« Il faut garder une trace de cet événement pour pouvoir expliquer dans 100 ans ce qu’il s’est passé. Si on n’intervient pas maintenant, on risque de perdre toute cette mémoire », explique Sarah Lessire, coordinatrice du projet et du site internet « Archives de la quarantaine » en Belgique. Virginie Goubier/AFP
Et si vos pantoufles entraient au musée ? La pandémie de coronavirus continue de faire des ravages dans le monde, mais déjà des musées rassemblent témoignages et objets pour décrire cette période historique, en particulier les aléas de la vie confinée.
« Dès qu’on a su qu’il y allait avoir un confinement, on a discuté de ce qu’il fallait collecter pour l’avenir. C’est une expérience tellement extraordinaire ! » explique Beatrice Behlen, conservatrice au Museum of London, consacré à la vie de la trépidante capitale britannique. Un appel a donc été lancé pour que les Londoniens transmettent des objets symbolisant, pour eux, le confinement. « Ça peut être quelque chose de réconfortant, comme par exemple votre paire de chaussons préférés, ceux que vous portez tous les jours », décrit Beatrice Behlen. Ou le reflet de nouvelles pratiques car « les gens se sont mis à tricoter ou à cuisiner », voire à fabriquer des masques.
Le musée s’est ainsi vu offrir un pot de confiture « faite maison » ou encore une crécelle, fabriquée pour faire le maximum de bruit quand, chaque jeudi soir, la population rend hommage aux soignants. Pour la conservatrice, ce n’est pas tant l’objet lui-même qui compte que « le sens qu’il a pour son propriétaire. À l’avenir, ça pourra nous aider à raconter ce qui se passait ».
Collection d’émotions
Mais si certaines possessions peuvent en dire long, comment raconter le manque ? Celui de certains produits, et surtout l’absence des amis et parents ? Répondant à l’appel à témoignages d’un autre établissement culturel de Londres, le musée de la Maison, une famille raconte avoir installé un écran devant la table pour partager le repas de Pâques avec des proches en direct. Une autre a transformé son salon en atelier de couture afin de fabriquer des combinaisons médicales pour les soignants qui en manquent cruellement.
À travers quelques questions, le musée de la Maison interroge le nouveau rapport des Britanniques à leur foyer. « Ce qui ressort, c’est la résilience des gens face à la situation, la façon dont ils s’adaptent », raconte Sonia Solicari, directrice du musée. Avec les écoles fermées, le salon devient une salle de cours ou une salle de sport, pour les plus motivés. Voire un salon de coiffure. Selon son témoignage publié par le musée, Amarjit voit sa maison victorienne de Londres comme un « palace », elle est devenue « plus précieuse que jamais car tout s’y passe ici et maintenant ». Alex – seule dans un petit appartement – a, elle, l’impression d’être « à l’isolement en prison » et entend ses voisins du dessous « se disputer constamment ». « C’est vraiment devenu une collection de sentiments et d’émotions, autant que d’images et de témoignages, ce qui peut être très difficile à décrire pour un musée », remarque Sonia Solicari.
Des initiatives similaires ont émergé un peu partout. En Suède, le Nordiska museet de Stockholm collecte les réflexions d’enfants sur leur vie quotidienne, ce qu’ils pensent de la situation et leur vision de l’avenir.

Un peu partout, des musées et des sites internet rassemblent des témoignages et des objets (masques, pantoufles, etc.) pour décrire les aléas de la vie confinée en cette période de pandémie de coronavirus. Mladen Antonov/AFP
Garder une trace
Photo d’un anniversaire confiné ou d’un baiser échangé à travers une vitre : le musée de la ville de Vienne a reçu quelque 1 800 contributions racontant comment la vie des habitants de la capitale autrichienne a été bouleversée par la pandémie. « Il faut garder une trace de cet événement pour pouvoir expliquer dans 100 ans ce qui s’est passé. Si on n’intervient pas maintenant, on risque de perdre toute cette mémoire », explique Sarah Lessire, coordinatrice d’un autre projet, les « Archives de la quarantaine », en Belgique. Ce site internet recense de multiples initiatives, comme des groupes Facebook d’entraide solidaire ou une fête du 1er mai virtuelle. La période a aussi inspiré les artistes, et, à Barcelone, trois jeunes publicitaires ont créé un compte Instagram qui met en valeur plus de 900 œuvres d’art créées pendant la pandémie de coronavirus.
Mais si ces diverses collections sont déjà bien étoffées, nul ne sait quand elles pourront être exposées dans les musées qui gardent, dans bien des pays, portes closes. La pandémie de Covid-19 menace même certains de mettre la clé sous la porte. C’est le cas à Londres du musée Florence Nightingale, qui appelle aux dons pour survivre. Consacré à une pionnière des soins infirmiers, il est situé dans l’enceinte de l’hôpital St. Thomas, où le Premier ministre britannique Boris Johnson a été soigné du coronavirus.
Source : AFP


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