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Sport - Dopage / Éclairage

Choc et amertume en Russie

Face à la menace d’une mise au ban internationale, le monde sportif russe est partagé entre émotion et prudence.

« Injuste », « triste », « choc »… Le monde sportif russe s’est réveillé hier amer et abasourdi après la recommandation, la veille, d’un comité indépendant de l’Agence mondiale antidopage (AMA) qui ouvre la voie à une suspension du pays pour les prochains Jeux olympiques de Tokyo en 2020, la Russie étant soupçonnée de falsification de données. Si le comité exécutif de l’AMA, qui doit se réunir le 9 décembre à Paris, confirme la longue liste des mesures qui lui sont recommandées par son comité de révision de la conformité (CRC), la Russie sera purement et simplement mise au ban du sport international pendant quatre ans, avec exclusion des compétitions, dont les Jeux olympiques donc, et une éventuelle suspension de son organisation de matches de l’Euro 2020 de football.

Les fédérations et responsables sportifs russes étaient partagés entre émotion et prudence hier, certains appelant à attendre la date fatidique du 9 décembre, d’autres laissant éclater leur colère. « La nouvelle est tout simplement choquante », a réagi la directrice de la Fédération de patinage, Varvara Barycheva. La Fédération de boxe a dénoncé une recommandation « très injuste » et un « diktat ». « C’est comme s’ils avaient des comptes à régler. Comment pouvez-vous priver de compétition un pays qui a un tel rôle dans le développement du sport mondial ? » s’est interrogé son secrétaire général, Oumar Kremlev. « Beaucoup de nos diplomates sportifs disaient que tout allait bien se passer, qu’il n’y aurait pas de mesures extrêmes ni d’exclusion des JO. C’est très triste », a souligné le président des Fédérations de water-polo, plongée et natation synchronisée, Alexeï Vlassenko.

De leur côté, le lutteur Mikhaïl Mamiachvili et la célèbre entraîneuse de patinage artistique Tatiana Tarassova ont tous deux regretté que des « sportifs absolument innocents » puissent être écartés des compétitions internationales. « La maladie a atteint un stade terminal », a écrit en revanche le rédacteur en chef du principal quotidien sportif russe, Sovetskiï Sport, accusant les hommes politiques russes d’avoir « jeté notre sport dans un fossé ».

Otages

Le patron de l’Agence antidopage russe (Rusada), Iouri Ganous, s’attend, lui, à ce que l’AMA suive les recommandations et suspende la Russie : « C’est la réalité. Pour quatre ans de plus, nous nous plongeons dans une nouvelle crise antidopage », a-t-il déclaré. Il a accusé les responsables sportifs russes d’avoir fait des athlètes nationaux leurs « otages » et exhorté le président Vladimir Poutine à prendre « une part active » dans la mise en place d’une nouvelle gouvernance sportive. Pour sa part, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a dit voir une dimension politique dans la recommandation du CRC et une volonté de placer Moscou « dans une position défensive, accusée de tout et partout ».

Pour le CRC, la punition envisagée est à la hauteur « d’un cas extrêmement grave », en raison notamment de la disparition de « centaines » de résultats de contrôles antidopage suspects parmi les fichiers que Moscou avait remis à l’AMA au début de l’année. Or, la remise de ces données était une condition fixée par l’AMA pour lever de précédentes sanctions contre la Rusada, au cœur d’un système de dopage institutionnel entre 2011 et 2015 déjà à l’origine d’un vaste scandale. Du coup, la manière forte est préconisée : pendant quatre ans, aucun officiel russe, ni le drapeau du pays ni son hymne n’auraient droit de cité lors des Jeux olympiques (d’été, d’hiver, de la jeunesse ou paralympiques). Des sportifs ayant démontré « qu’ils ne sont impliqués en aucune manière » dans les affaires de dopage seraient admis sur les compétitions, sous drapeau neutre, comme ce fut le cas aux JO d’hiver 2018 de Pyeongchang (Corée du Sud) ou lors des compétitions internationales d’athlétisme depuis 2015.

La Russie, qui a fait du sport un outil de sa puissance sur la scène internationale, ne serait également plus autorisée à poser sa candidature à l’attribution d’événements sportifs internationaux, Jeux olympiques compris. Pire, elle pourrait perdre l’organisation de plusieurs matches, dont un quart de finale, de l’Euro 2020 de football prévus à Saint-Pétersbourg. La finale de la Ligue des champions 2021 y est également programmée. Interrogée sur une éventuelle exclusion de la Russie à l’Euro 2020, l’UEFA a répondu qu’elle « n’a pas de commentaires sur le sujet en l’état ».

Reste à savoir si le comité exécutif de l’AMA, composé à parts égales de représentants du mouvement olympique et des gouvernements, ira si loin. Dans tous les cas, il appartiendra au Tribunal arbitral du sport (TAS) de se prononcer en dernier recours.

Maxime POPOV

et Andréa BAMBINO/AFP

« Injuste », « triste », « choc »… Le monde sportif russe s’est réveillé hier amer et abasourdi après la recommandation, la veille, d’un comité indépendant de l’Agence mondiale antidopage (AMA) qui ouvre la voie à une suspension du pays pour les prochains Jeux olympiques de Tokyo en 2020, la Russie étant soupçonnée de falsification de données. Si le comité exécutif de l’AMA, qui doit se réunir le 9 décembre à Paris, confirme la longue liste des mesures qui lui sont recommandées par son comité de révision de la conformité (CRC), la Russie sera purement et simplement mise au ban du sport international pendant quatre ans, avec exclusion des compétitions, dont les Jeux olympiques donc, et une éventuelle suspension de son organisation de matches de l’Euro 2020 de...
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