Il est des vies comme des astres qui, longtemps après s’être éteintes, continuent de rayonner au firmament et d’illuminer l’univers. La vie d’André Kamel est de celles-là. Avec son sourire qui éclairait d’une lumière paisible son visage aux traits fins et ses yeux bleus, même au plus fort des tempêtes, cet homme hors du commun instillait force et confiance à son entourage et l’on osait croire qu’il serait là toujours, éternellement. Il était en effet plus grand que la vie, « bigger than life ». Ingénieur devenu président de Dumez International, dont il a contribué à faire le premier groupe de BTP français à l’export, André Kamel fait partie des derniers conquérants de l’inconnu : il a édifié sa carrière sur le terrain, en défrichant la brousse africaine pour construire des routes, des ponts et des digues, dans une vie qui ressemble à une épopée, admirablement soutenu par son épouse Rolly.
Ce fils de Bickfaya appartient à une génération de Libanais qui se sont taillé dans le monde une place au soleil par le talent, la témérité et d’exceptionnelles qualités de visionnaire. Il était de cette race de bâtisseurs qui concrétisent leurs rêves ; détenteur des plus hautes décorations, tutoyant les chefs d’État, il exerçait son autorité avec fermeté, droiture et sensibilité.
André Kamel ne s’est jamais laissé griser par le succès, mais plutôt par les grands espaces de l’Afrique, du Kenya au Nigeria et à la Namibie, là où il aimait être au plus près de la nature, de la liberté, de l’authenticité. Guère enivré par les honneurs et les hommages qui lui ont été rendus, il avait compris très tôt où se situe l’essentiel. Aussi, son plus bel ouvrage a été celui qu’il a élevé avec Rolly, la fidèle compagne de sa vie : sa famille, pour laquelle il a consacré tout son temps libre et à qui il a communiqué ses diverses passions. Une belle grande famille de quatre générations aujourd’hui, soudée par le plus solide des ciments, celui de l’amour, et réchauffant au feu bienfaisant de sa cheminée à La Chevreuse les cœurs des parents, des cousins et des amis réunis. Les week-ends prenaient alors des airs de Noël. Assis en tête de table, le pater familias présidait le repas avec son sourire bienveillant, attentif à chacun. Il était l’arbre protecteur, comme celui qui étend, au fond du parc, son aile sur la petite chapelle en bois de cèdre qu’il a érigée en la dédiant à sainte Isabelle, du nom de sa mère. « L’homme résiste moins aux orages que les monuments élevés par ses mains », écrit Chateaubriand. Rien n’égale une famille bâtie comme une cathédrale. C’est tout le sens d’une vie vécue et partagée en abondance. À Dieu, André, repose en paix.
Carole H. DAGHER

