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Au Pakistan, l’insoutenable hécatombe dans les transports

Au Pakistan, l’insoutenable hécatombe dans les transports

L’A320 de la PIA (Pakistan International Airlines) en provenance de Lahore s’est écrasé sur un quartier résidentiel de Karachi. Photo AFP

Crashs aériens à répétition, trains qui brûlent ou perdent des wagons, innombrables collisions meurtrières sur les routes... Les transports au Pakistan, faute de respect des règles de sécurité, connaissent année après année un bilan humain désastreux. La dernière catastrophe en date, le crash le 22 mai à Karachi d’un Airbus A320 de la compagnie nationale Pakistan airlines (PIA), est due à la négligence des pilotes et des contrôleurs aériens, selon un rapport préliminaire paru mercredi. Absorbés dans une discussion sur le coronavirus, les deux hommes n’ont « pas pris en compte » plusieurs alertes « relatives à la survitesse, le train d’atterrissage non sorti et la proximité du sol », selon ce texte. L’avion s’est alors presque posé sur ses moteurs, les endommageant, une information non transmise par les contrôleurs aériens aux pilotes. Ceux-ci ont ensuite remis les gaz pour tenter un nouvel atterrissage, mais la manœuvre a échoué d’un cheveu. Les deux propulseurs à l’arrêt, le vol 8 303 s’est écrasé à 1,3 km de la piste, faisant 98 morts.

Le ministre de l’Aviation, Ghulam Sarwar Khan, fustige le manque de qualification des pilotes pakistanais, dont 262 sur les 860 en activité n’ont « pas participé aux examens eux-mêmes ». PIA a annoncé hier que 150 de ses pilotes détenteurs de « fausses licences » sont désormais maintenus au sol. Des chiffres questionnés par Qasim Qadim, porte-parole de l’Association pakistanaise des pilotes de ligne (Palpa), alors que le capitaine incriminé avait, selon lui, accumulé 17 000 heures de vol en 24 ans de carrière.

« Peut-être était-ce la fatigue, peut-être le jeûne ? » durant le ramadan, PIA ayant confirmé à l’AFP que les pilotes n’avaient rien mangé le jour de la catastrophe, observe M. Qadim, demandant d’attendre la fin de l’enquête pour tirer des conclusions définitives.

« Larmes de crocodile »

Car le crash touche un secteur aérien accidentogène au Pakistan et une entreprise particulièrement défaillante. Quatre vols commerciaux se sont écrasés depuis 2010, dont deux de PIA, tuant 423 personnes.

« Nous ne respectons pas les règles de sécurité. Et nous prenons ces accidents horribles avec légèreté », s’indigne Aijaz Haroon, ancien directeur général de PIA. « Nous versons quelques larmes de crocodile, au lieu de nous attaquer au vrai problème. » L’AFP s’est entretenue avec trois pilotes de PIA qui critiquent à l’unisson le manque d’attention porté à la maintenance. L’un d’entre eux, qui a connu trois incidents majeurs en 20 ans de carrière, dont l’explosion d’un moteur en altitude de croisière, estime voler « juste à la limite » des règles de sécurité. « En temps de Covid-19, notre management fait voler des pilotes d’Islamabad à Londres, aller-retour. Au total, c’est de 22 à 24 heures de travail », raconte un autre, alors que le troisième dénonce une compagnie vivant sous « une miniloi martiale » au nom d’impératifs financiers. « On doit voler vite, prendre des raccourcis » pour « économiser de l’essence ». Ces allégations sont « absolument fausses », « sans fondement », a déclaré à l’AFP un porte-parole de PIA, Abdullah Hafeez Khan. L’état des lieux n’est guère plus reluisant dans le secteur ferroviaire. En octobre dernier, 74 personnes ont péri dans l’explosion d’une bonbonne de gaz transportée par un passager pour cuisiner en chemin. Quelques mois plus tôt, sept wagons s’étaient détachés d’un « Express », sans faire de victimes.

« Chaque passager prenant le train est en danger », observait en janvier la Cour suprême, qualifiant PIA d’entité « la plus corrompue » du gouvernement.

Divin

« Nous utilisons toujours la vieille voie ferrée, construite en 1861 », rétorque le ministre des Chemins de fer Sheikh Rasheed Ahmed à l’AFP, « c’est un échec collectif des gouvernements successifs ». Quelque 25 000 personnes meurent chaque année sur les routes pakistanaises, selon un responsable policier, malgré un parc automobile restreint pour un pays de plus de 200 millions d’habitants. La mauvaise qualité des routes, des véhicules et le nombre important de conducteurs sans permis sont souvent cités pour expliquer ces chiffres.

« Les gens n’obéissent pas à la loi car personne n’est tenu de rendre des comptes et la justice pénale n’est pas fonctionnelle », regrette-t-il, « la corruption a détruit le fonctionnement du pays ». Le Pakistan, pays musulman conservateur, connaît « un mépris général pour les règles des hommes » et privilégie le divin, affirme Pervez Hoodbhoy, scientifique et éditorialiste. « Évidemment, quand vous placez votre foi en Dieu, vous devenez moins attentifs quand il s’agit de vos avions et de vos routes. Car ce qui doit arriver arrivera. »

Joris FIORITI et

Ashraf KHAN/AFP


Crashs aériens à répétition, trains qui brûlent ou perdent des wagons, innombrables collisions meurtrières sur les routes... Les transports au Pakistan, faute de respect des règles de sécurité, connaissent année après année un bilan humain désastreux. La dernière catastrophe en date, le crash le 22 mai à Karachi d’un Airbus A320 de la compagnie nationale Pakistan airlines...

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