Gebran Bassil et Nabih Berry à Aïn el-Tiné hier. Photo ANI
Contrairement à ce qu’aurait espéré le président Michel Aoun, la rencontre prévue ce matin à Baabda afin d’expliquer les grandes lignes du plan économique et financier du gouvernement, approuvé jeudi dernier, est loin d’être une opportunité pour rassembler tous les protagonistes autour de la magistrature suprême.
Bien au contraire, le dialogue élargi attendu au palais présidentiel ne semble être qu’une rencontre monochrome à laquelle ne prendront part que les chefs de file du camp loyaliste. Cela fait dire à certains observateurs que cette initiative de la part du président Aoun semble mort-née.
Selon un analyste politique contacté par L’Orient-Le Jour, c’est sous l’angle du contexte dans lequel elle intervient que la rencontre est à aborder. Selon lui, ce dialogue était censé être une opportunité pour M. Aoun d’assurer une couverture politique élargie au projet gouvernemental, et de tenter de s’affirmer une fois de plus comme un président capable de rassembler tous les protagonistes sous sa houlette. Il s’agit également d’une façon pour le Premier ministre Hassane Diab d’affirmer la capacité de son équipe à relever le défi des réformes économiques et financières, à l’heure où plusieurs protagonistes, pourtant considérés comme principaux parrains de l’équipe Diab, ont critiqué ses choix sur le plan économique, notamment le mouvement Amal du président de la Chambre, Nabih Berry.
Mais c’est surtout l’opposition qui a porté un sérieux coup à la rencontre de Baabda en choisissant de s’y absenter, retirant ainsi au plan la couverture nationale élargie espérée. Emboîtant le pas au courant du Futur, le Parti socialiste progressiste ne prendra pas part au dialogue de ce matin, son chef Walid Joumblatt ayant invoqué des raisons de santé pour justifier sa décision lors de son entretien avec le chef de l’État lundi. Les deux hommes se sont toutefois entendus pour que le leader de Moukhtara adresse par écrit ses remarques autour du projet de redressement du cabinet Diab.
Du côté de Meerab, les Forces libanaises maintiennent sciemment le flou autour de leur décision finale, au vu des rapports pratiquement gelés tant avec Michel Aoun qu’avec le chef du Courant patriotique libre Gebran Bassil. D’ailleurs, la violente diatribe d’Antoine Habchi, député FL de Baalbek-Hermel, contre les ministres aounistes de l’Énergie hier a démontré une nouvelle fois que les relations entre les deux camps ne sont pas près de revenir à la normale. Cela pousse certains observateurs à exclure toute participation du leader des FL Samir Geagea à la rencontre de ce matin. De leur côté, les milieux de Meerab s’abstiennent de trancher ce point, se contentant de souligner que le parti a déjà pris part aux rencontres similaires organisées à Baabda par le passé.
Toujours dans le camp de l’opposition, le chef des Kataëb Samy Gemayel a annoncé qu’il n’assistera pas à la réunion. Exposant les motifs de sa décision, M. Gemayel a écrit sur son compte Twitter : « Nous sommes convaincus que le pouvoir est soumis à une tutelle et manque de crédibilité, sur le double plan local et international, ce qui rend difficile les négociations avec la communauté internationale et complique le processus de réformes. » « En dépit de tout cela, nous étions prêts à participer à la rencontre de Baabda. Mais lorsque celle-ci est devenue une occasion de règlements de comptes politiques, nous avons décidé de ne pas y aller pour ne pas nous associer à des querelles inopportunes », a encore dit M. Gemayel, faisant valoir qu’il détaillera ses remarques concernant le plan du cabinet dans une conférence de presse qu’il tiendra ultérieurement.
De même, Nagib Mikati, député de Tripoli, qui entendait être représenté par son collègue Nicolas Nahas, a fini par décider de boycotter la rencontre. Dans un communiqué rendu public hier, il a déploré le fait que la réunion se tienne après l’approbation du plan en Conseil des ministres. Et d’exprimer ses craintes quant à un éventuel changement de « l’identité économique du pays », estimant que le cabinet Diab est incapable de redresser l’économie nationale.
Bassil chez Berry
A contrario, l’écrasante majorité des composantes gouvernementales feront naturellement acte de présence à Baabda. Il s’agit bien entendu du président de la Chambre Nabih Berry, qui représentera par la même occasion le mouvement Amal. Quant au Hezbollah, il déléguera comme de coutume le chef de son groupe parlementaire Mohammad Raad. Une décision qui intervient au lendemain d’un discours du secrétaire général du parti chiite, Hassan Nasrallah. Le dignitaire chiite avait exprimé lundi son appui au plan de réformes du gouvernement, soulignant toutefois que le texte pouvait être discuté et modifié.
À son tour, Gebran Bassil représentera le CPL autour de la table du dialogue élargi. Et dans une volonté manifeste de se monter au centre du processus de relance attendu à la faveur du projet du gouvernement, il s’est entretenu avec Nabih Berry à Aïn el-Tiné. Selon une source informée, et en dépit des rapports en dents de scie entre les deux hommes, l’entretien a pavé la voie au vote de certaines législations dictées par le plan du cabinet.
Outre le tandem chiite et le CPL, le parti Tachnag sera également présent à Baabda. Il sera représenté par Hagop Pakradounian, député du Metn. Un tableau sur lequel se greffent le chef du Parti démocratique libanais Talal Arslane et Fayçal Karamé, député de Tripoli. Ce dernier est délégué par la Rencontre consultative sunnite.
Il reste que le leader des Marada Sleiman Frangié, et au vu de ses relations totalement gelées avec le binôme Baabda-CPL boycottera le dialogue élargi. Sa décision intervient à l’heure où l’on s’attendait à ce que Farid Haykal el-Khazen, député du Kesrouan, se rende à Baabda au nom de la « Coalition nationale », un groupe parlementaire rassemblant M. Khazen, les Marada et Moustapha Husseini, député de Jbeil.
Cependant, Sleiman Frangié a annoncé sa décision dans une déclaration au site web du Futur, mais son trait d’humour a été mal calculé : « Nous entendions participer à la rencontre en y déléguant Farid Haykal el-Khazen. Mais nous avons été notifiés en retard d’une invitation personnelle. Sauf que je suis en confinement et ma plaque d’immatriculation est impaire. » « Paire » a-t-il sans doute voulu dire, la circulation aujourd’hui étant justement réservée aux plaques impaires dans le cadre des mesures de lutte contre le Covid-19.Encore un coup sévère porté à la présidence. Mais en dépit du large boycottage, Baabda poursuit ses préparatifs pour la tenue de la séance au cours de laquelle les ministres de l’Économie et des Finances, Raoul Nehmé et Ghazi Wazni, ainsi qu’Alain Bifani, directeur général des Finances, exposeront le plan.


Il peuvent essayer tout ce qu'ils veulent, la seule chose qu'il réussiront c'est conduire le pays en entier sous les sanctions internationales. Tant que le Hezbollah existera avec ses armes, l’existence du Liban message sera en danger de mort.
12 h 21, le 06 mai 2020