L’église de Monterrey, dans le nord du Mexique. Julio Cesar Aguilar/AFP archives
Prises dans la tourmente de la pandémie de coronavirus, les églises catholiques de Mexico ont fermé leurs portes. Dans la paroisse du père Horacio Palacios, cela fait quatre mois que l’argent ne rentre plus. Pour ces lieux de prière, c’est le temps des vaches maigres. Les salaires des employés du culte ont été ponctionnés et les autorités appelées à la rescousse. Tout est mis en œuvre pour que les églises survivent. D’autant que personne ne sait quand elles pourront rouvrir leurs portes à Mexico et dans le reste du pays.
« Nous avons survécu au premier mois du confinement en passant un accord avec nos salariés pour une réduction de leurs revenus », confie Palacios, 45 ans, dans sa paroisse de Juarez, située dans le centre de la capitale. Mais malgré l’économie réalisée avec l’amputation des salaires du secrétaire, du cuisinier, du sacristain et de l’administrateur, les problèmes se sont aggravés en avril. Le prêtre a donc dû demander un prêt de 24 000 pesos (environ 1 000 dollars) au gouvernement local. Pour le père Jesus Mendoza, c’est le manque d’aumônes qui l’a contraint à demander un prêt à ses proches pour payer les salaires de l’église où il prêche, dans la banlieue d’Acapulco, État de Guerrero. « J’ai raccourci le temps de travail des employés pour ne pas avoir à les licencier. Ils viennent seulement deux ou trois fois par semaine pour un demi-salaire », explique par téléphone Mendoza, 67 ans. Il a en outre décidé de ne plus percevoir de salaire, également par souci d’économies. « Je me concentre sur l’essentiel. Ici, j’ai une maison et de la nourriture », dit-il.
Limiter la casse
Les paroisses sont généralement financées par des offrandes et des dons, mais aussi par des mariages, des baptêmes, des tombolas ou des bazars ouverts au public – des sources de gains qui se sont taries ces derniers mois. La fermeture imposée par l’épidémie de Covid-19 a même forcé certaines à restituer de l’argent pour des services qu’elles n’étaient plus en mesure d’offrir. « Quand nous avons fermé les temples et annulé les cérémonies, nous avons dû rendre de l’argent, et c’est l’une des choses qui nous a beaucoup affectés », confirme Palacios dont la paroisse ne perçoit que cinq pour cent des revenus dont elle jouissait avant la crise sanitaire. Afin de limiter la casse, plusieurs églises organisent des cérémonies via Facebook ou par vidéoconférence afin de décrocher des contributions financières. « Les gens se connectent, ils nous voient (...) et nous leur demandons d’apporter leur contribution en leur donnant un numéro de compte », poursuit le prêtre. Les revenus de la basilique de Guadalupe, l’un des sanctuaires les plus visités au monde puisqu’il attire des millions de fidèles chaque 12 décembre, date de la célébration de la Vierge, ont également chuté. Son site internet a lancé un appel aux dons. Le Mexique est le deuxième pays avec le plus grand nombre de catholiques baptisés après le Brésil, soit une population de 111 millions de fidèles en 2015, selon le Vatican.
« Survivre »
Les autorités ecclésiastiques cherchent également des alternatives afin que les églises ne dépendent pas que de l’aumône. « Nous devons chercher d’autres moyens. Certaines paroisses avaient déjà des librairies où elles vendaient, en plus, des bougies, des huiles et des images sacrées. Nous allons devoir développer cela pour survivre », pressent Mgr Alfonso Miranda, secrétaire général de la Conférence épiscopale mexicaine. Après leur réouverture dans certaines villes comme Guadalajara il y a un mois, les églises de la capitale et d’autres États mexicains se préparent à accueillir à nouveau les fidèles avec des mesures telles que l’utilisation de masques, de tapis antibactériens à l’entrée et de désinfectants. À Mexico, les fidèles ne pourront pas excéder 25 % de la capacité des lieux. La basilique de Guadalupe a installé des caméras qui mesurent la température, et il faudra utiliser un masque pour y pénétrer. Lorsque les autorités permettront à nouveau les messes publiques, l’accès sera autorisé à 500 personnes, bien en deçà des 10 000 habituels.
Ces mesures laissent sceptique Santiago Tirado, 32 ans, qui est venu avec sa famille pour prier à l’extérieur du sanctuaire. « Mais on ne va pas se fâcher parce qu’ils ont décidé de prendre soin de nous », ajoute-t-il.
Les préparatifs pour l’accueil des croyants vont encore plus grever les finances de l’église du père Palacios.
« Ils sont en train de fumiger l’église, mais on nous a fait un don pour que la réouverture soit possible, dit-il, et nous ne nous attendons pas à ce que l’église soit aussi pleine de gens que les centres commerciaux ».
Yussel GONZALEZ/AFP


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