« Le souvenir, c’est la présence invisible. »
Victor Hugo
Qui aurait dit, mon cher Robert, qu’un an après nous avoir si brusquement quittés, emportant avec toi ton sourire affable, ta sérénité exemplaire et ton allure élégante, tellement d’événements allaient secouer notre Liban, cette République qui était si chère à ton cœur et que tu as servie avec tellement de patriotisme et de conviction ! Je ne citerai d’ailleurs pas à cette occasion toutes les responsabilités que tu y as occupées, avec dignité, discrétion et succès, parce que ton humilité s’en offusquerait. Je ne peux quand même pas passer sous silence ton action au service de la chose publique. Tu y as, en effet, en tant que président de la commission parlementaire de l’Administration et de la Justice, initié, orienté et fait voter un nombre impressionnant de lois qui marqueront certainement l’histoire législative de nos institutions.
Et pour revenir à la situation qui prévaut aujourd’hui au niveau national, qui aurait pu penser, même aux moments de nos espoirs les plus fous, au lendemain de la guerre de 1975 et de cette abominable tutelle syrienne subie par notre peuple quinze ans durant, que viendrait un jour où musulmans et chrétiens, ignorant leurs appartenances religieuses et politiques, se révolteraient contre leurs leaders traditionnels ? Qui aurait pu penser qu’ils investiraient la main dans la main les places publiques, dans toutes les régions, sous leur seule identité libanaise, pour réclamer, comme tu l’aurais souhaité toi-même, le rétablissement d’une nation juste, stable et transparente ?… Une nation assainie économiquement et financièrement de ses corruptions, et apte à devenir un jour prochain un État de droit autonome, équilibré, libre, civil, démocratique, indépendant et souverain.
Cette révolution d’octobre 2019 est certainement exceptionnelle par sa portée et ses symboles, elle est d’autant plus significative qu’elle était inattendue. Elle est l’expression de ce grand peuple libanais, et surtout de toute sa jeunesse, femmes et hommes qui ont pris conscience de la nécessité de mettre un terme à tous les dérapages, exactions et corruptions diverses, qui ont conduit à l’effondrement économique, social et politique de l’État.
Ton absence dans ces circonstances exceptionnelles est regrettable car tu aurais certainement pu être l’homme de la situation ayant le profil le plus adéquat pour gérer cette crise très grave qui secoue le pays du Cèdre ! Ta sagesse, ton expérience dans les domaines public et privé, le respect de tous pour ta démarche démocratique, ton action intègre et transparente, ta vision politique de l’évolution des institutions de la République, auraient conforté ce rôle tant souhaité par tous les jeunes, en faveur de la renaissance et du changement.
Mais de là ou tu te trouves, prie pour nous tous, pour les tiens en premier lieu, ainsi que pour tous les citoyens de ce pays que tu as servis et chéris. Protège et inspire cette jeunesse afin qu’elle réussisse, malgré tous les obstacles, à reconstruire ce nouveau Liban auquel elle rêve et où elle veut y faire sa vie sans avoir jamais à le quitter.
Je voudrais enfin que tu saches que tous tes amis de promotion continueront en présence, quand faire se peut, de Viviane, ta compagne de vie et l’amie de tous, à penser à toi avec nostalgie et beaucoup d’amitié, à chacune de leurs rencontres. Ce souvenir des moments passés entre amis restera certainement le plus beau voyage que l’on puisse faire, il marquera à jamais la mémoire et la vie de chacun de nous.
À tantôt l’ami.
Salim F. DAHDAH

