Massimo Vignati, qui collectionne dans sa cave des objets ayant appartenu à Diego Maradona, tenant en main le ballon du match Napoli-Juventus du 25 mars 1990 (3-1 en faveur du Napoli). Enfant puis adolescent, Massimo a côtoyé au quotidien l’idole de sa ville, sa famille étant intimement liée au célèbre joueur. Alberto Pizzoli/AFP
Vous voulez voir la chaussure gauche de Diego Maradona, celle du doublé face à la Belgique en demi-finale du Mondial 1986 ? Le canapé de son appartement napolitain, sur lequel s’est assis le chanteur Julio Iglesias ? L’original du contrat de son transfert entre Barcelone et Naples ? Alors, descendez… tout est à la cave.
Le musée de Massimo Vignati est unique en son genre. Il ne figure sur aucune carte de Naples, n’est pas non plus dans les guides de voyage et l’entrée est gratuite. Et pourtant, tout Maradona est là, au sous-sol d’un immeuble lambda de Secondigliano, un quartier dur du nord de la ville. Cet incroyable capharnaüm de photos, fanions, brassards, maillots, lavés ou non, dédicacés ou non, renferme même quelques objets de vénération. On y trouve ainsi le banc sur lequel se changeait Maradona dans les vestiaires du stade San Paolo, ou la mythique veste de K-Way avec laquelle il danse et jongle au son de Live is Life lors d’un invraisemblable échauffement avant d’affronter le Bayern Munich.
Mais cette caverne aux trésors témoigne aussi du lien unique entre le génie argentin et une famille qui a été au cœur de ses sept années napolitaines, quand il était le meilleur joueur du monde. « J’ai eu la chance que mon père soit pendant 37 ans le gardien du (stade) San Paolo et des vestiaires du Napoli. Et ma mère a été la seule gouvernante et cuisinière de Maradona », raconte Massimo Vignati. Sa sœur a aussi été la baby-sitter de Dalma et Giannina, les deux premières filles du n° 10, et lui, Massimo, enfant puis adolescent, a côtoyé au quotidien l’idole de sa ville.
On y va avec la Ferrari !
« On était avec Diego du lundi au dimanche. Lui et sa femme nous ont offert toutes ces choses parce qu’ils savaient qu’on était beaucoup d’enfants, cinq garçons et six filles », relate Massimo en contemplant les photos d’époque, quand l’appartement de l’Argentin sur les hauteurs de Posillipo, un quartier chic de la ville, était comme sa deuxième maison. « J’ai fait les sept saisons de Maradona comme ramasseur de balles. Les lundis, j’allais jouer au calcetto (foot à 5 joueurs) avec lui, je n’allais pas à l’école. Et le mardi, parfois, il m’amenait à l’entraînement du Napoli. Diego, on y va avec la Ferrari ! lui criais-je », poursuit M. Vignati.
Longtemps, les merveilles aujourd’hui exposées dans la cave des Vignati sont restées dans une salle du San Paolo. « Mon père avait deux pièces. Une pour tous ces souvenirs et une pour boire un bon café napolitain. Après sa mort, j’ai tout ramené ici. Mais le club sait que cet endroit existe. S’ils font un musée, je serai toujours disponible. J’espère que tout pourra retourner au stade, c’était le rêve de mon père », explique Massimo.
Alors que rien ne tourne très rond cette saison au Napoli, lui a un autre rêve, celui d’un retour de Maradona, ce « Napolitain né en Argentine ». « Avec tout ce qui se passe, il faudrait un Maradona, qui prenne tout sur lui et fasse barrage aux polémiques. C’est un enfant de Naples, il est du peuple. On se retrouve en lui, explique-t-il. S’il vient, il y aura 90 000 personnes au stade. Maradona, même si tu parles aux gamins d’aujourd’hui, ils savent. C’est dans l’ADN des Napolitains. Maradona, c’est San Gennaro, le saint patron, une figure immortelle. »
Lors de son dernier passage à Naples, en 2017, le « Pibe de Oro » est tombé dans les bras de Lucia, la mère de Massimo, qu’il présente comme sa « mamma napolitaine ». « Ce ne sont que des beaux souvenirs. Il était gentil, quelqu’un de bien, de très passionnel. Quand il est parti, c’est comme si j’avais perdu un fils », raconte-t-elle dans son appartement, lui aussi encombré de maillots et de souvenirs du meneur de jeu. « La dernière fois, il a promis à ma mère qu’à son retour, il viendrait pour un bon déjeuner comme au bon vieux temps. Il a toujours aimé ça, ma mère cuisine très bien. Et il a aussi dit qu’il viendrait voir cet endroit », espère Massimo, dont le deuxième fils s’appelle… Diego.
Le douzième frère
De toute façon, dans la cave de Secondigliano, au San Paolo ou ailleurs, le trésor restera dans la famille. « Je pourrais vivre de mes rentes si j’avais accepté toutes les offres qu’on m’a faites. Mais ce sont des souvenirs de mon père et de ma famille, rien n’est à vendre. C’est un endroit dédié à quelqu’un que nous aimons comme un frère. Pour nous, Diego est le douzième frère », conclut Massimo Vignati.
Stanislas TOUCHOT/AFP

