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Moyen Orient et Monde

Quel rôle pour la mouvance islamiste ?

Algérie
OLJ
12/12/2019

Principale force d’opposition et maîtres de la rue au début des années 1990 en Algérie, les islamistes ont intégré le jeu politique du « système » et sont aujourd’hui marginalisés au sein du mouvement de contestation populaire.

Pour H’mida Ayachi, écrivain et journaliste, un des premiers à avoir écrit sur la mouvance islamiste dans le pays, ils ne devraient guère peser dans la présidentielle de jeudi, un scrutin massivement rejeté par la population. D’ailleurs, ni le Mouvement de la société pour la paix (MSP) ni le Front de la justice et du développement (FJD), les deux principaux partis islamistes, n’ont présenté de candidat. Et le MSP a fait savoir qu’il ne soutiendrait aucun des cinq prétendants.

Quel est le rôle des islamistes dans le jeu politique ?

Les islamistes sont en phase d’autocritique. À défaut d’une orientation politique claire, ils se cantonnent à des slogans. Ils s’opposent à la fois aux imams propouvoir et tentent de limiter l’influence du courant salafiste (qui prône un retour aux sources de l’islam originel, NDLR). Une partie d’entre eux s’apprête à soutenir le candidat islamiste Abdelkader Bengrina.

Ils espèrent une coalition élargie qui engloberait les islamistes et une partie des « hirakistes » (ceux qui soutiennent le « Hirak », le puissant mouvement de contestation qui secoue l’Algérie depuis février, NDLR), avec une nouvelle dynamique proche de celle des Frères musulmans en Égypte quand (l’islamiste) Mohammad Morsi est devenu président en 2012. Les islamistes utilisent les mêmes tactiques dans leur approche avec le pouvoir que celles des Frères (musulmans) en Tunisie avec le mouvement Ennahdha. Mais si Ennahdha a pu développer son discours sur des sujets comme les femmes, les libertés religieuses ou les relations avec les laïcs, les islamistes algériens, eux, n’en sont pas encore arrivés là.

Quelle est leur relation avec le Hirak ?

Les islamistes ne représentent plus la force populaire qu’ils étaient à la fin des années 1980 et au début des années 1990, et ce pour différentes raisons : mutation au sein de la société algérienne après la guerre civile (1992-2002), répercussions du printemps arabe (2011) et l’émergence d’une nouvelle génération qui n’a pas connu les conflits des années 1990. Les islamistes ont également abandonné le slogan « L’islam est la solution » pour choisir la démocratie et un « État civil ». Cela est apparu dans le discours de leur leader Ali Belhadj (vice-président du Front islamique du salut, dissous par le pouvoir) et dans le fait que nombre de leurs responsables locaux aient rejoint les marches du Hirak en scandant les même slogans que le reste des manifestants. Les islamistes restent toutefois présents dans de nombreuses villes conservatrices de l’intérieur du pays.

Quel scénario pour l’élection ?

Ils sont dans la position d’observateurs. Ils pensent que le régime ne permettra pas à un islamiste d’accéder au pouvoir, mais ils soutiennent discrètement Albelkader Bengrina. Leur soutien sera public si Bengrina arrive au second tour. Dans ce cas, les islamistes pourraient être la locomotive des forces conservatrices et islamistes qui sont dispersées.

Si M. Bengrina devenait président, l’onde de choc serait telle que les laïcs et les démocrates pourraient être tentés de s’allier avec le pouvoir contre lui. Nous nous retrouverions alors avec un scénario similaire au scénario égyptien. L’Algérie aurait son Sissi (Abdel Fattah al-Sissi, le président égyptien, qui, lorsqu’il était chef de l’armée, a été derrière le renversement du président Morsi).

Abdelhafid DAAMACHE/AFP


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