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Monde - Arabie saoudite

À Riyad, les réformes sociales pas au goût de tous

Des Saoudiens déplorent la rapidité des changements face à une société qu’ils estiment non préparée.

Des Saoudiens lors du festival de musique « MDL Beast Fest », le 19 décembre 2019 à Riyad. Fayez Nureldine/Photo d’archives AFP

Dans le centre de Riyad, Ibrahim lance un regard de désapprobation au passage d’une jeune fille en jean serré à peine recouvert par une abaya. Pour ce Saoudien, les réformes sociétales ont été trop « rapides et brutales » dans le royaume ultraconservateur. « Les fêtes bruyantes, la mixité, l’indulgence dans la tenue des femmes, leur permettre de fumer en public, tout cela ne peut se passer dans le pays abritant les deux lieux saints » de l’islam – La Mecque et Médine –, dit ce professeur d’arabe de 55 ans à la petite barbe blanche. « Il y a toujours eu une sorte de dégénérescence cachée, comme dans tous les pays, mais désormais c’est au grand jour », juge ce père de cinq enfants qui a préféré ne pas donner son nom de famille. Il se dit partisan d’une liberté « sous contrôle ».

Sous l’impulsion du prince héritier Mohammad ben Salmane, l’Arabie saoudite a connu depuis 2017 des changements sociaux dans un pays connu pour son rigorisme religieux, une stricte séparation des sexes et la rareté des divertissements décriés par les conservateurs. Les femmes ont été autorisées à conduire, à assister à des matches dans les stades ou à des concerts de musique aux côtés des hommes. Les cinémas ont rouvert, les spectacles pour les jeunes se multiplient et l’activité de la police des mœurs a été réduite. Qualifié par certains de Woodstock saoudien, le festival américain de musique, référence de la génération hippie de 1969, Riyad a accueilli fin 2019 le « MDL Beast », présenté comme le plus grand événement musical jamais organisé par le royaume. Même si de nombreuses restrictions restent en vigueur, en particulier pour les Saoudiennes toujours largement sujettes à la tutelle masculine, cette ouverture a été applaudie surtout par les jeunes qui se réjouissent de retrouver les divertissements, devenus monnaie courante dans d’autres pays du Golfe.


(Lire aussi : « Personne ne connaît vraiment l’étendue de l’influence du roi Salmane sur le prince héritier »)



« Changement fragile »

Des responsables religieux proches du gouvernement ont approuvé ces changements jugés non contraires à l’islam. Quant aux conservateurs qui désapprouvent, ils se gardent généralement d’émettre toute critique publique. Des militants ont rapporté l’arrestation du religieux Omar al-Muqbil pour avoir accusé les responsables chargés d’organiser les spectacles « d’effacer l’identité originelle de la société saoudienne ». Les voix critiques du gouvernement, elles, restent dans le collimateur des autorités. Plusieurs dissidents, dont des militantes féministes appelant à plus de droits, restent détenus.

Même parmi les jeunes, les changements ne font pas que des heureux. Manar Sultan, une étudiante de 21 ans, regrette que l’ouverture ait eu lieu sans que la société n’y ait été « préparée ». « Nous sommes passés d’un extrême à l’autre en un clin d’œil. » « Le changement est très fragile. Beaucoup de gens le soutiennent et beaucoup d’autres s’y opposent », observe un diplomate basé à Riyad, disant craindre des frictions entre les deux camps.

Plusieurs voitures appartenant à des femmes ont été incendiées, selon les médias locaux qui accusent des extrémistes opposés à ce qu’elles conduisent. Dans ce qui a été perçu comme la première campagne de rappel à l’ordre moral depuis l’assouplissement des restrictions, les autorités ont arrêté en décembre une centaine de personnes pour « indécence » ou port de « vêtements inappropriés ». Pour un responsable saoudien qui a requis l’anonymat, « les Saoudiens ont besoin (de ces réformes) pour qu’ils aient le sentiment de mener une vie normale ».


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