Troisième album griffé Juan Diaz Canales et Rubén Pellejero, « Le Jour de Tarowean » raconte ce qu’il s’était passé avant « La Ballade de la mer salée », premier numéro de la série « Corto Maltese » signé Hugo Pratt et publié en 1967. Photo DR
La saga Corto Maltese est de retour avec Le Jour de Tarowean, album sur la genèse de l’un des plus célèbres marins du monde de la bande dessinée.
Dans ce nouvel opus, le troisième signé Juan Diaz Canales et Rubén Pellejero, le scénariste et le dessinateur espagnols reviennent sur les événements antérieurs au premier numéro de la série, La Ballade de la mer salée, publié en 1967. Comme dans ce premier opus – écrit par le père de Corto Maltese, l’Italien Hugo Pratt, mort en 1995 et qui en a signé 12 au total –, Le Jour de Tarowean se déroule dans les eaux du Pacifique Sud, en 1913, autour d’un Corto Maltese croqué sous ses traits habituels : casquette, rouflaquettes et regard perçant. Il y retrouve les mêmes personnages : le pirate Raspoutine, le chef de tribu Cranio et le mystérieux Moine, dont le visage n’est jamais dévoilé.
« J’ai toujours eu envie, comme beaucoup de lecteurs, de savoir ce qu’il s’était passé avant La Ballade de la mer salée », explique Rubén Pellejero, connu pour les aventures de l’antihéros Dieter Lumpen. Dans ce 15e album, Corto est envoyé en négociateur chez les Dayak, indigènes de l’île de Bornéo craignant les conséquences sur leur environnement de l’exploitation de la gutta-percha (une sorte de gomme) par les rajahs blancs du royaume de Sarawak. Il tente d’aider un jeune et silencieux Aborigène à revenir sur les traces de son passé, accompagné d’une touchante sirène, une jeune fille néerlandaise handicapée.
Écrire sur cette période jusque-là inconnue de Corto, fils d’un marin anglais et d’une gitane andalouse, a été un défi pour les deux vétérans espagnols. « La Ballade de la mer salée n’était pas vraiment une histoire sur Corto Maltese, qui était plutôt un personnage secondaire pour Pratt. Mais au fil des pages, le personnage a pris de l’ampleur », explique Juan Diaz Canales, scénariste de la série noire Blacksad. « Le Corto de La Ballade de la mer salée était un peu plus crapule, il faisait plus pirate, il était peut-être aussi plus cynique et n’avait pas encore cette aura d’homme romantique et aventurier qu’on lui connaît maintenant », glisse le scénariste, qui souligne le « sens critique » dont fait preuve le héros dans cet album. Car il refuse de « souscrire à 100 % aux différentes idéologies qui l’entourent, et qui sont nombreuses », ajoute-t-il.
Le Jour de Tarowean est donc le troisième volume signé par les deux Espagnols depuis la décision, en 2015, de la société suisse qui gère les droits d’auteur d’Hugo Pratt, Cong SA, de ressusciter le célèbre aventurier. En 2015, la version française du premier, Sous le soleil de minuit, s’était vendue à 200 000 exemplaires et le suivant, Equatoria, publié deux ans plus tard, à 150 000 exemplaires. Le Jour de Tarowean sera, lui, tiré à 180 000 exemplaires. « Dans le premier album, je tâtonnais un peu, mais avec ce troisième album, je suis beaucoup plus détendu », explique Rubén Pellejero. Avec Hugo Pratt, « les dialogues étaient plus abondants et les plans plus figés. Nous avons dynamisé le texte et les vignettes pour coller avec les standards actuels », poursuit-il.
Déjà en librairie en Italie depuis quelques jours, cet album est sorti hier en Espagne et sera disponible le 6 novembre en France, publié par Casterman, et en Belgique, en version flamande. À l’unisson, les deux auteurs espagnols, qui poursuivront le projet entamé en 2015, ont assuré que le retour de la critique et des lecteurs est « très positif » et que Corto Maltese a bien d’autres aventures à vivre dans les années à venir.
Álvaro VILLALOBOS/AFP

