Heurts entre manifestants et forces de l'ordre près de l'université chinoise de Hong Kong, hier. Reuters/Tyrone Siu
Des affrontements entre des manifestants réclamant des réformes démocratiques et la police se sont déroulés hier jusque dans la soirée dans le quartier des affaires de Hong Kong et, pour la première fois, sur différents campus universitaires, au lendemain d’une des journées les plus violentes en cinq mois de mobilisation.
« L’État de droit à Hong Kong a été poussé au bord de l’effondrement total », a déclaré hier devant la presse le porte-parole de la police, Kong Wing-cheung.
Hier midi, dans le quartier de Central qui abrite nombre de grandes entreprises étrangères et de boutiques de luxe, des milliers d’employés ont occupé des heures durant les rues, scandant : « Battez-vous pour la liberté, soutenez Hong Kong! ».
Des centaines de manifestants radicaux, portant un tee-shirt noir et le visage recouvert d’un masque, y ont bloqué avec un autobus la circulation sur l’une des grandes artères. Ils ont ensuite jeté des pavés et divers objets avant l’intervention de la police antiémeute.
Au moment de la sortie des bureaux, la foule a à nouveau envahi les rues de ce quartier, les forces de l’ordre répliquant comme plus tôt dans la journée par des tirs de gaz lacrymogène. Ces scènes illustrent la manière dont des personnes aux opinions politiques modérées continuent de soutenir le mouvement en faveur de la démocratie alors que les plus radicaux recourent à des méthodes violentes.
Champ de bataille
À l’université chinoise de Hong Kong, l’épicentre des heurts inédits d’hier sur les campus, la police a fait usage de gaz lacrymogène et de balles en caoutchouc contre des centaines de manifestants qui ont élevé des barricades. Ces derniers ont alors lancé des pavés et des cocktails Molotov dans leur direction. À la tombée de la nuit, cette zone s’est transformée en véritable champ de bataille, avec en particulier l’incendie de barricades. Des affrontements, de moindre ampleur, ont également eu lieu dans trois autres universités.
La circulation des bus et des rames de métro a par ailleurs été sérieusement perturbée hier par les manifestants, pour la deuxième journée consécutive.
Les journaux d’État chinois ont souligné que l’Armée populaire de libération (APL), qui dispose d’une garnison à Hong Kong, était sur place afin de soutenir, si nécessaire, la police hongkongaise dont ils ont salué « la retenue ».
Hong Kong a connu lundi une des journées les plus violentes et chaotiques en 24 semaines de mobilisation.
Après l’émotion suscitée par la mort vendredi d’un étudiant, Alex Chow, tombé d’un parking à étages au cours de heurts, les contestataires ont notamment réagi au tir à balle réelle qui a touché lundi un manifestant de 21 ans, mettant à sac des stations du métro et érigeant des barricades à certains carrefours, y compris, comme le lendemain, aux heures de pointe de la matinée. Ils s’en sont aussi pris à des commerces accusés d’être favorables aux autorités loyales à Pékin.
Les manifestants semblent avoir été particulièrement choqués par la vidéo, diffusée en direct sur Facebook, montrant un policier ouvrant le feu sur un protestataire masqué. Devenue virale, elle a poussé de nombreux habitants de Hong Kong, déjà très remontés contre la police, à descendre dans les rues pour exprimer leur colère.
Un peu plus tard, une autre vidéo a circulé : on peut y voir un homme en noir en train d’arroser sa victime avec un liquide inflammable, avant de la transformer en torche humaine. L’homme qui a été grièvement brûlé et celui qui a été blessé par balle se trouvaient toujours hier dans un état critique.
Hong Kong, rétrocédé à la Chine par les Britanniques en 1997, est une région semi-autonome jouissant de libertés inconnues dans le reste de la Chine, et ce jusqu’en 2047. Mais les Hongkongais militant pour des réformes démocratiques accusent Pékin de s’asseoir sur ses promesses en augmentant son emprise politique.
Source : AFP

