Éclairage

Avancée fulgurante du régime syrien à Idleb

Les forces loyalistes sont sur le point de reprendre Maarret al-Naaman.

Une photo de Maarret al-Naaman prise par drône hier. Omar Haj Kadour/AFP

Maarret al-Naaman n’est plus qu’une ville fantôme. Des habitants se sont résolus hier à partir, laissant tout derrière eux, après une semaine de bombardements sans précédent sur cette zone de la province d’Idleb. Le régime syrien et son allié russe ont intensifié depuis le 16 décembre leur campagne de raids contre la région d’Idleb, l’un des derniers grands bastions de l’opposition armée dominé par les jihadistes du groupe Hay’at Tahrir al-Cham (HTC). D’autres groupuscules jihadistes et rebelles sont présents dans la région qui abrite quelque trois millions de personnes, dont la moitié a été déplacée depuis d’autres parties du pays reconquises par Damas.

Le scénario est toujours le même. Les vidéos et les photos d’enfants tués et de déplacés, qui affluent sur les réseaux sociaux témoignent une nouvelle fois de la politique de la terre brûlée dont fait preuve Damas, qui contrôle désormais près de 70 % du territoire syrien, pour reprendre la région d’Idleb. Comme à chaque offensive du régime, les bombardiers syriens et russes ciblent délibérément les habitations, les infrastructures civiles, les postes de la Défense civile, les marchés et le centre de premiers secours. « Les bombardements sont incessants et les barils d’explosifs continuent de pleuvoir, alors que l’armée avance à grands pas », déplore Abadat Zekra, chef de section de la Défense civile de la ville, encore sur place et contacté via WhatsApp. Depuis jeudi soir, des affrontements meurtriers aux alentours de la ville ont fait plus de 170 morts dans les deux camps, dont 71 membres des forces prorégime, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Les forces loyalistes ont pris le contrôle de 25 villes et villages dans le secteur et elles se rapprochent progressivement de cette ville-clé. Ces dernières s’approchent notamment du village d’al-Sarmane, où se situe un poste d’observation turc.

L’objectif du régime est de vider la zone de sa population afin de faire pression sur les forces de l’opposition, compte tenu du nombre croissant de résidents déplacés vers la région frontalière turco-syrienne. Selon l’OSDH, plus de 30 000 personnes ont fui la zone de combats cette semaine. « Ma ville est perdue », confie via WhatsApp Baraa, un journaliste de Maarret al-Naaman. Après avoir mis ses parents à l’abri à Idleb il y a une quinzaine de jours, le jeune homme s’est décidé à partir lui aussi, après le bombardement de sa maison. « Je suis resté seul chez nous pour couvrir la situation. Mais avec l’avancée de l’armée j’ai dû me résoudre à partir samedi », écrit-il.


(Lire aussi : Aide humanitaire en Syrie : des ONG tirent la sonnette d'alarme)


Pas de transport

Des dizaines de milliers de civils ont fui manu militari vers les villes de la région ou vers les camps de déplacés. Vendredi, Omar al-Saoud, un habitant de Maarret al-Naaman, décrivait en larmes la situation, expliquant qu’il était extrêmement difficile pour les gens de se procurer un moyen de transport pour fuir la ville. Des habitants fuyaient à calèche, tracteur ou pick-up bourrés à craquer. Le docteur Chadi a pris le risque de quitter la ville hier après-midi sous une pluie de bombes. « Beaucoup de gens sont bloqués à Maarret al-Naaman faute de moyens de se payer un moyen de transport. Et puis, on peut être ciblés en fuyant », explique-t-il à L’OLJ. Sept civils ont péri hier après que l’aviation russe a visé un groupe d’habitants fuyant par l’autoroute. Des véhicules civils tentaient hier d’emprunter des routes alternatives pour éviter de se retrouver sous le viseur des avions de chasse.

L’armée syrienne, soutenue par l’aviation russe, a mené une offensive d’envergure entre fin avril et fin août dans la région, tuant un millier de civils, selon l’OSDH, et déplaçant 400 000 personnes d’après l’ONU. Cette campagne s’était soldée par la prise de la grande ville de Khan Cheikhoun en août dernier. En octobre, Bachar el-Assad avait effectué sa première visite dans la région depuis le début de la guerre en 2011, affirmant que la bataille d’Idleb était la clé pour y mettre fin. Maarret al-Naaman figurait comme la prochaine ville stratégique à reconquérir, puisqu’elle se situe sur l’autoroute M5 qui relie Alep à Damas, jusqu’à la frontière avec la Jordanie. Malgré un cessez-le-feu signé en août, le camp progouvernemental a continué de mener des combats et des raids meurtriers dans la province d’Idleb, visant délibérément des hôpitaux, des cliniques, des maternités ainsi que des habitations. Plus de 280 civils et plusieurs centaines de combattants ont péri depuis le soi-disant cessez-le feu. Fin novembre, la ville de Saraqeb située plus au nord, était la cible de frappes quotidiennes, dont les secousses se ressentaient 15 km plus loin, à Maarret al-Naaman. Abdelaziz Ketaz, un photoreporter, avait alors confié à L’OLJ avoir « très peur pour Maarret al-Naaman », pressentant l’imminence d’une grande offensive. La Turquie, soutien des rebelles, n’a pas réagi à l’offensive du régime, malgré sa présence dans la région. Certains analystes y voient le résultat de l’accord conclu entre Moscou et Ankara sur le Nord-Est syrien.

Faisant craindre le pire pour la situation humanitaire déjà précaire, la Russie et la Chine ont mis vendredi leur veto à un projet de résolution prolongeant d’un an l’aide humanitaire transfrontalière de l’ONU à quatre millions de Syriens, notamment à Idleb. Des groupes de solidarité s’activent dans les autres zones qui échappent au contrôle du régime afin d’accueillir les déplacés qui fuyaient Maarret al-Naaman, proposant de loger près de 300 familles dans la banlieue d’al-Bab, située dans la province d’Alep.



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Maarret al-Naaman n’est plus qu’une ville fantôme. Des habitants se sont résolus hier à partir, laissant tout derrière eux, après une semaine de bombardements sans précédent sur cette zone de la province d’Idleb. Le régime syrien et son allié russe ont intensifié depuis le 16 décembre leur campagne de raids contre la région d’Idleb, l’un des derniers grands bastions de...

commentaires (2)

Quand en 2011 je lisais que le héros de la Syrie en voie de libération totale, Bashar el Assad, allait tomber en 15 jours, je ris et ris très fort de ces stupidités que nous debitaient ces mêmes personnes qui continuent sans honte à nous annoncer la fin du hezb libanais de la résistance. Ça fait 9ans bientôt que le ridicule ne les a toujours pas tué. Lol.

FRIK-A-FRAK

15 h 51, le 23 décembre 2019

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Commentaires (2)

  • Quand en 2011 je lisais que le héros de la Syrie en voie de libération totale, Bashar el Assad, allait tomber en 15 jours, je ris et ris très fort de ces stupidités que nous debitaient ces mêmes personnes qui continuent sans honte à nous annoncer la fin du hezb libanais de la résistance. Ça fait 9ans bientôt que le ridicule ne les a toujours pas tué. Lol.

    FRIK-A-FRAK

    15 h 51, le 23 décembre 2019

  • LE TURC LACHE DU LEST ET EST PRET A LA CHUTE DE TOUT EDLIB DANS L,ESPOIR D,OBTENIR UN FEU VERT RUSSE POUR SES AVENTURES EN LYBIE ET D,ENVOYER LES GROUPES TERRORISTES DONT IL EST LE POURVOYEUR ET MANUPULATEUR COMBATTRE LABAS POUR SON COMPTE.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    00 h 51, le 23 décembre 2019