Si le chef des Forces libanaises Samir Geagea a bien pris soin d’exprimer son opposition au plan de redressement économique et financier du gouvernement, sa participation à la réunion au palais de Baabda a constitué l’événement mercredi. Elle a même donné à cette rencontre une dimension nationale en élargissant l’éventail des participants aux opposants au gouvernement de Hassane Diab. Selon des sources ministérielles, le chef des FL a voulu ainsi se démarquer des autres parties de l’opposition, qui ont préféré ne pas se rendre à Baabda. Il s’agit notamment du chef du courant du Futur et ancien Premier ministre Saad Hariri, du chef du PSP Walid Joumblatt et du chef du parti Kataëb Samy Gemayel.
Toujours selon les mêmes sources, par cette démarche, le chef des FL aurait voulu adresser un message à ses présumés partenaires au sein de l’opposition au gouvernement, soupçonnés « de jouer en solo » la plupart du temps. C’est ainsi que les différentes parties opposées au gouvernement ont été surprises par la rencontre entre Saad Hariri et l’adjoint pour les questions politiques du secrétaire général du Hezbollah Hussein Khalil. Cette information avait été publiée dans un média proche du Hezbollah et relayée par un autre, proche du mouvement Amal. Le bureau d’information de l’ancien Premier ministre avait publié un démenti au sujet de cette rencontre qui se serait tenue dans le cadre d’un iftar au domicile de Saad Hariri, mais les deux médias qui l’avaient évoquée ont insisté sur sa tenue. Des sources proches du Hezbollah précisent à cet égard que le parti n’a officiellement rien dit sur ce sujet pour ne pas embarrasser l’ancien Premier ministre, mais que la rencontre a bien pu avoir lieu. Et même si ce n’était pas le cas, les contacts n’ont à aucun moment été rompus entre ce parti et le chef du courant du Futur.
Toujours selon les mêmes sources, le Hezbollah n’a pas caché, depuis le début du mouvement de protestation populaire le 17 octobre 2019, son attachement au maintien en place du gouvernement présidé par Saad Hariri. Hassan Nasrallah l’avait même ouvertement déclaré dans le discours qui avait suivi le début du mouvement. Ce qui lui avait d’ailleurs valu quelques critiques de la part de certaines figures de la communauté chiite, qui estimaient que la situation économique et sociale était devenue intenable et que le Hezbollah devrait être en tête des protestataires. Plus tard, lorsque Saad Hariri a démissionné, contrairement à l’avis de ses partenaires au sein du gouvernement, le Hezbollah a décidé que son successeur au Sérail devrait obtenir en premier lieu l’aval du chef du courant du Futur. Il avait même patienté deux mois avec ses alliés, laissant Saad Hariri « griller » l’un après l’autre les noms de successeurs potentiels. Finalement, lorsque la situation économique et sociale est devenue réellement intenable, rendant inacceptables les atermoiements du chef du courant du Futur, le nom de Hassane Diab a été retenu après avoir obtenu l’aval du Premier ministre démissionnaire. C’est dire, toujours selon les mêmes sources, que le Hezbollah continue de ménager Saad Hariri, passant outre les déclarations des cadres du Futur ou des membres du groupe parlementaire de ce courant. Pour le parti chiite, la raison de préserver la relation avec le patron du Futur relève de son souci d’éviter toute discorde entre sunnites et chiites, qui dans les circonstances actuelles serait fatale au pays tout entier.
C’est donc dans ce contexte que se seraient inscrits les derniers contacts entre Hussein Khalil et Saad Hariri, qu’ils aient eu lieu dans le cadre d’un iftar ou d’une autre rencontre. Toujours selon les sources proches du Hezbollah, le principal souci de l’ancien Premier ministre était de s’assurer que le gouvernement actuel ne s’en prendra pas à ses partisans au sein de l’administration et qu’il ne procédera pas à des règlements de compte politiques et administratifs. Il ne serait donc pas question pour Saad Hariri de revenir pour l’instant à la tête du gouvernement, sachant que la période est difficile et que les solutions sont coûteuses. C’est pourquoi il vaut mieux ne pas être aux commandes dans de telles circonstances. Cette approche n’a pas échappé au chef des Forces libanaises, qui aurait ainsi décidé de ne pas être la seule partie (avec les Kataëb) à faire de l’opposition totale au gouvernement, au moment où les autres partenaires supposés agissent chacun en fonction de ses intérêts. C’est ainsi que le chef du PSP Walid Joumblatt s’était rendu au palais de Baabda lundi, surprenant ses alliés avant même ses rivaux. Certes, cette rencontre a été le fruit de plusieurs semaines de préparation, mais Samir Geagea n’en avait pas été averti. De plus, le leader druze a affirmé depuis Baabda qu’il n’était pas concerné par la formation d’un front d’opposition au gouvernement. Toutes ces données ont poussé le chef des FL à estimer qu’il n’y avait aucune raison de ne pas se rendre à la réunion convoquée par Michel Aoun. Il a montré ainsi sa conscience de la gravité du moment, tout en insistant pour exprimer son opposition au plan de sauvetage du gouvernement. Par cette initiative, Samir Geagea a donc donné une plus grande crédibilité à la réunion de Baabda et il a fait un geste en direction de la présidence, tout en montrant une stature nationale. En même temps, il a affiché son opposition au plan, en cohérence avec ses prises de position précédentes et il a aussi adressé un message clair aux autres parties de l’opposition. Pour lui, il s’agissait donc d’une participation bien calculée, porteuse de messages ciblés.


N'étant pas un fan de Geagea et Abstraction faite du baratin du papier pour la propagande de Aoun. Je trouve que dans une règle démocratique (Sauf si on ne reconnait pas du tout le régime, ce qui n'est pas le cas pour l'instant) : Un opposant qui joue le jeu politique SE DOIT de participer . Il votera CONTRE ou POUR c'est un autre sujet. Mais le jeu est de participer. Les oppositions en France ( elles sont nombreuses), en cas de crise, tout le monde participe et donne son avis. Mais le boycott c'est typiquement arabe. On boycotte israel ...On boycotte l'iran..On boycotte l'arabie..des débilités franchement..Stériles et enfantins comme comportements..pff..
20 h 27, le 08 mai 2020