Michel Aoun recevant une délégation des différents services de sécurité. Photo Dalati et Nohra
Le Premier ministre sortant Saad Hariri a signé hier en soirée le décret de promotion des officiers en dessous du grade de colonel, selon notre correspondante Hoda Chedid, mais pas ceux concernant la promotion des colonels au grade de général de brigade. L’affaire avait provoqué une polémique avec le ministre sortant de la Défense Élias Bou Saab concernant la parité confessionnelle dans les nominations, sur fond de tension entre Baabda et la Maison du Centre. À l’issue d’un entretien avec le chef de l’État Michel Aoun au palais présidentiel, le ministre Bou Saab avait indiqué qu’avec la fin de l’année, 589 officiers de l’armée ont droit à des promotions, du grade de lieutenant au grade de colonel, et précisé avoir signé les ordres de leur promotion. Il s’est attendu qu’ils soient promus sans problème, mais a souligné qu’il existait par contre « un problème au niveau de la promotion des colonels au grade de général ». Il a précisé que 181 colonels avaient droit à la promotion au grade de général, ajoutant que le conseil militaire s’était réuni et avait approuvé la promotion de 126 d’entre eux. « Les promotions des généraux sont légitimes et ne devraient pas poser de problème, mais il existe un problème au niveau de la promotion des colonels au grade de général », a annoncé le ministre à sa sortie du palais de Baabda. « Malheureusement, certaines parties estiment qu’il existe un déséquilibre confessionnel pour la promotion des colonels, et j’ai donc suggéré que l’on limite le nombre de promotions attribuées pour cette année », a-t-il ajouté, soulignant que les personnes qui auraient dû être promues le seront « dans les prochaines années ». Ces promotions en suspens concernent l’armée, la Sûreté générale, les Forces de sécurité intérieure et la Sécurité de l’État, a précisé M. Bou Saab. « Jusqu’à présent, la décision qui a été prise est de ne pas signer le décret de promotion des colonels et je n’ai d’autre choix que de le transmettre au Conseil des ministres » afin qu’une décision soit prise, avait affirmé le ministre de la Défense, rejetant la responsabilité sur M. Hariri.
Les chefs des services de sécurité à Baabda
Par ailleurs, le président Aoun a reçu hier à Baabda des délégations de tous les services de sécurité, qu’il a appelés à « la vigilance » face à toutes les « failles » éventuelles, alors que le pays connaît depuis plus de deux mois un mouvement de contestation inédit contre le pouvoir, qui a parfois débordé sur des violences avec les forces de l’ordre.
« Restez vigilants dans votre lutte contre toutes les failles sécuritaires qui pourraient survenir et gardez l’œil ouvert pour lutter contre la corruption, conformément à vos prérogatives », a souligné Michel Aoun, selon un message posté sur le compte Twitter de la présidence.
Pour sa part, le commandant en chef de l’armée, le général Joseph Aoun, a souligné que la troupe « continuera à assumer ses responsabilités et à veiller à maintenir la paix civile et empêcher les dissensions, quels que soient les sacrifices » qui doivent être consentis.Le directeur des Forces de sécurité intérieure, le général Imad Osman, a quant à lui assuré que l’institution qu’il dirige « œuvre à faire appliquer la loi et à ne permettre aucune infraction, tout en protégeant les droits des citoyens ». Il a souligné que 295 agents de police avaient été blessés « lors d’affrontements avec les protestataires » au cours des derniers mois.
Le directeur de la Sécurité de l’État, le général Tony Saliba, a pour sa part indiqué que « les efforts déployés pour lutter contre la corruption commencent à porter leurs fruits ». « Nous poursuivrons nos efforts pour éliminer la logique du clientélisme, des privilèges et des immunités », a-t-il souligné.
Enfin, le directeur de la Sûreté générale, le général Abbas Ibrahim, a rendu hommage au président Aoun, qui « a toujours été parmi les premiers à écouter les cris du peuple réclamant un État démocratique ».

