La célèbre Vittorio Emanuele II galleria à Milan, pratiquement désertée par les touristes et les clients, hier. Miguel Medina/AFP
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a qualifié hier l’épidémie du Covid-19, qui a contaminé plus de 110 000 personnes dans le monde, dont 20 000 en Europe, depuis fin décembre de « pandémie », mais a assuré que le coronavirus pouvait « être maîtrisé ». Au cours des deux dernières semaines, le nombre de cas en dehors de la Chine a été multiplié par 13 et le nombre de pays touchés a triplé, selon l’OMS. « Nous avons donc estimé que le Covid-19 peut être qualifié de pandémie », a déclaré le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, en conférence de presse à Genève. « Nous n’avons jamais vu une pandémie déclenchée par un coronavirus », a-t-il dit. « Décrire la situation comme une pandémie ne change pas l’évaluation de la menace posée par ce coronavirus. Cela ne change pas ce que fait l’OMS et cela ne change pas ce que les pays devraient faire », a-t-il affirmé. Le patron de l’OMS a estimé que dans « les jours et les semaines à venir », le nombre de cas, de décès et de pays touchés allait augmenter. Mais il a appelé, une fois de plus, les pays à agir pour « contenir » l’épidémie, qui a fait plus de 4 000 morts dans le monde. « Nous devons être plus agressifs, a insisté Tedros Adhanom Ghebreyesus. Plusieurs pays ont démontré que le virus peut être supprimé ou maîtrisé. »
La vie quotidienne des populations est chaque jour plus perturbée, de la limitation des déplacements aux fermetures en cascade de lieux publics à cause de la menace du coronavirus. Situation unique, les 60 millions d’Italiens étaient appelés à rester chez eux hier pour la deuxième journée consécutive. L’Italie, qui compte désormais plus de 10 100 cas, dont plus 630 morts, est en outre de plus en plus isolée avec la multiplication par certains de ses voisins des mesures de précaution, Autriche et Slovénie en tête, tandis que de grandes compagnies aériennes l’évitent et que les touristes la fuient massivement.
Finies les foules sur la place Saint-Pierre à Rome, le long des canaux à Venise ou sur le site archéologique de Pompéi près de Naples. Bars et restaurants sont ouverts de 6h à 18h, mais il faut y respecter une distance d’au moins un mètre entre clients. Et l’audience hebdomadaire du pape s’est effectuée hier par vidéo.
Pour Stefano Ruggiero, qui gère une parfumerie près du Ponte Vecchio à Florence, « jamais la rue n’a été aussi calme » depuis l’ouverture de son établissement en 1911. « Même après la terrible inondation de 1966, quand la boue (déposée par les eaux débordant du fleuve, l’Arno) avait tout dévasté, il y avait plus de gens ».
Aggravation aussi en Espagne, où les cas ont presque quadruplé depuis dimanche pour dépasser les 2 000. Conséquence, les écoles de la région de Madrid ont été fermées. Une décision similaire a été prise hier à l’échelle de toute la Pologne, de l’Ukraine et du Qatar qui ont ainsi emboîté le pas à une quinzaine d’autres pays.
Au Koweït, les autorités ont non seulement interdit de se rendre dans « les restaurants, les cafés et les centres commerciaux », mais ont suspendu tous les vols commerciaux à destination et en provenance de l’aéroport international de la capitale.
Aides massives
Confrontés aux craintes d’une crise économique majeure, les grands argentiers de la planète ont annoncé des aides souvent massives, l’Allemagne se disant par exemple pour la première fois prête à renoncer à la sacro-sainte règle du zéro déficit budgétaire, souvent critiquée à l’étranger. Dans ce contexte, la chancelière allemande a prévenu hier, en citant des « experts », que « 60 à 70 % » de la population allemande pourrait à terme être infectée si aucun traitement ni vaccin ne sont découverts dans les prochains mois. L’Allemagne mettra en œuvre « tout ce qui est possible » pour « sortir de cette situation et, après coup, nous verrons ce que cela a signifié pour notre budget », a détaillé la chancelière.
Fonds d’investissement de 25 milliards d’euros évoqué par la Commission européenne, enveloppe du même montant annoncée hier en Italie, plan de 30 milliards de livres rendu public au Royaume-Uni – où la banque centrale a par ailleurs fortement abaissé ses taux –, prochaine présentation aux États-Unis d’un programme de soutien – sur lequel le gouvernement travaille « à temps plein » –, milliard de dollars canadiens promis par Ottawa, la liste est impressionnante.
Ce qui n’a pas empêché les Bourses européennes comme Wall Street de perdre du terrain hier. Il faut dire que 75 % des firmes américaines constatent des difficultés dans les chaînes d’approvisionnement, tandis que l’OPEP a fortement revu à la baisse ses prévisions de croissance de la demande mondiale de pétrole en 2020.
Et ce au moment même où, en Chine, des entreprises de Wuhan, la ville de 11 millions d’habitants confinés depuis le 23 janvier où est apparu en décembre le nouveau coronavirus, ont été autorisées hier à reprendre leurs activités. L’heure y est à l’assouplissement avec la chute spectaculaire du nombre des nouveaux cas quotidiens de contamination – 24 et 22 décès supplémentaires.
Principe de précaution
Dans le reste du monde, la plus extrême prudence reste cependant de mise. La Colombie et l’Argentine vont ainsi placer en quarantaine les personnes arrivant des pays les plus touchés, dont la Chine et l’Italie, cependant que Malte a suspendu ses liaisons aériennes avec la Suisse, l’Allemagne, la France et l’Espagne
L’exercice Cold Response 2020, qui devait impliquer plus de 15 000 soldats de l’OTAN dans le nord de la Norvège, a été annulé, à l’instar, au Japon, des principales cérémonies publiques pour commémorer le tsunami du 11 mars 2011. Et la réunion ministérielle du G7 de Pittsburgh, aux États-Unis, se fera par téléconférence.
Sans parler des reports en cascade des grands rendez-vous sportifs et des matches de football joués à huis clos.
Le Covid-19 a tué dans le monde 4 281 personnes pour 118 554 cas de contamination, selon des chiffres officiels compilés hier. La Chine (hors Hong Kong et Macao) a à elle seule recensé 80 778 personnes atteintes, dont 3 158 sont mortes. L’Iran compte désormais près de 9 000 cas et 354 décès, la Corée du Sud 7 755 cas et 54 morts et le Qatar 238 nouveaux cas.
La Belgique, l’Indonésie, la Suède, l’Albanie, l’Irlande et la Bulgarie ont annoncé leurs premiers morts. Aux États-Unis, qui comptent 1 001 cas et 28 décès, selon l’université Johns Hopkins, la garde nationale va être déployée à New Rochelle, en banlieue nord de New York, dans une « zone de confinement », le principal foyer du coronavirus de la région.
La France a enregistré quinze nouveaux décès dus au coronavirus, portant le bilan total à 48 morts sur 2 281 cas confirmés depuis fin janvier. L’Hexagone accélère les préparatifs dans la perspective d’un pic de l’épidémie, sur laquelle le président Emmanuel Macron s’exprimera aujourd’hui.
Source : AFP


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