Un cimetière en Suisse le 15 mai 2020. Fabrice Coffrini/AFP
Quel est le vrai bilan du coronavirus dans le monde ? La compilation des statistiques officielles dépasse les 300 000 morts, mais la comparaison du nombre de décès par rapport aux années précédentes laisse deviner un bilan plus lourd. En Italie, entre le 20 février et le 31 mars, 12 428 personnes sont officiellement mortes de la Covid-19. Mais sur la même période, les autorités ont constaté 25 354 décès de plus que la moyenne des cinq années précédentes Ces 12 900 décès « inexpliqués » sont-ils les morts invisibles du Covid ?
Aux États-Unis, la différence est encore plus saisissante : sur les données du mois de mars, une période où le pays était encore relativement épargné, l’écart entre les morts officiels de la Covid (1 890) et la surmortalité (6 000) va du simple au triple.
Et qu’en est-il des 3 706 décès supplémentaires enregistrés pour cette même période en Allemagne, pays relativement préservé du virus ? Officiellement, 2 218 d’entre eux sont attribués au coronavirus. Qu’est-ce qui a emporté ces 1 488 personnes de plus que par rapport à l’an dernier ? En France, en revanche, entre le 1er mars et le 27 avril 2020, le bilan Covid (23 291) est très proche de la surmortalité enregistrée par rapport à 2019 (24 116).
Selon la professeure Yvonne Doyle, directrice de la santé publique anglaise, l’excès du nombre de morts sur une période donnée est le meilleur indicateur pour cerner l’impact du coronavirus. Du moins dans les pays qui publient des données fiables. « Nous saurons vraiment à quel point nous avons été touchés, et c’est, de plus, une mesure comparable au niveau international », explique t-elle.
« L’effet direct de la Covid »
La surmortalité permettrait-elle de distinguer les bons des mauvais élèves dans le recensement des décès de la Covid ? Pas si vite, répondent d’autres experts. Si de forts soupçons existent, impossible d’affirmer avec certitude que ces dizaines de milliers de morts supplémentaires sont forcément toutes des cas de coronavirus mal recensés.
« Ce sont des augmentations statistiques qui doivent ensuite être associées à une cause et nous ne pouvons pas dire à quoi sont dues ces hausses », prévient le directeur du Centre d’urgences sanitaires du ministère espagnol de la Santé, le Dr Fernando Simon. « Cet excès de mortalité est dû à la crise dans sa globalité. Il peut y avoir des effets indirects, comme une augmentation des autres causes de décès, parce qu’on sait que les gens sont moins allés se soigner », rappelle Michel Guillot, directeur de recherche à l’Institut national d’études démographiques (INED), en France. Les autorités sanitaires et statistiques italiennes estiment que la surmortalité peut concerner des patients Covid non décelés, mais aussi des malades décédés en raison de la saturation du système hospitalier. Mais cette pondération devrait toutefois rester faible, selon M. Guillot qui estime que cette surmortalité « cerne tout de même bien l’effet direct du virus ».
Car, selon les données de 24 pays européens compilées par des épidémiologistes danois, du projet Euromomo, un pic de mortalité est nettement visible en Europe à partir du mois de mars 2020 par rapport aux années précédentes. Sans surprise, les chiffres dépassent le bilan officiel du coronavirus dans ces pays. « Il n’y a rien d’autre qui peut expliquer cet excès de mortalité. Il n’y a pas eu d’éruption volcanique, de tremblement de terre en Europe... Si cela avait été en janvier, on aurait pu le mettre sur le compte de la grippe, mais ce n’est pas le cas », explique Lasse Vestergaard, coordinateur d’Euromomo.
Les chiffres sont d’ailleurs spectaculaires dans les zones frappées le plus durement par la Covid-19 : le nombre de décès est multiplié par 2 à Paris ou dans la province de Guayas en Équateur, la hausse atteint même le chiffre vertigineux de 568 % à Bergame, grand foyer italien.
« Première image de la situation »
Les statisticiens danois du projet Euromomo utilisent également un autre indicateur : le z-score (ou cote z), plus fin que la simple comparaison. Le constat est limpide, l’Espagne, l’Italie, la France ou la Grande-Bretagne affichent un « très important excès » de mortalité en mars-avril là où d’autres pays moins touchés par la pandémie, comme la Norvège ou la Finlande, ne montrent « aucun excès ». « Ces résultats ne sont qu’une première image de la situation », rappelle M. Vestergaard qui recommande d’attendre des données finales, quand la pandémie aura davantage reculé.
Il reste enfin les nombreux pays où la communication sur le sujet est peu transparente. Impossible par exemple de trouver un bilan fiable en Iran, pourtant touché dès le mois de février, puisque les autorités n’ont pas publié de chiffres sur la mortalité globale dans le pays depuis décembre 2019. En Russie, où officiellement le coronavirus tue très peu, plusieurs témoignages ont raconté l’histoire de décès catalogués comme « pneumonies » malgré des tests positifs au coronavirus. Et en Chine, berceau de la pandémie, la polémique est loin d’être éteinte sur le bilan réel. Dès le mois d’avril, de nombreux experts l’estimaient largement sous-évalué en s’appuyant notamment sur l’inhabituel grand nombre de familles venues récupérer des urnes funéraires lors de la levée du confinement à Wuhan.
Pierre DONADIEU/AFP


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Pour expliquer cette surmortalité, il faut songer aux effets collatéraux du corona, Des personnes sont décédées sans avoir été atteintes par le virus, mais pour d'autres cause liées a politique sanitaire. Ainsi, des vieux dans les maisons de retraites sont morts faute de soins, ou bien de détresse, pour ne pas avoir de contacts avec leurs proches. Des malades n'ont pas été soignés à temps. les opérations étant réservées aux cas d'extrême urgence ont pu être faites trop tard etc.
08 h 21, le 16 mai 2020