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Moyen Orient et Monde

Khamenei réaffirme la ligne dure du régime

Éclairage

Le guide suprême iranien a martelé hier la fermeté de sa position vis-à-vis de Washington et de la contestation interne.

18/01/2020

La scène est surprenante. Au cours de la grande prière hebdomadaire du vendredi à la mosquée Mosalla de Téhéran, le président iranien Hassan Rohani se lève brusquement et quitte les lieux, suscitant les regards curieux d’une partie de l’assemblée. Selon certains commentaires sur les réseaux sociaux, le geste de M. Rohani est d’autant plus étonnant que, pour la première fois en huit ans, c’est le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, qui dirige la prière, dans un contexte tendu, marqué par une défiance accrue vis-à-vis des États-Unis depuis l’assassinat par un raid américain à Bagdad de l’ancien commandant en chef de la brigade al-Qods, Kassem Soleimani. Une opération à laquelle l’Iran avait riposté en attaquant à coup de missiles des bases américaines en Irak. Cette intervention du numéro un du régime s’inscrit également dans le cadre d’une nouvelle vague de protestations dans le pays – quoique de moindre ampleur que les manifestations de novembre dernier – qui a suivi le crash de l’avion ukrainien, abattu par erreur par un tir de missile iranien et ayant fait 176 morts, majoritairement irano-canadiens.

Les prises de parole publiques du leader suprême s’inscrivent toujours dans un contexte de crise. Son dernier sermon avait eu lieu en 2012, dans le cadre de la première vague du printemps arabe qui s’était emparée de la région. Auparavant, il s’était exprimé lors du Mouvement vert de 2009, lorsque des manifestations de grande ampleur avaient pris de court le pouvoir pour contester le résultat de l’élection présidentielle.

En interne, le régime semblait gérer la vague de manifestations contre les autorités, depuis samedi dernier, suite au crash de l’avion ukrainien, avec plus de flexibilité que celle de novembre. Alors qu’au cours de cette dernière, l’internet avait été complètement bloqué pendant une dizaine de jours, les images de manifestants scandant des slogans contre le pouvoir, voire déchirant des portraits de Kassem Soleimani, ont cette fois-ci afflué en nombre sur les réseaux sociaux. Chose rare, même la télévision d’État a évoqué à l’antenne la contestation et mentionné que des étudiants avaient scandé des slogans contre le régime.


(Lire aussi : Rohani veut éviter "la guerre" et défend le dialogue)



Défense du statu quo

Les propos du guide suprême iranien hier sont pourtant apparus comme un rappel aux fondamentaux, faisant valoir un discours de fermeté contre les Occidentaux, au premier rang desquels les États-Unis, et contre la contestation. Il a ainsi déclaré que les tirs de missiles iraniens sur des cibles américaines en Irak démontraient qu’il disposait du soutien « divin » pour « gifler au visage » Washington. « Le fait que l’Iran ait le pouvoir de donner une telle gifle à une puissance mondiale montre la main de Dieu », a-t-il dit. « Le discours de l’ayatollah Ali Khamenei n’était ni dans l’escalade ni dans la désescalade. Le sermon était plutôt une énonciation forte que rien n’avait changé, que les politiques iraniennes resteraient les mêmes », commente, pour L’Orient-Le Jour, Afshon Ostovar, professeur assistant à la National Security Affairs à la Naval Postgraduater School. « Il a, à nouveau, témoigné d’une position sans compromis qui implique que l’Iran continuera d’appuyer des politiques destinées à tester les lignes américaines », ajoute-t-il.

Le sermon a également sonné comme une ode aux gardiens de la révolution iranienne et au général Soleimani, dont Ali Khamenei a loué les actions dans la région pour la sécurité du pays. L’homme fort de l’Iran est également revenu sur le crash du Boeing ukrainien qu’il a qualifié d’« accident amer » qui a « brûlé notre cœur », avant de s’attaquer à ceux qui chercheraient à exploiter le drame pour faire vaciller la République islamique, pointant du doigt les manifestations à Téhéran et ailleurs, qui dénoncent les mensonges du pouvoir dans la gestion de la catastrophe. « On se trouve, à nouveau, dans l’idée de la résistance, dans la défiance à l’égard des Occidentaux, Européens compris, ainsi que dans la défense du statu quo du système. Ce sont les pasdaran qui ont été mis à l’honneur ainsi que leur action dans le voisinage de la République islamique », résume Jonathan Piron, conseiller au sein d’Etopia, centre de recherche basé à Bruxelles. « Le message politique est donc destiné à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de l’Iran. C’est un discours qui favorise les durs du système, dans un contexte notamment électoral », poursuit-il.


(Pour mémoire : Nouvelles manifestations en Iran, « l’unité nationale » post-Soleimani remise en cause)



Crise de confiance

Le discours du guide suprême tranche avec les propos tenus par le président iranien ces derniers jours, qui témoignent d’une volonté claire de désescalade. M. Rohani avait ainsi affirmé jeudi que l’Iran avait obtenu « la compensation militaire » voulue pour la mort de Soleimani. « Les gens nous ont élus pour faire baisser la tension et l’animosité » entre Téhéran et le monde, avait-il ajouté.

Concernant les dernières manifestations, Hassan Rohani a reconnu de manière indirecte l’existence d’une crise de confiance envers le pouvoir, dans le sillage du crash de l’avion ukrainien. Le président iranien semble également vouloir calmer la rue et rassembler la population autour du drapeau national. Il a ainsi plaidé mercredi dernier pour une meilleure gouvernance et plus de pluralisme. « Rohani est dans la situation d’un président en fin de mandat, confronté finalement à l’échec de ses projets politiques. Élu autour du slogan “Omid”, c’est-à-dire l’espoir, l’héritage de Rohani est aujourd’hui de plus en plus critiqué : l’échec de l’accord sur le nucléaire évidemment, mais aussi l’impossibilité de répondre à la crise économique ainsi qu’aux demandes sociales », analyse Jonathan Piron. « Rohani tente donc, alors que les élections législatives s’approchent, de remobiliser, en insistant sur la réconciliation nationale et en lançant des ballons d’essai sur des réformes de gouvernance. Sans succès cependant. Son mandat est pratiquement terminé, sa voix n’a presque plus d’écho. Une preuve en est notamment le sermon à la prière du vendredi, prononcé par le guide Khamenei, qui ne revient sur aucune de ses propositions », ajoute-t-il.

Quelle que soit l’approche de Hassan Rohani dans la gestion des tensions avec Washington ou des crises en interne, c’est finalement à Khamenei que reviennent les décisions finales sur tous les grands dossiers. Son discours témoigne de sa volonté d’unir la nation, mais autour d’une ligne dure. Alors que le régime semblait avoir gagné en soutien suite à l’assassinat de Kassem Soleimani, le crash du Boeing ukrainien a ravivé les dissensions au sein de la société iranienne. « L’affaire du vol PS752 a effacé toute la sympathie que la plupart des Iraniens ont eue pour le régime après la mort de Soleimani. Le moment du patriotisme de masse a été de courte durée et éclipsé par la tragédie du vol d’Ukraine Air », commente M. Ostovar. Et de poursuivre : « Cela ne signifie certainement pas pour autant que les Iraniens soutiendraient une action militaire contre leur pays, mais que les avantages dont le régime a pu bénéficier suite à l’assassinat de Soleimani sont probablement passés. »


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Irene Said

Ils sont drôles, nos deux amuseurs publics préférés avec leurs sempiternelles déclarations, mises en garde menaçantes, en anglais ou en langue perse !

Il est vrai qu'on a droit, à chaque fois, à une photo d'eux...le cheveux jaune vieille ficelle au vent...

ou plein de turbans blancs et noirs tout autour...et...on croit deviner un tapis de prière chauffé pour le turban noir suprême...ouauuuuuuh !!!
Ainsi les prières arrivent toutes chaudes chez son divin préféré !
Irène Saïd











L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

CELUI-LA IL VIT A L,EPOQUE NEANDERTHALIENNE.

HABIBI FRANCAIS

Rohani doit etre le Gorbachev iranien....celui qui fera tomber ce regime diabolique depuis l interieur.....

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