le monde sur les rails pour réaliser la promesse de l’accord de Paris sur les changements climatiques et atteindre les Objectifs de développement durable : notre vision de la paix et de la prospérité sur une planète saine d’ici à 2030, convenue au niveau mondial. Notre monde est au point de rupture. Mais en luttant contre les inégalités, sur la base d’un nouveau contrat social et d’une nouvelle donne mondiale, nous pouvons tracer la voie vers des jours meilleurs.

*Antonio Guterres est le secrétaire général des Nations unies.



Les inégalités, qui revêtent la forme de rapports de force au niveau mondial, du racisme, de la discrimination fondée sur le genre et des disparités de revenus, menacent notre bien-être et notre avenir. Il nous faut absolument engager une nouvelle réflexion pour y mettre un terme et renverser la tendance.

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