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Culture - Rencontre

Russel Weismann : L’orgue, c’est comme un caméléon...

Ce soir, à l’église Notre-Dame de la Médaille miraculeuse à Achrafieh, parallèlement à la colère populaire qui gronde depuis plus de cent jours, l’orgue tonnera. Comme une parenthèse céleste, un état de répit et de grâce offert par l’organiste américain.


Russell Weismann. Photo DR

Invité de la 5e édition du festival de l’orgue au Liban (SOL) qui se déroule jusqu’au 2 février aux quatre coins du pays, Russel Weismann donne deux concerts, ce soir à Achrafieh* et demain à Tripoli**.

L’organiste de Pittsburgh, de père allemand et de mère italienne, concertiste depuis plus de douze ans et professeur universitaire à Georgetown après un doctorat sur les compositeurs pour orgues allemands, est rejoint par le trompettiste Viaceslav Bilia qui offre aussi, en quelques interludes, ses sons cuivrés.

Premier voyage au pays du Cèdre, dans un contexte particulier, pour le musicien américain qui dit être emballé par la beauté des paysages, de la mer, de la montagne, de la neige et surtout l’amabilité, la gentillesse des Libanais ainsi que leur intérêt pour la musique... Il souligne aussi avoir été quelque peu surpris par l’état des routes, les embouteillages et surtout la conduite particulière des automobilistes...Trente-huit ans, les cheveux coupés courts, la barbe soignée, c’est ainsi que se présente ce catholique pratiquant qui eut le coup de foudre pour l’orgue dans une église.

Depuis, il n’a plus quitté la console (claviers et commandes), le buffet et les soufflets de ce majestueux instrument roi…

L’histoire remonte à l’enfance, bien entendu. « Mon frère était supersportif. Je voulais entrer en compétition avec lui. Alors à six ans, j’ai choisi le piano que j’ai beaucoup aimé. Bien sûr, rien à voir avec le sport mais, pour le battre, j’ai opté pour un autre terrain… Et puis à douze ans, aux premières messes que je commençais à suivre, ma rencontre avec l’orgue, dès les premiers instants, fut décisive. L’instrument en imposait et je trouvais que son rayonnement dépassait celui du piano… » raconte-t-il.



Entre jovialité italienne et rigueur germanique
Comment définir l’orgue ? « L’orgue, c’est beau, mais surtout, c’est un instrument versatile. Il peut jouer la douceur comme la violence. Il reflète quantité d’émotions différentes. L’orgue change de peau, comme un caméléon… » explique Russel Weismann. Admiratif devant les performances des grands organistes (il nomme les disparus et les vivants : Olivia Latry, Johan Vexo, Pierre Cochereau), fervent lecteur avec une propension pour les romans modernes, envoûté par les compositeurs pour orgues allemands (Bach, Schmidt, Rheinberger, Walter), Russel Weismann, contre toute attente, aurait voulu être… un pianiste de jazz ! Paradoxe de la vie pour ce sportif qui pratique le football américain avec ses neveux, cuisine des pâtes (puisqu’il partage son ADN entre jovialité italienne et rigueur germanique) et dévale les pentes en ski tout en se disant peu sportif.

Son meilleur souvenir de concertiste, lui qui a sillonné la planète, de l’Europe à l’Asie en passant par l’Afrique, est le premier concert donné au Kennedy Center à

Washington, D.C. Et le plus mauvais souvenir ? Celui de ce concert à l’église Saint Paul, dans le Minnesota, alors qu’il faisait moins 23 degrés Celsius et que le public ne comptait que trois personnes. « Par ce temps, moi-même je ne serais pas venu ! » lâche-t-il pince-sans-rire.

Quelles sont les qualités d’un bon organiste ? « La patience, le labeur et une grande dévotion pour l’orgue, le plus difficile des instruments à jouer… » répond-il sans hésiter.

Et pour ce soir, que réserve l’organiste au public ? Bien sûr, des pages de compositeurs américains et allemands. Il y aura les partitions du Texan David N. Johnson

(Le Trumpet Tune est le morceau sélectionné), trois œuvres (préludes) de Bach, un opus de Böhm (Freu dich sehr, o meine seele – Réjouis-toi ô mon âme) et pour terminer un prélude et fugue de Frantz Schmidt. Un menu alliant les harmonies modernes de Johnson, la virtuosité du « cantor », la variété des sons de l’orgue de Böhm et la joie de l’Hallelujah de Schmidt…

Les projets d’avenir après ce concert ? À la fois très sage et toujours d’une infatigable activité, l’organiste retourne à son cursus pour préparer, à Washington où il vit, ses concerts, reprendre ses cours à l’université et surtout peaufiner son premier CD qui sera en mars prochain dans les bacs. Avec une compilation, jouée sur un orgue Bacherath, des compositeurs allemands qu’il affectionne, à savoir, une fois de plus, Bach, Schmitt, Rheinberger, Walter sous le titre de Wonderful Splendor (merveilleuse splendeur !).

Un dernier mot aux auditeurs et festivaliers qui, même par temps de crise sociale et politique, contre vents et marées, viendront l’applaudir ? « Je suis très heureux d’être au Liban et de pouvoir rapporter avec moi en Amérique les beaux souvenirs de ce pays », dit-il.

*Concert ce lundi 27 janvier au soir dans le cadre de la Semaine de l’orgue au Liban, avec Russel Weismann (orgue) et Viaceslav Bilio (trompette), à l’église Notre-Dame de la Médaille miraculeuse(Achrafieh). Entrée libre à 20h.

**Demain mardi 28 janvier, Russel Weismann est rejoint par Mona Hallab (soprano) pour un concert célébrant le 800e anniversaire du pèlerinage pour la paix au Moyen-Orient de saint François, au monastère Saint-François à Tripoli el-Mina, 19h.


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