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Sport - Football

Huis clos : la Premier League craint pour son âme

Selon Mark Doidge, chercheur en sociologie du sport à l’Université de Brighton, sans supporteurs en tribunes, la Premier League pourrait perdre son charme comme sa spécificité. Paul Ellis/AFP

Une reprise du football sans âme ? La Premier League s’échine à surmonter d’immenses défis logistiques pour permettre un redémarrage qui se fera forcément à huis clos. Une atmosphère particulière qui fait craindre une désaffection des supporters au pays du « beautiful game ». Dernier haut responsable à admettre l’évidence, le président de la Fédération anglaise de football, Greg Clarke, a reconnu lundi que les mesures de distanciation mises en place face à la pandémie de coronavirus empêcheraient les supporteurs de se rassembler « de sitôt » dans les stades. Leurs clubs, en revanche, espèrent y faire leur retour au plus vite.

Au cœur du Project Restart de la Premier League, visant à sauver la fin de saison du championnat anglais : éviter pour les clubs de se priver des lucratifs droits télévisés. L’addition, si tous les matches restants n’étaient pas disputés, pourrait s’élever à 762 millions de livres sterling (870 millions d’euros). Et comme, selon le dernier rapport sur le paysage des compétitions interclubs de l’UEFA, les recettes de billetterie ne représentent que 13 % des revenus des pensionnaires de Premier League, le calcul est vite fait : il faut reprendre, tant pis pour le public. Les montants colossaux des contrats de diffusion TV, records en Europe, doivent permettre aux clubs de traverser la tempête économique causée par la pandémie sans vendre un seul ticket pour les matches. « Même si nous n’aimons pas cela, même si ce n’est pas la solution parfaite, c’est la seule que nous ayons pour avancer », estime David Webber, maître de conférences à l’Université du Solent (à Southampton) en études de football.

Pourtant, il n’y a pas que les stars sur le terrain pour drainer des milliards de livres, il y a aussi l’atmosphère des stades à l’anglaise. « L’ensemble du modèle économique ne fonctionne que lorsque les tribunes sont assez remplies », juge dans le Telegraph Richard Scudamore, directeur général puis président de la Premier League de 1999 à 2018. « Aucun acteur n’aime jouer devant une salle vide », ajoute cet artisan du basculement du championnat dans une autre dimension à l’orée des années 2000. Mais après deux mois sans football, les dirigeants de la Ligue veulent croire que la demande du « beautiful game » sera au rendez-vous du côté des fans, réputés insatiables. Même si le seul suspense dans la course au titre reste la date du sacre de Liverpool, qui compte une avance inouïe de 25 points sur son dauphin Manchester City.

Ce n’est pas l’avis de Mark Doidge, de l’Université de Brighton : selon ce chercheur en sociologie du sport, sans supporteurs en tribunes, la Premier League pourrait perdre son charme comme sa spécificité. « À court terme, il se peut qu’il y ait des gens qui veuillent regarder des matches à la télévision, convient-il. Mais je pense que l’effet de nouveauté s’évanouira très rapidement quand on réalisera qu’en fait, une grande partie de ce qui anime le jeu n’est pas seulement les gens sur le terrain, mais les gens dans les tribunes. » Dans les stades anglais, fans et joueurs interagissent pour créer une énergie et une émotion collectives, selon lui. « Cette atmosphère collective fait partie intégrante du jeu, professe-t-il. S’il n’y a pas cela pour alimenter les matches, la qualité du football et, finalement, l’expérience télévisuelle seront-elles au rendez-vous? » s’interroge-t-il.

La question risque de se poser au-delà de la fin de l’exercice en cours : les clubs de Premier League planchent déjà sur des plans d’urgence pour jouer la totalité de la saison 2020-2021 à huis clos, selon la presse britannique. Reste à savoir si cela contentera les joueurs, les diffuseurs et les supporteurs dans leur canapé...

D’autre part, pour ne rien arranger, la Professional Players’ Association, le syndicat des joueurs anglais, a évoqué hier l’hypothèse d’un raccourcissement des matches de foot en cas de reprise de la compétition. « Nous ne connaissons pas l’avenir. Ce que l’on sait, ce sont les propositions qui ont été faites, la possibilité d’avoir plus de remplaçants et des matches qui ne fassent pas forcément deux fois 45 minutes », a indiqué le président du syndicat, Gordon Taylor, sur la BBC. Cette proposition doit être impérativement validée par l’International Board (IFAB), l’organisme garant des règles du jeu, avant que des ligues nationales puissent l’appliquer.

Source : AFP

Une reprise du football sans âme ? La Premier League s’échine à surmonter d’immenses défis logistiques pour permettre un redémarrage qui se fera forcément à huis clos. Une atmosphère particulière qui fait craindre une désaffection des supporters au pays du « beautiful game ». Dernier haut responsable à admettre l’évidence, le président de la Fédération anglaise de football, Greg Clarke, a reconnu lundi que les mesures de distanciation mises en place face à la pandémie de coronavirus empêcheraient les supporteurs de se rassembler « de sitôt » dans les stades. Leurs clubs, en revanche, espèrent y faire leur retour au plus vite.Au cœur du Project Restart de la Premier League, visant à sauver la fin de saison du championnat anglais : éviter pour les clubs de se priver des lucratifs...
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