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Culture

Les multiples âmes libanaises

En librairie

« Liban, debout malgré tout », c’est le titre d’un petit livre paru ce mois-ci aux éditions Nevicata, signé Stéphanie Baz-Hatem. À la jonction entre guide et compte-rendu d’actualité journalistique (précédant les manifestations), il peut aisément faire office de minivitrine du pays du Cèdre, mais seulement pour non-initiés.

09/12/2019

Liban, debout malgré tout (éditions Nevicata, 85 pages) de Stéphanie Baz-Hatem est un livre assez original dans sa construction, scindé en deux parties : la première est un survol de l’histoire du Liban et de certaines tendances actuelles, la seconde est une juxtaposition de quatre entretiens sous forme de questions-réponses (avec Carla Eddé, Walid Joumblatt, Ziad Majed et Joumana Haddad). Si la première partie est trop superficielle pour intéresser un Libanais qui se serait un tant soit peu renseigné sur son pays, la seconde est quant à elle plus instructive, notamment par les réponses éclairées que donnent ces quatre personnes aux questions posées par Baz-Hatem. Quant à l’avant-propos, il est l’occasion pour la Libano-Française, qui est présentée plutôt comme conseillère et consultante en communication que comme écrivaine, de faire un point autobiographique sur son parcours de vie entre le Liban et la France.

Mais puisque c’est au niveau des entretiens de la seconde partie que réside le principal intérêt du livre pour un Libanais, voici quelques phrases intéressantes, qui annonçaient presque les événements socio-politiques du Liban d’aujourd’hui (les entretiens ont tous été conduits avant la révolte du 17 octobre 2019) : Stéphanie Baz-Hatem, s’adressant à Carla Eddé, lui dit que « les Libanais ont l’air excédés de la situation, à tous les niveaux », ce à quoi la vice-rectrice aux relations internationales de l’Université Saint-Joseph répond : « Cela fait des années que nous connaissons une sérieuse détérioration de nos conditions de vie (...) On a tendance à oublier qu’il y a une déliquescence de nos institutions. » Walid Joumblatt dit, quant à lui : « Le Liban ne disparaîtra pas. Même si, aujourd’hui, c’est un pays qui devient exsangue à cause de la situation économique et qui s’appauvrit. » Plus loin, Ziad Majed lance : « Il y a beaucoup de questions économiques et sociales au Liban non réglées qui pourraient mener à des minirévolutions. Notamment les questions des droits humains, la justice sociale, la corruption, les droits des étrangers, les personnes qui travaillent à domicile et qui n’ont droit à aucune loi, etc. » Joumana Haddad explique pour sa part : « Je me dois de répéter : laïcité, laïcité, laïcité. C’est la clé du salut du Liban. Il faut créer une appartenance au pays et non plus à la communauté religieuse. Sinon, on continuera à être des peuples, jamais un peuple. » Comme quoi les événements ne viennent jamais de nulle part…

Un format bâtard

À noter que Liban, debout malgré tout s’inscrit dans la collection « L’âme des peuples » des éditions Nevicata, constituée de brefs ouvrages destinés à « ouvrir grandes les portes de l’histoire, des cultures, des religions et des réalités socio-économiques que les guides ne font qu’entrouvrir », comme on peut le lire à la deuxième page du livre. Pourtant, il semble que le résultat de cette ambition de compenser la superficialité des guides touristiques laisse parfois à désirer : en raison du format imposé par la collection, le livre peut donner l’impression d’être à mi-chemin de tout. Sans même parler de la partie historique qui résume des siècles entiers en quelques phrases assez sommaires, la partie concernant les tendances actuelles du pays n’est trop souvent pas assez détaillée et manque parfois d’exhaustivité. Pourtant sont cités, par exemple, dans le chapitre « La culture pour oublier les maux », des Libanais bel et bien vivants (Charif Majdalani, Amin Maalouf, Salah Stétié, Vénus Khoury ou encore Rabih Alameddine et Hanan el-Cheikh), mais ils sont juste cités par leur nom pour toute introduction, et combien d’autres sont passés à la trappe ? Et c’est la même chose pour l’art (et là, seulement deux noms apparaissent : Michel Basbous et Chafic Abboud) et la musique (Mika, Shakira, Fayrouz et Ajram, Ibrahim Maalouf, Mashrou’ Leila...).

Le reste est une succession de conseils de lieux à visiter (y compris la surprenante « authenticité » de Byblos), de maisons d’hôtes et de magasins – souvent luxueux. Peut-être est-ce là l’effet d’un regard trop ciblé sur un pan élitiste de la société et finalement trop extériorisé vis-à-vis de l’âme libanaise. Un indice de ce biais pourrait se trouver dans les multiples références à l’Occident qui ponctuent les propos de Stéphanie Baz-Hatem : on peut lire à la page 27 : « La caricature des Libanaises botoxées et obsédées par leur apparence n’est pas loin de la réalité (...) Dans les milieux les plus riches, la chirurgie esthétique pour se refaire un petit nez retroussé à l’Occidental est courante » ; à la page 25, en évoquant les femmes de maison : « Leurs conditions de travail feraient pâlir n’importe qui en Occident » ; et plus surprenant, à propos de la culture libanaise : « L’offre est incomparable avec celle des pays occidentaux. » Si l’on comprend bien que le public visé est français et que le format oblige à la concision, on ne peut s’empêcher de regretter un certain manque de nuance et de précision.

Finalement, on pourrait dire que pour bien apprécier ce petit livre, il est nécessaire de se poser la question sur son lecteur. S’il perd une partie de son intérêt entre les mains d’un Libanais, il peut s’avérer véritablement intéressant pour quelqu’un qui ne connaît pas le pays et qui voudrait obtenir des informations générales (mais quand même assez pointues grâce à la partie des entretiens), sans trop entrer dans le discours savant et exhaustif.

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