Faute de pouvoir présenter leurs œuvres lors des festivals reportés ou annulés pour cause de coronavirus, des réalisateurs d’Hollywood cherchent des alternatives ingénieuses pour faire malgré tout parler d’eux, allant parfois jusqu’à organiser les fameux tapis rouges dans leur salon. Des festivals très courus, comme South by Southwest (S x SW) au Texas ou Tribeca à New York, ont jeté l’éponge en raison de la pandémie, chamboulant le marketing de quelques grosses productions et laissant sur le carreau des centaines de cinéastes indépendants qui misaient sur ces projections pour vendre leurs films.
Les auteurs de The Carnivores, un étrange mélange de thriller et de romance qui devait lancer sa promotion à S x SW, ont pris les choses en mains : la première mondiale aura bien lieu, au domicile du réalisateur, à Austin. « Nous avons un service traiteur, un tapis rouge, un photographe. On a même la presse locale », énumère Caleb Michael Johnson. Le tapis rouge reliera le porche d’entrée à un stand de tacos dressé dans le jardin, traversant toute la maison. L’idée est venue dans un bar, le soir même où les organisateurs ont dû se résoudre à annuler le festival d’Austin. « On n’était même pas vraiment ivres », explique le cinéaste Adam Minnick. La star américaine David Arquette a choisi la même stratégie marketing pour un documentaire sur son passage controversé dans le monde du catch professionnel. En l’espace de 24 heures, l’acteur a réorganisé la présentation à son domicile près d’Hollywood : réalisateur rapatrié depuis la côte est, ravitaillement en boissons diverses dans un supermarché de gros et projection dans le séjour pour des invités installés sur les sofas ou assis par terre, raconte le Los Angeles Times.
Selon Caleb Michael Johnson, les invités redoutent moins d’être infectés par le coronavirus dans ce genre d’événement en petit comité. Mais devant la psychose suscitée par le Covid-19, certains se sont tournés vers la technologie pour se passer totalement de contact humain. C’est le cas de David Magdael, publiciste qui avait programmé quatre premières mondiales au festival S x SW. Il avait envisagé comme solution de repli d’organiser des projections directement dans les bureaux des grandes agences d’Hollywood, mais a dû y renoncer lorsque la plupart d’entre elles ont fermé leurs portes. Heureusement pour lui, la presse spécialisée comme IndieWire entend publier ses critiques comme prévu et il peut donc leur fournir les films à visionner via internet, tout comme aux jurés de S x SW qui a malgré tout maintenu sa compétition. Spencer Folmar va lui aussi devoir miser sur internet pour diffuser son nouveau film, Shooting Heroin, consacré à la crise des opiacés qui ravage les États-Unis ces dernières années.
Les dégâts provoqués par l’annulation des grands rendez-vous du divertissement sont parfois difficiles à compenser. Pour son documentaire musical Tomboy, consacré à quatre batteuses célèbres, Lindsay Lindenbaum comptait sur S x SW pour boucler les financements qui lui auraient permis d’acquérir de coûteux droits musicaux. Elle aurait notamment besoin du tube de Marvin Gaye What’s Going On, sur lequel l’une des stars de son film, Bobbye Hall, joue de la batterie et qui est au cœur de son film. Pour y parvenir, la cinéaste va tenter de passer par un financement participatif sur internet. Ashley Eakin misait sur le festival pour faire connaître sa comédie Single, sur un rendez-vous galant réunissant deux personnes handicapées, et craint d’avoir tout perdu aujourd’hui.
Source : AFP

