Rechercher
Rechercher

Monde - Syrie

À Soueida, des manifestations contre la cherté de vie

La province druze, au sud de Damas, est la région au plus haut nombre de défections de l’armée.

Une manifestation a éclaté hier sur la place du Président dans la ville syrienne de Soueida. Photo Twitter

On est loin de la rébellion contre le régime, encore plus d’un mouvement anti-Assad. Mais les manifestations qui ont éclaté dans la province de Soueida hier pour dénoncer les conditions économiques désastreuses disent quelque chose de l’ambiance actuelle en Syrie. Une cinquantaine de protestataires se sont réunis sur la place du Président dans le centre-ville de Soueida ainsi qu’à Chahba. Cette région située au sud de Damas, et contrôlée par le régime, est le cœur syrien de la minorité druze, qui est restée loyale au régime durant le conflit. « Les gens se sont réunis autour du slogan “on veut vivre”. Tout le monde est à bout et ne veut plus se taire. Il n’y a pas de gaz, pas de carburant et les prix sont très élevés. Nous espérons faire passer le message directement à Bachar el-Assad », explique à L’Orient-Le Jour le directeur de l’agence d’information de Soueida (SNN), via Facebook.

La dépréciation de la livre syrienne est arrivée à son point le plus haut avec un taux au marché noir de plus de 1 000 LS pour un dollar. Des militants sur les réseaux sociaux avaient appelé à des manifestations pour dénoncer également la déconnexion du régime avec la réalité, après que la conseillère du président syrien Bouthaina Chaaban a récemment déclaré à la chaîne libanaise al-Mayadeen (proche du Hezbollah) que « l’économie syrienne est 50 fois meilleure qu’elle ne l’était avant le déclenchement de la guerre en Syrie ». Pour les habitants des régions sous contrôle de l’État, la survie se mesure en termes économiques et sociaux. Or, le pays ne parvient pas à sortir de la faillite et se trouve confronté à une crise d’une ampleur inédite. La population vivant dans les zones progouvernementales ne manifestent pas nécessairement leur colère par peur de représailles. La semaine dernière, les sociétés de transport reliant la région de Soueida à la capitale avaient augmenté leur prix de 30 %, avant de faire marche arrière à cause d’une vague de réprobation, notamment sur les réseaux sociaux. Beaucoup d’étudiants et de travailleurs utilisent ces moyens de déplacement pour rallier Damas. « Les gens de Soueida ont également dénoncé l’absence de services et de sécurité, tout en exprimant leur colère contre des fonctionnaires corrompus sans toutefois les nommer », résume Souhail al-Ghazi, chercheur et activiste de l’opposition syrienne, contacté via Twitter.

Nour*, dont le cousin manifestait hier sur la place de Soueida, comprend que certains osent afficher en pleine rue leur ras-le-bol. « C’est bien que des gens le crient haut et fort, car la situation est catastrophique, même si, au final, il n’y a que quelques personnes qui se sont réunies. Attention, personne ne critique le régime, il n’y a rien de politique à cela, il s’agit juste de dénoncer la cherté de la vie », dit-il. « Le régime est corrompu, mais Bachar est très apprécié dans l’ensemble du pays », assure-t-il.

Défections de l’armée

Dans un souci de préserver la communauté, les chefs druzes auraient obtenu une exemption de facto du service militaire en échange de leur soutien tacite au régime. « En 2013, les cheikhs ont demandé aux habitants d’être neutres et ne leur ont pas ordonné d’envoyer leurs fils, mais les habitants ont utilisé la position des dirigeants religieux sur cette question comme couverture pour protéger leurs enfants. Il ne s’agissait pas d’un accord tacite avec le régime », explique Souhail al-Ghazi.

La montée en puissance de l’État islamique a traumatisé cette communauté. En juillet 2018, l’EI est entré à Soueida et mené des opérations-suicides tuant plus de 246 civils. Une quarantaine de druzes ont notamment été pris en otage par l’EI, puis libéré quelques mois plus tard après un échange de prisonniers avec le régime. « Même les pro-Assad ont perdu confiance en ce régime, car Assad a retiré ses forces et a procédé au désarmement des factions locales quelques jours avant l’attaque de l’EI », affirme Hassib*, un activiste de Soueida, réfugié au Liban depuis trois ans.

Damas avait alors exigé que les jeunes de la région s’engagent dans l’armée, alors que les chefs religieux sont allés plus loin dès 2015, en ordonnant le contraire. La province de Soueida a le plus haut taux de défection de l’armée du pays, avec un chiffre de près de 50 000 jeunes hommes. « Ils n’ont pas, pour la plupart, rejoint l’Armée syrienne libre (ASL), mais ils ont également refusé de tuer leurs propres compatriotes », explique Hassib. « Le régime n’a pas pu forcer les druzes à envoyer leurs fils à l’armée malgré plusieurs tentatives russes, alors il a choisi une autre alternative en permettant aux milices et aux gangs de commettre des crimes (vol, extorsion et enlèvement), inondant la province de drogues », explique Souhail al-Ghazi.

*Les prénoms ont été modifiés.

On est loin de la rébellion contre le régime, encore plus d’un mouvement anti-Assad. Mais les manifestations qui ont éclaté dans la province de Soueida hier pour dénoncer les conditions économiques désastreuses disent quelque chose de l’ambiance actuelle en Syrie. Une cinquantaine de protestataires se sont réunis sur la place du Président dans le centre-ville de Soueida ainsi qu’à...
commentaires (2)

PAUVRES LIBANAIS, VOTRE CALVAIRE COMMENCE QUEL QUE SOIT LE NOUVEAU GOUVERNEMENT. ECONOMIE ET FINANCES... POUR NE PAS PARLER DE LA CORRUPTIONS ET DES VOLS... NE SE RETABLIRONT PAS PAR ENCHANTEMENT. IL FAUT DES MESURES D,AUSTERITE. ET QUI PAIERAIT LE PRIX ? L,ETERNEL BAUDET. LE PEUPLE !

LA LIBRE EXPRESSION

10 h 46, le 16 janvier 2020

Tous les commentaires

Commentaires (2)

  • PAUVRES LIBANAIS, VOTRE CALVAIRE COMMENCE QUEL QUE SOIT LE NOUVEAU GOUVERNEMENT. ECONOMIE ET FINANCES... POUR NE PAS PARLER DE LA CORRUPTIONS ET DES VOLS... NE SE RETABLIRONT PAS PAR ENCHANTEMENT. IL FAUT DES MESURES D,AUSTERITE. ET QUI PAIERAIT LE PRIX ? L,ETERNEL BAUDET. LE PEUPLE !

    LA LIBRE EXPRESSION

    10 h 46, le 16 janvier 2020

  • Plus facile d assasiner des enfants innocents que de gerer l economie ,monsieur le boucher marionette bashar.

    HABIBI FRANCAIS

    10 h 13, le 16 janvier 2020

Retour en haut