La cardinal Philippe Barbarin arrivant au tribunal, hier, à Lyon. AFP/ Jeff Pachoud
Le procès en appel du cardinal Barbarin s’est ouvert hier à Lyon (centre-Est), huit mois après sa condamnation pour non-dénonciation d’agressions sexuelles, une affaire devenue un des symboles du mutisme de l’Église face à la pédophilie.
Devant une salle d’audience bondée, Philippe Barbarin, plus haut dignitaire de l’Église de France, a répété son incompréhension de sa condamnation. « Je n’arrive pas bien à voir en quoi je suis coupable et quels sont les faits qu’on me reproche », a dit l’archevêque de 69 ans, condamné le 7 mars à 6 mois de prison avec sursis pour non-dénonciation d’agressions sexuelles. Cette condamnation est survenue dans un contexte délicat pour l’Église catholique, secouée par des scandales de pédophilie dans le monde entier, et accusée de fermer les yeux.
L’archevêque de Lyon a été jugé coupable d’avoir gardé le silence sur les agressions sexuelles commises sur de jeunes scouts, bien avant son arrivée à Lyon en 2002, par le père Bernard Preynat, défroqué en juillet et qui doit être jugé en janvier. S’il avait fait acte de repentance devant la justice divine au cours d’une messe médiatisée en 2016 en s’attribuant surtout des « erreurs de gouvernance », Mgr Barbarin ne s’estime pas coupable devant celle des hommes et a fait appel.
« J’ai reconnu les erreurs que j’ai faites mais c’est pas celles que je (me) vois reprocher » par le tribunal, a justifié Philippe Barbarin le 19 mars sur la chaîne KTO, après que le pape – qui l’avait reçu la veille à Rome – eut refusé sa démission. Depuis, le cardinal s’est mis en retrait de la gouvernance du diocèse, au profit d’un administrateur apostolique, Michel Dubost.
Questions de droit
Tandis que les audiences en première instance ont donné une large part aux témoignages des plaignants, tous victimes du père Preynat, ce nouveau procès devrait davantage tourner autour des points de droit soulevés par l’affaire. Face à la cour d’appel, les parties civiles tenteront à nouveau de faire valoir que le délit reproché au cardinal doit être considéré comme « continu » dans le temps, l’obligation de dénoncer ce qu’il savait ayant perduré, à leurs yeux, jusqu’à ce que le procureur soit informé en 2015 par une victime, Alexandre Hezez, des abus de Preynat. Ce qui aurait pour conséquence de faire courir le délai de prescription (trois ans) à partir de cette date.
La défense du cardinal, menée par Me Jean-Félix Luciani, demandera, elle, à la cour de « dire comment des faits, constitués en 2010 mais prescrits depuis, auraient pu revivre en 2014 ». La date à laquelle le primat des Gaules a été informé du passé de Preynat demeure une énigme. Il affirme avoir été mis au courant des « comportements » de ce prêtre « vers 2007-2008 », via un tiers. Le cardinal a ensuite abordé les faits en 2010 avec le prêtre lui-même, qui a alors assuré ne pas avoir commis de nouvelles agressions depuis 1991. « On me reproche de l’avoir cru », avait lancé à la barre du tribunal Mgr Barbarin, justifiant ses silences depuis le début de l’affaire par l’ancienneté des abus et le fait qu’ils ne se sont pas reproduits. Mais des témoins affirment avoir parlé à l’archevêque bien avant : « Dès 2002 », soutient un ancien prêtre prénommé François, qui l’affirme dans une interview au quotidien Le Parisien de mercredi.
Source : AFP


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