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Liban

Entente Amal-CPL-Futur pour désigner Safadi Premier ministre

Gouvernement
15/11/2019

Plus de deux semaines après la démission de Saad Hariri, un accord aurait été trouvé, hier à l’heure de mettre sous presse, pour la désignation d’un nouveau Premier ministre. Selon des sources interrogées par L’Orient-Le Jour, Amal, le CPL et le Courant du Futur se sont entendus pour désigner Mohammad Safadi en tant que Premier ministre.

Cet accord est intervenu après un nouveau round de discussions en soirée à la Maison du Centre où Saad Hariri a reçu, loin des feux de la rampe, Hussein Khalil, bras droit du secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah, et Ali Hassan Khalil, ministre sortant affilié au mouvement Amal.

Dans ce contexte, les consultations parlementaires seraient lancées samedi, qui aboutiraient au plus tard dimanche à la désignation de M. Safadi. Dans l’entourage de ce dernier, on n’a voulu ni infirmer ni confirmer la nouvelle, « en attendant le résultat des consultations parlementaires contraignantes ». Mohammad Safadi a été ministre des Finances (entre 2011 et 2014) et député de Tripoli. Le gouvernement devrait être formé mercredi au plus tard, selon des sources proches de Baabda. Cette option intervient à l’issue d’un bras de fer entre le Premier ministre sortant et le tandem CPL/Hezbollah, en désaccord sur la nature du nouveau gouvernement. Le premier n’acceptait de diriger qu’un cabinet de technocrates s’il était désigné pour former la nouvelle équipe ministérielle, tandis que le CPL de concert avec le président Michel Aoun et le Hezbollah insistait sur un gouvernement techno-politique. Ce bras de fer persistant a donc ouvert la voie à la nomination d’une personnalité sunnite autre que M. Hariri, et qui accepterait de diriger un cabinet techno-politique ne répondant donc pas aux exigences de la rue.

Dans la journée, hier, les informations indiquaient que Saad Hariri étant toujours déterminé à ne diriger qu’un gouvernement de technocrates, le tandem CPL/Hezbollah s’orientait vers le choix d’autres figures sunnites pouvant inspirer confiance à la rue et à la communauté internationale, ce que l’émissaire français Christophe Farnaud aurait d’ailleurs conseillé à ses interlocuteurs, sans entrer bien entendu dans le jeu des noms. On avait avancé dans ce cadre les noms de deux personnes issues du monde financier, un ancien président et un ancien membre de la commission de contrôle au sein de la Banque du Liban, respectivement Oussama Mekdachi et Walid Alameddine. En soirée, c’est le nom de l’ancien ministre Mohammad Safadi qui a fait irruption dans le jeu des pronostics, avec un tweet d’un autre ancien ministre, Wi’am Wahhab, à ce sujet.

De sources proches de M. Hariri, on estimait que ces fuites médiatiques avaient pour objectif d’exercer une pression sur ce dernier, afin de l’amener à accepter les conditions que cherchent à lui imposer les parties du 8 Mars, ce qu’il n’était pas près de faire. De mêmes sources, on plaçait dans le même contexte d’autres informations médiatiques selon lesquelles M. Hariri et le chef du CPL, Gebran Bassil, se seraient entendus mardi sur une liste de six noms de Premiers ministres potentiels.

« Rempart »

À L’Orient-Le Jour, Moustapha Allouche, membre du bureau politique du courant du Futur, avait affirmé que M. Hariri « refuse de servir de rempart derrière lequel se cacheraient certaines parties » et ne compte donc pas « proposer une personne à sa place pour accéder à la tête du gouvernement ». « Il n’est pas question pour lui d’assumer la responsabilité d’un tel choix alors qu’il ne fera pas partie du cabinet », déclarait encore M. Allouche.

Dans les milieux économiques, on est bien entendu en faveur d’un cabinet de spécialistes, d’autant qu’en dépit de la conjoncture, l’effondrement n’est pas encore là et des solutions sont toujours possibles pour sauver le pays, à condition que la déclaration ministérielle du prochain gouvernement comporte un plan de réformes économiques réalisables en une période de six mois. C’est en ce sens que l’émissaire du président français Emmanuel Macron a appelé, lors de son récent passage à Beyrouth, à accélérer la formation d’un gouvernement afin, a-t-il dit, que le Liban ne rate pas l’opportunité de recevoir des aides, notamment celles prévues par la conférence CEDRE.

Pour revenir à M. Hariri, la source autorisée assurait qu’il ne souhaitait pas se défiler de la responsabilité qu’on cherche à lui faire porter, mais que si les consultations parlementaires conduisaient à sa désignation, il ne formerait qu’un cabinet de spécialistes à l’exclusion de tout autre, parce que, selon lui, c’est le seul qui peut favoriser un redressement du pays. Et si, au contraire, les autres parties persistaient à rejeter cette mouture, M. Hariri laisserait le champ libre à d’autres personnalités. En sa qualité de chef du bloc parlementaire du courant du Futur, il s’associera normalement aux consultations sur le choix d’un nouveau chef du gouvernement, mais ne cautionnera pas un gouvernement non technocrate. Ce qui laisse à penser qu’en fin de compte, M. Hariri ne semble pas vouloir rompre totalement avec le tandem CPL-Hezbollah.

« Revoir la copie quant aux conditions »

Une source proche de la présidence de la République avait par ailleurs indiqué que le chef de l’État n’entamerait pas les consultations parlementaires avant d’être sûr que celui qui sera pressenti pour diriger le prochain gouvernement aura toutes les capacités requises pour former un cabinet capable de sauver le pays. Ce procédé est conforme à la Constitution, affirmait au passage la source, soulignant qu’il n’y a pas de délai constitutionnel pour les consultations parlementaires et la mise sur pied du gouvernement, sauf bien sûr le « délai raisonnable », emprunté au droit administratif.

Au cours de la journée d’hier, le président Aoun a d’ailleurs affirmé devant les ambassadrices du Canada et de Norvège, Emmanuelle Lamoureux et Leni Stenseth, et le chargé d’affaires de l’ambassade suisse que « les revendications des manifestants sur les places font l’objet d’un suivi et constitueront l’un des premiers objectifs du futur gouvernement ». « Nous travaillons à former un nouveau gouvernement et remédier aux problèmes économiques », a ajouté M. Aoun, affirmant que « l’intérêt national est de coopérer avec tous pour (…) faire adopter par le Parlement des lois facilitant notamment la lutte contre la corruption et la levée des immunités ».

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LE DESIGNE NE REPOND PAS AUX ASPIRATIONS DE LA CONTESTATION ET NE PASSERA PAS. LA REVOLUTION CONTINUE.

Gros Gnon

"... un accord a été trouvé ..." et "... maintenant les consultations contraignantes peuvent débuter ..."

Euh... à quoi servent ces consultations alors? Le nouveau gouvernement n'est pas encore en place que la constitution est déjà contournée? Ça promet...

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